Cybersécurité : Le gouvernement à l’offensive
Face à l’ampleur des nouvelles menaces numériques, le gouvernement entend renforcer son dispositif de cyberdéfense. Amélioration des capacités de défense, nouvelles possibilités de ripostes, affirmation d’une souveraineté numérique française, les annonces sont nombreuses.

Cybersécurité : Le gouvernement à l’offensive

Face à l’ampleur des nouvelles menaces numériques, le gouvernement entend renforcer son dispositif de cyberdéfense. Amélioration des capacités de défense, nouvelles possibilités de ripostes, affirmation d’une souveraineté numérique française, les annonces sont nombreuses.
Public Sénat

Par Jules Duribreu

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

On s’en souvient, la fin de la campagne présidentielle de 2017 avait été marqué par la diffusion de mail du camp En Marche à la suite d’un piratage. Le 5 mai 2017, des milliers de documents internes, y compris des faux, à l'équipe d'Emmanuel Macron avaient été posté en ligne. Le groupe à l’origine de ce piratage avait été soupçonné de liens avec les services de sécurité russes.Si cette tentative d’ingérence n’avait pas eu l’effet escompté sur l’électorat, les experts et hommes politiques ont été durablement marqué. En réaction, le gouvernement profite de la nouvelle loi de programmation militaire pour muscler son arsenal numérique.

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique s’est chargé de ce volet. Après une présentation en conseil des ministres le 8 février, Mounir Mahjoubi en fait la promotion, ce lundi 12 novembre, auprès du grand public avec une version expurgée des éléments secret défense.

Une nouvelle politique numérique

Cette revue stratégique a l’ambition d’être la base d’une nouvelle politique de défense numérique, en voulant faire de l’État l’acteur et le garant de la sécurité numérique du pays, avec la promotion d’une «culture partagée de la sécurité informatique ». Une nouvelle posture qui tranche avec les dernières années, où seul la sécurité numérique des installations ultra-sensibles étaient garanties par l’administration.

Dans les grandes lignes, ce rapport vise l’amélioration de la protection des systèmes d’information et de défense ainsi que les capacités de riposte, la construction d’une réponse pénale à la cybercriminalité plus efficace et une coopération internationale accrue. Sur ce point, le rapport de Mounir Mahjoubi préconise le développement d’une « Europe numérique » et d’une « gouvernance collective et maîtrisée ».  

« Un espace de liberté à protéger »

En outre, ce livre blanc de la cyberdéfense cible particulièrement deux types de menaces sur lesquels l’État doit bâtir sa nouvelle doctrine de défense. Les opérations étatiques d’espionnage ou de sabotage, d’une part ; les dégâts provoqués par des virus qui échappent à leur créateur, comme le ransomware Wannacry, d’autre part.

« Le seul moyen de préserver cet espace de liberté qu'est internet, c'est la sécurité numérique. La sécurité des réseaux, des bases de données, la sécurisation des organismes essentiels, la capacité d'intervenir face aux comportement criminels en ligne. Pour cela il faut investir dans les hommes, dans les technologies.» a déclaré Mounir Mahjoubi a l’issue de sa présentation à Station F.

Les opérateurs télécoms à contribution

Concrètement, et pour répondre à ces menaces précises, ce rapport souhaite donner plus de pouvoir à l'agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) afin de la mettre au centre du nouveau dispositif de défense numérique. La revue stratégique recommande ainsi d'obliger les opérateurs de télécommunication à coopérer. Sur le même modèle liant TRACFIN et les banques, les opérateurs seraient appelés à scanner leurs réseaux et à signaler à l'ANSSI toute anomalie ou indice technique.

Actuellement, l’Anssi dispose déjà de ces pouvoirs, mais ne peut rechercher les traces d’une attaque que sur les systèmes informatiques étatiques ou des entreprises ultrasensibles ; les seuls qui relèvent aujourd’hui de sa compétence. Enfin, si l'attaque concerne un « organisme d'importance vitale ou une autorité publique », l'agence pourrait demander des informations, voir agir directement sur le serveur d'un hébergeur.

Des mesures indispensables selon Guillaume Poupard, le directeur de l’ANSSI « La difficulté aujourd’hui c’est de chercher des traces d’attaques dans les flux des opérateurs. Ils transportent l’eau, qu’elle soit potable ou non. Nous sommes en retard sur la détection par rapport à nos alliés, qui voient beaucoup plus d’attaques que nous ». Reste à savoir si ces annonces seront suffisantes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le