Cyberattaques : le Sénat préconise d’interdire le paiement par les assurances des rançongiciels
La délégation aux entreprises du Sénat présentait, ce jeudi, une vingtaine de propositions afin de prévenir les cyberattaques visant les TPE et PME françaises. Près de la moitié d’entre elles a été visée l’année dernière.

Cyberattaques : le Sénat préconise d’interdire le paiement par les assurances des rançongiciels

La délégation aux entreprises du Sénat présentait, ce jeudi, une vingtaine de propositions afin de prévenir les cyberattaques visant les TPE et PME françaises. Près de la moitié d’entre elles a été visée l’année dernière.
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Les TPE et PME sont un peu « le trou dans la raquette », constate le sénateur PS, Rémi Cardon coauteur d’un rapport d’information sur la cybersécurité des entreprises, que la délégation aux entreprises de la Haute assemblée présentait ce matin.

En effet, à l’inverse des « d’opérateurs d’importance vitale » et des « opérateurs de services essentiels », les petites entreprises ne sont pas tenues d’appliquer des règles de sécurité fixées par l’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Tant et si bien qu’elles deviennent la cible privilégiée des hackers. En 2020, 43 % des PME françaises ont constaté un incident de cybercriminalité en 2020 pour un préjudice allant de plusieurs milliers d’euros à plusieurs millions d’euros en fonction de la taille des entreprises.

Lors du premier confinement, les attaques par phishing ont augmenté de 667 %

« Au niveau mondial, la cybercriminalité pourrait coûter aux entreprises 6 000 milliards de dollars par an à partir de 2021, contre 3 000 milliards en 2015 », relève le rapport.

Le développement du télétravail, de la fibre, ou encore des cryptomonnaies « augmentent la surface d’exposition des entreprises », rappelle Rémi Cardon. Lors du premier confinement, entre le 1er et le 23 mars 2020, les attaques par phishing ont augmenté de 667 %.

La France dispose pourtant d’atouts en matière de cybersécurité, « quatrième nation la mieux armée en matière de cybersécurité derrière les États-Unis, Israël et la Grande-Bretagne ». Le secteur est en pleine croissance ( + 8,8 % entre 2018 et 2019), un marché qui représente 13 milliards de chiffre d’affaires avec 67 000 personnes employées dans le secteur.

Le point faible reste le stockage des données. « Il est difficile à la France de recouvrer sa souveraineté dans le cloud, dominé actuellement par trois acteurs américains qui possèdent 70 % de parts de marché. Il s’agit pourtant du socle incontournable du développement des entreprises, y compris des PME, comme celles des entités publiques, soumises aux mêmes menaces » a souligné Rémi Cardon. Le mois dernier, le gouvernement a annoncé le développement d’un nouveau label baptisé « cloud de confiance » délivré par l’Anssi. Il permettra d’identifier les offres cloud assurant la meilleure protection des données.

Les propositions du rapport sénatorial se déclinent sous le triptyque : « Tester, alerter et protéger », la cyber-résilience des entreprises. On relèvera, la promotion du dispositif cybermalveillance.gouv.fr auprès des entreprises, pas assez connu selon eux, la mise en place d’un guichet de recueil anonymisé des cyberattaques frappant les entreprises, la mise en place d’un parquet spécialisé, ou encore l’élaboration des plans nationaux de prévention des cyberrisques, destiné à coordonner la réponse des pouvoirs publics et des acteurs privés en cas d’attaque numérique systémique.

« Hackathon »

Plus anecdotique, les élus proposent la mise en place d’un « hackathon » le 30 novembre, journée mondiale de la cybersécurité. « On propose que des hackers éthiques puissent tester les logiciels. On a même proposé que le Sénat soit la victime de ce hackathon pour tester la résilience de nos systèmes », a expliqué Sébastien Meurant co-auteur du rapport.

Le point fort de leurs préconisations concerne les assurances. « En France, une entreprise sur cinq paye un rançongiciel (logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles en échange d’une rançon) et en général elle se fait rembourser ensuite par son assurance », a souligné Sébastien Meurant avant d’ajouter : « Le coût assurantiel des cyberattaques a triplé en un an […] La France est connue pour payer un certain nombre de rançons […] Ca implique d’attirer les cyber attaquants […] Nous proposons d’interdire le paiement par les assurances des rançongiciels », a-t-il annoncé. Cette interdiction « devra être actée au niveau Européen par un amendement à la convention de Budapest du Conseil de l’Europe, par un règlement européen, et par une disposition législative expresse dans le code des assurances », précise le rapport.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le