Dans la perspective de 2022, Les Républicains travaillent leur fibre « sociale »
Depuis des mois, des cadres de la rue de Vaugirard poussent pour placer le « social » au cœur de la future campagne présidentielle du parti. Une ligne éloignée de celle de François Fillon en 2017 et qui révèle des divergences sur le fond.

Dans la perspective de 2022, Les Républicains travaillent leur fibre « sociale »

Depuis des mois, des cadres de la rue de Vaugirard poussent pour placer le « social » au cœur de la future campagne présidentielle du parti. Une ligne éloignée de celle de François Fillon en 2017 et qui révèle des divergences sur le fond.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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« On n’est pas la droite américaine, on n’a jamais gagné sans parler du social ! », prévient d’emblée un cadre des Républicains. Et pour 2022, une frange de l’ex-UMP n’entend pas rejouer le programme de François Fillon version 2017. Crise sanitaire oblige, le « social » doit irriguer le projet présidentiel des LR, plaident-ils. Economie en berne, précarité des étudiants… Les conséquences de la crise du covid-19 poussent la formation de droite à embrasser la cause sociale, longtemps dévolue à la gauche. Opportunisme électoral ou retour au premier plan de la fibre séguiniste ? « C’est un sujet qui traverse la droite depuis des années, mais qui se fait encore plus prégnant à l’approche de la présidentielle dans le contexte de crise sanitaire », convient ce même cadre.

En première ligne sur ce front, LR peut compter sur sa jeune garde, comme Julien Dive, député de l’Aisne et Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti. Les deux hommes, comme le rapportait Le Monde, ont constitué en octobre 2020, un groupe de travail avec une poignée d’élus chargée de plancher sur « un plan pauvreté ». Leurs propositions ont été dévoilées au début du mois de février. Alimentation, logement, travail, dignité… La droite entend répondre à la crise sociale et combler ce qu’elle cible comme des « manquements » dans la politique du gouvernement. « Ce sont 700 000 jeunes qu’il va falloir accompagner. Avec des profils inédits, diplomés. Ce sont des bacs + 4, +5. Cette génération va avoir besoin d’un filet de sécurité qui leur donne le goût du risque », prédit Aurélien Pradié. Dans leur plan pauvreté, les LR proposent de mettre en place 300 000 jobs « pour la Nation », censés se substituer « provisoirement aux emplois étudiants détruits ». Ces 300 000 emplois seraient dédiés aux jeunes de 18 à 25 ans et pris en charge sur le modèle du chômage partiel. Coût de la mesure : 1,5 milliard d’euros. « On n’arrivera pas à la présidentielle avec des ‘réglages’. Il faut un véritable ‘pacte social’ », plaide Pradié. Dans son sillage, le numéro deux du parti, Guillaume Peltier, a notamment proposé une augmentation de 5 % des salaires.

« Ressource de base » plutôt que revenu universel

Toujours à droite, une autre mesure émerge : une « ressource de base », pour ne pas dire « revenu universel » trop connoté Benoît Hamon. L’ex-candidat socialiste à la présidentielle s’amusait d’ailleurs récemment dans l’Opinion de l’éventail de ses interlocuteurs sur son sujet de campagne de 2017, comme l’a relevé Libération : « J’en parle avec tout le monde, même avec l’Eglise catholique. » L’idée défendue au sein des LR serait d’accorder une ressource « autour de 800 euros » à tous les jeunes ayant participé au préalable à deux mois de travaux d’intérêt général. Pas de proposition de loi à prévoir, cela s’inscrit dans « un projet présidentiel », confie un responsable de premier rang rue de Vaugirard. En face, le parti socialiste veut faire de la jeunesse un marqueur politique, et repart à la charge avec ses propositions de revenu de base et de dotation universelle à partir de 18 ans. Depuis quelques semaines, ses représentants à l’Assemblée et au Sénat exhortent l’exécutif d’étendre le RSA aux jeunes, au moins pendant la crise. Armée de son plan pauvreté, la droite n’entend pas leur laisser le champ libre.

