Malgré la menace du Front national, la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, l'une des plus influentes, peine à tourner la page de ses déchirements en vue des législatives de 2017, après la démission de la députée Sylvie Andrieux.
Actée officiellement vendredi au Journal officiel, la démission de la parlementaire, exclue du PS, était inéluctable depuis que sa condamnation était devenue définitive, début novembre. Mme Andrieux a été ainsi contrainte à rendre son mandat par décision de justice, un cas rare sous la Ve République.
Élue des quartiers nord de Marseille, mise en cause pour clientélisme, elle avait été condamnée pour avoir distribué entre 2005 et 2008 environ 700.000 euros de subventions à des associations fictives censées œuvrer à la réhabilitation des quartiers populaires. Les fonds versés servaient en fait à assurer un train de vie confortable aux dirigeants de ces coquilles vides. En retour, ces derniers devaient aider Mme Andrieux, alors conseillère régionale, à se faire élire.
Mme Andrieux a été condamnée à quatre ans de prison dont trois avec sursis, 100.000 euros d'amende et cinq ans d'inéligibilité.
Jean-Noël Guérini , le 1er avril 2015 à Marseille
AFP
Avec les mises en examen de l'ancien homme fort du département Jean-Noël Guérini notamment pour trafic d'influence et association de malfaiteurs, l'affaire Andrieux est l'une des principales ayant conduit à la quasi-implosion du PS local ces dernières années.
Près de dix ans après la début de l'enquête qui a mené à sa chute, la mise à l'écart définitive de Mme Andrieux n'entraîne pas d'élection partielle, à six mois des législatives. Mais elle laisse un vide dans une circonscription où la gauche est très menacée par le Front national.
- Querelles intestines -
Jeudi soir, un vote y était organisé parmi les militants socialistes pour désigner une candidate, la circonscription étant réservée par le parti à une femme.
Anne Di Marino, conseillère départementale de 47 ans, l'a emporté. 87,7% des suffrages des militants, clame-t-elle, avec "une belle participation, plus de 200 votants". Assumant un lien "d'amitié depuis de très longues années" avec Sylvie Andrieux, Mme Di Marino explique à l'AFP être "très fière d'avoir remporté le vote des militants".
Sylvie Andrieux, le 2 juin 2014 devant le tribunal d'Aix-en-Provence
AFP
Mais sa victoire fait tousser une partie des socialistes qui y voient le retour, par la fenêtre, des proches de Sylvie Andrieux. A commencer par sa concurrente défaite, Nadia Brya, 48 ans. "Donner la circonscription à la candidate de Sylvie Andrieux, c'est offrir la circonscription au FN!" s'insurge-t-elle auprès de l'AFP, expliquant n'avoir pas eu accès au fichier des votants ni pu faire campagne. "Je ne reconnais ni ce vote ni son résultat", a-t-elle écrit jeudi soir dans un courrier adressé aux instances du PS.
"On ne peut pas désigner la copine de Sylvie Andrieux", déplore un socialiste local, convaincu que Paris qui doit se prononcer mi-décembre, passera outre et désignera Mme Brya: "Ça fait très longtemps qu'elle est au PS et elle est cohérente", souligne-t-il.
"S'il y a bien une fédération, après tout ce qui s'est passé, qui ne doit pas se retrouver dans des contestations, c'est bien celle des Bouches-du-Rhône", soupire le chef de file de l'opposition PS à la mairie de Marseille, Benoît Payan.
Reconnaissant des "querelles intestines (...) alimentées par des haines", le premier secrétaire du PS dans le département, Jean-David Ciot, relativise. La proximité de Mme Di Marino avec la députée condamnée? Nadia Brya est selon lui "la plus mal placée" pour en parler: "Ils ont tous adoré Sylvie Andrieux pendant des années."
Le processus d'investitures est également contesté dans d'autres circonscriptions marseillaises, la 1e et la 8e. M. Ciot, lui, voit le verre à moitié plein et les endroits, comme à Vitrolles, où les socialistes ont su se mettre en ordre de bataille face au FN.
Pendant ce temps, à la bastide Saint-Joseph, siège de la mairie de secteur, le sénateur-maire FN Stéphane Ravier savoure la démission de Sylvie Andrieux. "Pourquoi si tard?" s'interroge-t-il sur Twitter.
En 2012, il avait perdu à 49% contre 51% pour Mme Andrieux, avec seulement 699 voix d'écart. Interrogé vendredi par l'AFP, il a refusé de dire s'il se présenterait à nouveau. Pour l'heure, l'investiture a été "gelée" par le parti d'extrême droite.
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