Dans le bassin minier, les européennes entre méconnaissance et désintérêt
"Je me renseignerai le dernier jour": totalement déçus par la politique ou encore prêts à aller voter, beaucoup à Bully-Les-Mines...

Dans le bassin minier, les européennes entre méconnaissance et désintérêt

"Je me renseignerai le dernier jour": totalement déçus par la politique ou encore prêts à aller voter, beaucoup à Bully-Les-Mines...
Public Sénat

Par Clément MELKI

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

"Je me renseignerai le dernier jour": totalement déçus par la politique ou encore prêts à aller voter, beaucoup à Bully-Les-Mines, au cœur du bassin minier, disent ne pas savoir "grand chose" des européennes, à un mois d'un scrutin jugé éloigné de leurs priorités.

"Tout ça, c'est du violon. Tant que ceux qui décident ont les privilèges, ça continuera !", lance, résigné, Jean-Marc Leclerc. À 63 ans, ce demandeur d'emploi regarde l'élection du 26 mai "de très loin".

"Je ne vote plus depuis plus de 30 ans. Pour moi, c'est une comédie. Ça ne m'intéresse pas", lâche-t-il dans le plus vieux café de cette commune de 13.000 habitants.

Au-dessus du comptoir, des lampes de mineurs rappellent la proximité des dernières fosses, comme les terrils imposants qui jalonnent les environs.

Au café de la Place, la politique n'est pourtant pas absente: Emmanuel Macron y a fait halte à deux reprises, en 2017 et 2018, avant et après son élection. Marine Le Pen, élue dans ce bassin minier et plébiscitée par les habitants dès le premier tour de la présidentielle, s'y est elle aussi rendue.

Mais de nombreux électeurs ont du mal à saisir l'impact de ces élections sur leur vie quotidienne. Pour beaucoup, la priorité est ailleurs, dans un département où le chômage dépasse les 11% (il frôle les 20% par endroits), soit près de trois points au-dessus de la moyenne nationale.

"Ça ne changera sûrement pas grand chose", prédit Robert Billet, qui ignore encore pour qui il votera, envisageant de "mettre un bulletin blanc"...

"Au départ, j'étais à 500% Européen", se souvient ce retraité de 83 ans. "Mais je suis déçu. On était plus heureux avant ! Maintenant, on subit l'Europe, on n'a plus de liberté. Tout est géré par Bruxelles, c'est presque de la dictature", dénonce-t-il.

Ces élections "pourraient être utiles pour gérer l'ensemble des nations, à condition d'avoir des gens compétents", ajoute-t-il. "Au lieu de cela, ils imposent sans s'intéresser aux pays. Tout est orienté vers le bénéfice", regrette cet ancien mineur.

- "Sentiment d'abandon" -

Depuis une vingtaine d'années, "l'Europe est pour beaucoup de Français synonyme d'une contrainte économique. En échange, (ils) ne voient pas très bien ce qu'elle fait pour les citoyens", explique à l'AFP Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, le centre de recherche politique de Sciences Po.

Cette opposition est "encore plus marquée dans les territoires avec beaucoup de précarité, de chômage et de difficultés économiques", comme le bassin minier.

"On est dans un territoire historiquement très opposé à la question européenne", en raison du "sentiment d'être abandonné quand la mine ferme, quand les activités industrielles se délocalisent", confirme Jean-François Caron, maire écologiste de la commune voisine de Loos-en-Gohelle.

Beaucoup d'habitants, ajoute-t-il, ont le "sentiment que, depuis qu'il y a l'Europe et la mondialisation, il y a une désintégration de notre système économique. Cela implique une forme de repli identitaire expliquant en partie les scores massifs" du Front national (devenu Rassemblement national), qui avait fait plus de 43% aux européennes de 2014 à Bully-Les-Mines, sur fond d'abstention à 64,5%.

A cette défiance s'ajoute un déficit d'information: selon le dernier sondage Eurobaromètre, une majorité de citoyens européens ignoraient il y a encore quelques mois la date du scrutin de mai. "Je ne sais même pas qui va se présenter, quel est leur programme. On n'a aucune information", déplore Robert Billet.

Frédéric Cuvelliez, 26 ans, admet même ignorer à quoi servent ces élections. "Je n'y prête pas trop attention. J'essaierai de me renseigner un peu avant, mais le minimum", lâche ce cordonnier.

"De toute façon, ça ne changera pas grand chose: je ne me sens pas proche du tout de ces gens-là..."

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris Caf Nationale inauguration
8min

Politique

Politique familiale, allocations, crèches : que proposent les candidats à la présidentielle ?

Alors qu’Edouard Philippe met sur la table la création d’une allocation familiale unique de 350 euros, Gabriel Attal se penche sur les familles monoparentales, quand Bruno Retailleau propose un revenu familial de 240 euros par mois dès le premier enfant, et Marine Le Pen la préférence nationale pour les familles françaises candidate à un HLM. L’écologiste Marine Tondelier propose elle un congé d’allaitement choisi et indemnisé. Revue de détails.

Le

Paris : Socialist Party Primary Debate Ahead of France’s 2027 Presidential Election
6min

Politique

Le vote du premier tour de la primaire du PS perturbé par une cyberattaque

Alors que quelque 140 000 électeurs sont invités à exprimer leur préférence pour le premier tour de la primaire organisée à gauche, les opérations de vote sont perturbées depuis l’ouverture du scrutin ce vendredi matin. Les organisateurs font état d’une cyberattaque visant à saturer la plateforme de connexion. Les trois partis à l’origine de cette primaire, dont le Parti socialiste et Place publique, ont saisi la justice.

Le

Paris: Marine Le Pen presentation contre budget
5min

Politique

Préférence nationale : la proposition du RN de taxer l’embauche de travailleurs étrangers inquiète les entrepreneurs

Dans le contre-budget du RN présenté cette semaine par Marine Le Pen et Jordan Bardella, figure une mesure passée relativement inaperçue. Elle vise à taxer l’embauche d’un étranger extra-communautaire de 1 000 euros par an. La mesure a suscité un fort rejet de la part des syndicats patronaux qui rappellent au RN le principe de réalité du marché du travail.

Le

France – Manifestation en soutien aux lyceens
5min

Politique

141 lycées fermés ce vendredi : les lycéens continuent de se mobiliser pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage

Dix-neuf jours après les premières mobilisations, les lycéens continuent de manifester pour dénoncer le manque de professeurs, la pression liée à Parcoursup ou encore la dégradation du bâti scolaire. Ce vendredi matin, les portes de 141 lycées sont restées fermées en raison des blocus. En début de semaine, entre 400 et 500 établissements étaient concernés par ces fermetures, selon le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray.

Le