Des propositions qui n’auraient jamais pu voir le jour au sein des Républicains il y a encore quelques années, conviennent de nombreux membres du parti. « Sous Fillon, cela n’aurait jamais été possible… », souffle l’un d’entre eux. Un revirement soudain au sein de la famille gaulliste ? Pas vraiment. Déjà quelque temps avant la crise du covid-19, certains poussaient pour s’emparer de ce créneau face à un pouvoir macroniste jugé très libéral. Depuis sa prise de fonction en tant que président du parti, le chiraquien Christian Jacob était soucieux de rétablir « les équilibres » au sein de sa famille politique meurtrie par la succession de duels fratricides. « Notre famille politique, dans son ADN, a toujours reposé sur une complémentarité entre le libéral et le social, expliquait déjà au JDD en janvier 2020 Damien Abad, le chef de file des députés LR. Nous devons retravailler cette composante sociale, que nous n’avons peut-être pas assez privilégiée. » Pour beaucoup, il est certain que les années Sarkozy, puis Fillon ont été marquées par une politique très libérale.

« Certains ont des rechutes régulières, notamment au Sénat… »

Sur l’ensemble de ces sujets, une fracture apparaît en interne entre tenants de l’aile sociale et ceux de l’aile libérale. Éric Woerth, le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale ne cache pas son scepticisme face aux propositions émises sur le remboursement de la dette « covid ». Sur le plateau de Public Sénat il y a une semaine, le député de l’Oise a haussé le ton contre une solution « laxiste ». « C’est tellement simple de dire à la population : ‘Ne vous inquiétez pas, cet argent on le dépense mais on aura jamais à le rembourser !’ », s’est-il insurgé. Lui, comme d’autres chez LR, préfère défendre des « solutions classiques » : « La résorption de la dette passe par le travail et le temps de travail par habitant en France est l’un des plus faibles du monde. »

 

Dans une tribune au FigaroVox, l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, François Baroin, Aurélien Pradié et Agnès Evren, députée européenne LR, proposaient début février d’étendre la durée moyenne de la dette comme l’ont fait d’autres pays occidentaux, sans « l’annuler ». Au Monde, Éric Woerth, renchérissait pour sa part : « Rien ne sert d’être démagogique, il faut que le parti vise une amélioration de la situation sociale sur le moyen terme en dehors des mesures d’urgence, avec des solutions réalistes ». Gérard Larcher a également affiché des positions rigoureuses face au « quoi qu’il en coûte ». Ainsi pour le président du Sénat « seule la maîtrise rigoureuse de nos dépenses publiques (près de 64 % du PIB en 2020) avec une politique ambitieuse de réformes structurelles nous permettra, la pandémie passée, d’assurer la soutenabilité de la dette, puis réduire progressivement notre taux d’endettement ».

Dernièrement, c’est sur l’IVG que les positions ont divergé. Aurélien Pradié a regretté sur BFMTV que le texte du PS allongeant l’accès à l’IVG ait été bloqué par le dépôt de nombreux amendements par son groupe. « Je ne supporte pas que notre famille devienne la famille anti-IVG », peste-t-il en privé, assurant que les fractures au sein de sa famille ne sont pas « irréconciliables ».

Sur l’ensemble de ces sujets, un député LR persifle : « Certains ont des rechutes régulières, notamment au Sénat… »

Fractures sur fond de présidentielle

A la Haute assemblée, la majorité sénatoriale LR est présidée par un certain Bruno Retailleau. Déjà en campagne pour 2022, le sénateur de la Vendée, ancien bras droit de François Fillon porte une ligne plus conservatrice. Quitte à s’opposer publiquement au président LR du Sénat, Gérard Larcher. Les deux hommes ont exposé leurs divergences lors de l’examen du texte portant sur la bioéthique, qui s’est déroulé dans la plus grande confusion. Au terme des débats, le Sénat a rejeté la PMA pour toutes les femmes, conformément au souhait de Bruno Retailleau et au grand désarroi de Gérard Larcher. Figure des Républicains, le Président du Sénat a dans la foulée exprimé son « regret » que le Sénat ait « laissé passer la chance d’améliorer le texte ».

Depuis de longs mois, Bruno Retailleau bataille quant à lui pour la tenue d’une primaire dans son camp afin de déterminer le candidat de sa famille pour la présidentielle. Son objectif : concurrencer Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France, donné favori après l’abandon de François Baroin. Mais pour l’heure, les sondages ne sont pas porteurs et un poids lourd observe chez lui un changement d’attitude : « Il ne dépasse pas les 5 %, il ne fera pas plus. Beaucoup de sénateurs pensent la même chose. Retailleau dealera avec le mieux placé. » Et poursuit : « Retailleau considère qu’il faut parler au cœur de cible. Or on ne peut pas gagner sans élargir notre base : plus de la moitié des Français varient dans leur vote. Tout l’enjeu est d’aller les chercher. Sinon, on fera le même résultat qu’aux européennes », prédit-il. Soit près de 8,5 % des voix. D’où l’intérêt de parler du « social ».

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