Dans l’Ain, aux confins du « grand débat »
Ils ne sont parfois qu'une poignée à venir. Souvent âgés. Certains parlent, d'autres écoutent. De la périphérie de Mâcon aux collines du Bugey...

Dans l’Ain, aux confins du « grand débat »

Ils ne sont parfois qu'une poignée à venir. Souvent âgés. Certains parlent, d'autres écoutent. De la périphérie de Mâcon aux collines du Bugey...
Public Sénat

Par Pierre PRATABUY

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ils ne sont parfois qu'une poignée à venir. Souvent âgés. Certains parlent, d'autres écoutent. De la périphérie de Mâcon aux collines du Bugey en passant par les étangs de la Dombes, l'AFP a suivi le "grand débat" dans trois villages de l'Ain.

À 19H00 ce 7 février, Saint-Jean-sur-Veyle (1.133 habitants) semble déjà dormir. Sauf à la salle polyvalente, où une cinquantaine de personnes prennent place. "Un volontaire pour prendre des notes ?", demande la maire, Agnès Duperray. C'est finalement un adjoint qui s'y colle.

On hésite un peu à prendre le micro, et puis Simone, retraitée, se lance: pour augmenter le pouvoir d'achat, il faut régler le problème du chômage, "c'est-à-dire celui de la formation". Denise, gérante d'une chaudronnerie locale, confirme: "il y a trop de décalage entre l'école et l'entreprise".

Dans le premier département industriel de France, le sujet est porteur. Pour Michel, ancien chef d'atelier, "c'est l'orientation qui ne va pas". Deux profs plaident le manque de moyens. "On a fait aussi l'erreur de répéter à nos gosses que sans le bac, on est bon à rien", estime un père de famille.

L'église de Saint-Jean-sur Veyle (Ain) photographiée le 7 février 2019, peu avant le début du grand débat national dans la ville
L'église de Saint-Jean-sur Veyle (Ain) photographiée le 7 février 2019, peu avant le début du grand débat national dans la ville
AFP

Il n'est pas le seul à faire dans l'autocritique. "C'est nous-mêmes qui, souvent, faisons notre propre malheur", estime un entrepreneur du transport routier. "On prône le ferroutage contre la pollution, et on commande sur internet en voulant être livré le lendemain".

À la fin des échanges, certains voudraient "s'impliquer" dans une réflexion commune. La maire leur suggère de commencer par assister aux conseils municipaux.

- Diplomate -

À Artemare (1.248 habitants), le deuxième débat - sur quatre programmés - commence en retard le 13 février. La faute au journal local qui s'est trompé d'horaire, s'excuse la maire, Mireille Charmont-Munet. "Y a pas beaucoup de jeunesse", constate l'un des 19 participants en s'asseyant.

Menu unique ce soir-là: la fiscalité. "Il faudrait déjà qu'on sache où va l'argent", attaque Michèle, 63 ans. Un document officiel projeté au mur détaille la répartition des dépenses publiques pour 1.000 euros d'impôts prélevés. La moitié part dans les retraites. "Ça veut pas dire grand-chose", tranche Félix, 87 ans et 900 euros de pension mensuelle.

Intervient alors "Monsieur Reynaud", ancien diplomate qui se fait l'avocat de l'État. "Si la France n'a pas assez de recettes, c'est qu'elle ne travaille pas assez", assène-t-il. Approbation dans l'assistance, largement hostile aux 35 heures.

Ce discours a le don d'agacer Stéphane, fonctionnaire en fin de carrière. "Il y a des choses que je ne peux pas entendre. J'ai gravi tous les échelons et si mes revenus vous font envie, j'en suis presque heureux", lance-t-il. Pour lui, il faut mieux rémunérer le travail et ne pas dresser le public contre le privé.

Les habitants de Saint-Jean-sur-Veyle (Ain) lors d'une réunion le 7 février 2019 sur le grand débat national
Les habitants de Saint-Jean-sur-Veyle (Ain) lors d'une réunion le 7 février 2019 sur le grand débat national
AFP

Patricia, l'opticienne, arrive sur le tard; ses 40 ans ne passent pas inaperçus. Encore quelques échanges sur la TVA et c'est l'heure de partager un verre.

- Lobbyiste -

Changement de format à Châtillon-la-Palud (1.586 habitants), où le débat sur la transition écologique est organisé le 15 février par Stan, 24 ans, citoyen "non encarté". "Ça veut dire quoi ?", demande-t-on. "Ça veut dire affilié à aucun parti", répond l'étudiant en développement durable qui, prudent, ne se dévoile pas d'emblée.

Face à lui, Pascal peste contre "les idéologues" en faisant un intense lobbying pour le nucléaire. "On ne pourra pas s'en passer", martèle cet ancien ingénieur de la filière. L'éolien et le solaire, que le gouvernement veut développer ? "Des caprices d'écolos et de bobos parisiens."

Une habitante de Saint-Jean-sur-Veyle (Ain) entre pour participer à une réunion le 7 février 2019 sur le grand débat national
Une habitante de Saint-Jean-sur-Veyle (Ain) entre pour participer à une réunion le 7 février 2019 sur le grand débat national
AFP

Peut-on, quand même, économiser l'énergie ? Oui, en éteignant les lampadaires, assure Jacques. Laurent a une autre idée: "distribuer des cocottes-minute, comme Fidel Castro". L'un des 11 participants pique un fou-rire.

Après une pause, on s'interroge sur la surconsommation mais "la décroissance", Pascal n'y croit pas. On peut manger mieux en achetant moins, rétorque Dominique, qui voudrait surtaxer la malbouffe ; les taxes, Pascal ne veut pas en entendre parler non plus. Seule solution à ses yeux: "baisser les prix", des ampoules LED comme des légumes bio.

Au bout de trois heures, le jeune animateur semble éprouvé. Dans la nuit froide, il repart à vélo.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le