Cyberharcèlement : « Un enfant sur deux est soit harcelé, soit harceleur »
Après avoir auditionné les représentants des réseaux sociaux, la mission d’information sur le cyberharcèlement a entendu mercredi 30 juin deux acteurs du numérique, qui proposent des solutions pour enrayer ce phénomène massif.

Cyberharcèlement : « Un enfant sur deux est soit harcelé, soit harceleur »

Après avoir auditionné les représentants des réseaux sociaux, la mission d’information sur le cyberharcèlement a entendu mercredi 30 juin deux acteurs du numérique, qui proposent des solutions pour enrayer ce phénomène massif.
Public Sénat

Par Jules Fresard

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5 min

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« Pendant le premier confinement, sur Snapchat, on a vu l’apparition de « comptes ficha ». Au Havre, des jeunes hommes postaient sur un compte, toutes les photos de jeunes filles dénudées qu’ils ont pu trouver. Une de ces filles s’est fait reconnaître deux fois dans la rue. Elle s’est défenestrée ». C’est cette réalité dure du cyberharcèlement que Matthieu Boutard, directeur général de l’application de modération en ligne Bodyguard, a tenu à exposer devant les sénateurs de la mission d’information sur le cyberharcèlement.

D’autant que le problème est majeur. Selon Thierry Jadot, auteur pour l’Institut Montaigne d’un rapport sur les jeunes et internet, « 56 % des adolescents interrogés par l’Institut Montaigne déclare avoir déjà été victime de cyberharcèlement ». « Ils surestiment leur capacité à maîtriser leur vie sur internet », continue-t-il. Des propos qui tranchent avec ceux tenus par les représentants des plateformes la semaine dernière devant la même mission d’information. « A vous écouter, tout va bien, alors que le problème il est persistant », avait tenu à souligner Sabine Van Heghe. Un problème persistant que Matthieu Boutard comme Thierry Jadot, appellent à combattre avec force, autant du côté des pouvoirs publics que des plateformes, mais aussi des parents.

Le problème générationnel

Car un des problèmes soulignés par les deux experts est le décalage croissant qu'il existe entre les usages numériques des enfants et de leurs parents. Entraînant pour ces derniers une plus grande difficulté à contrôler l’activité de leur progéniture sur internet, les exposant indirectement au cyberharcèlement. « Je vais vous donner l’exemple de Facebook. Aujourd’hui, il est très utilisé par les adultes, mais délaissé par les jeunes, qui lui préfèrent Tiktok. La compréhension des usages est de plus en plus difficile », détaille Thierry Jadot.

Un décalage qu’il appelle à résorber par l’éducation, en formant mieux les professeurs aux enjeux du numérique. Leur permettant de sensibiliser plus efficacement les élèves aux problématiques du cyberharcèlement. Il propose ainsi la création « d’une agrégation dans les sciences informatiques ».

Le constat est partagé par Matthieu Boutard. Son application Bodyguard propose gratuitement à ses utilisateurs le blocage automatique des contenus haineux qu’ils peuvent recevoir. « Quand j’étais jeune, quand mon père me disait ne bois pas ou ne fume pas, je lui faisais confiance, car je savais qu’il avait conscience de ce que c’était. Aujourd’hui, quand je dis à ma fille de ne pas aller sur Tiktok, elle me rit au nez. En me répondant ‘’mais tu ne sais même pas ce que c’est’’ ».

Responsabiliser les plateformes

Mais la solution ne réside pas exclusivement dans la sensibilisation des parents. Un travail est également à faire du côté des plateformes. De nombreux sénateurs présents ont regretté que la semaine dernière, lors de leurs auditions, les représentants d’Instagram ou Snapchat se soient contentés d’énumérer ce qui était déjà en place, sans détailler comment ils pourraient lutter plus efficacement contre le phénomène du cyberharcèlement. « On ne nous a rien proposé de très optimal pour arrêter ce qui ne fonctionne pas bien », a regretté la rapporteure de la mission d’information Colette Mélot.

Pour Matthieu Boutard, les plateformes doivent être plus proactives quand un problème leur est remonté par les utilisateurs. « La question du signalement, c’est une vaste blague. Car c’est déjà trop tard. Quand on signale, c’est que le contenu a déjà été publié. C’est une méthode qui ne fonctionne pas bien ». Ancien employé de Google, il a regretté au passage que Tiktok comme Snapchat n'aient toujours pas autorisé son application Bodyguard à avoir accès à leur plateforme. Car pour protéger ses clients, Bodyguard a besoin que ses utilisateurs se connectent sur leurs réseaux sociaux depuis le logiciel de protection. Une possibilité que Tiktok comme Snapchat n’ont pas autorisé pour le moment.

Même problèmes relevés par Thierry Jadot, qui établit qu’après un signalement, « Facebook a un devoir de réponse en 24 heures, or il répond en moyenne en 48 heures. Twitter, lui, en une semaine ».

La fin de l’anonymat ?

Comme la semaine dernière, les membres de la mission d’information ont tenu à interroger l’efficacité que pourrait avoir la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux. Thierry Jadot a émis quelques réserves, évoquant l’exemple britannique. Outre-Manche, le Parlement a déjà essayé d’imposer une telle mesure, mais face aux manières illimitées de détourner la législation, l’idée a été abandonnée.

Des réserves émises également par le sénateur socialiste Hussein Bourgi. Il a évoqué des retours qui lui ont été faits, sur les difficultés que connaîtraient les lanceurs d’alerte pour faire porter leur voix si l’anonymat était levé sur les réseaux sociaux.

Pour tenter de lutter plus efficacement contre le phénomène, la sénatrice Jocelyne Guidez s’est interrogée pour savoir « s’il existait un profil type de cyberharceleurs ».

« Non », lui a répondu Matthieu Boutard. « Les jeunes ne se rendent pas compte de leur acte. Un enfant sur deux est soit harcelé, soit harceleur ». Laissant envisager l’ampleur de la tâche qui reste à accomplir.

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