Dans le Nord, le FN en campagne pour le 2e tour, « très loin de la haine de 2002 »
"En 2002, on se faisait courser, aujourd'hui, on nous réclame des tracts!", lance fièrement Charles Delhaye, militant frontiste...

Dans le Nord, le FN en campagne pour le 2e tour, « très loin de la haine de 2002 »

"En 2002, on se faisait courser, aujourd'hui, on nous réclame des tracts!", lance fièrement Charles Delhaye, militant frontiste...
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Par Zoé LEROY

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"En 2002, on se faisait courser, aujourd'hui, on nous réclame des tracts!", lance fièrement Charles Delhaye, militant frontiste depuis plus de 30 ans. A Caudry (Nord), le Front national fait campagne pour le second tour de la présidentielle, "très loin de la haine anti-FN" de 2002.

Drapeaux et écharpes bleu-blanc-rouge, badges "Marine présidente", une petite dizaine de militants frontistes tractent tout sourire sur le marché, face à la mairie tenue depuis 1995 par un maire DVD, Guy Bricout.

Dans cette ville de quelque 15.000 habitants, surnommée cité de la dentelle, Marine Le Pen est arrivée en tête dimanche avec 35,77% des voix, devant Jean-Luc Mélenchon (19,53%) et Emmanuel Macron (17,13%). En 2012, François Hollande avait viré en pole position avec 32,55% des voix.

Au second tour de la présidentielle de 2002, lors du duel Le Pen-Chirac, "il y eut un déchaînement de haine phénoménal, il fallait parfois recoller sept fois nos affiches dans la journée, nous étions considérés comme des sales fachos; maintenant, 90% du temps, on a un bon accueil", affirme Charles Delhaye, militaire à la retraite, sous la pluie.

"Allez les amis, faut y croire !", lance aux militants Philippe, producteur de fraises. "Je suis un convaincu. Il ne faut pas nous prendre pour des racistes. Ce qui me plaît, c'est le discours sur la sécurité, l'immigration et contre l'islamisme, par contre, j'ai toujours été profondément européen, mais juste l'Europe, pas l'autre côté de la méditerranée !", dit-il, tout en servant ses clients. "On n'est pas contre l'Europe, pas question de fermer les frontières, on nous caricature", réplique Mélanie Disdier, élue d'opposition à la mairie.

"Au fil des années, nous sommes de plus en plus écoutés. Quand j'ai commencé à militer en 1996, on nous lançait les tracts à la figure, maintenant, il n'y en a plus aucun à terre", se félicite cette "petite-fille d'industriel textile" née à Caudry. "Cette année, je pense même qu'on a moins souffert que les socialistes et les fillonistes !", glisse-t-elle.

- 'Ca ne dure que cinq ans' -

Voici Evelyne, 71 ans, retraitée, panier au bras: "avant, je votais communiste, mais cette année, je vote Front national pour que ça change, on a essayé la gauche, la droite, la demi-droite, mais jamais le FN. On peut essayer, de toute façon ça ne dure que cinq ans !".

La raison de la montée du vote FN à Caudry ? "Les difficultés sociales des gens qui ont vu les usines textiles fermer les unes après les autres, et même si on est dans un milieu rural, avec peu d'immigration, les villages voient ce qui se passe dans les grandes villes et votent FN pour se préserver", d'après Mme Disdier, pour qui il ne s'agit pas d'un vote "contestataire", mais "d'adhésion".

Vendredi matin, en deux heures, les militants rencontrent de fait peu d'hostilité, à de rares exceptions.

La supposée "+fille du peuple+, sort d'un château avec une cuillère d'argent dans la bouche ! Je ne voterai jamais pour le FN, je préfère me faire couper la tête !", lâche Raymond Pigois, "électeur de gauche", en tapant sa canne par terre. "Les aigris, il y en a toujours", balaie un militant.

"Vous jouez sur les peurs, vous transpirez la haine !", lance encore Sophie Desreumaux, élue d'opposition PS à la mairie, provoquant une vive altercation entre les deux partis en plein milieu du marché. "Avec vos 6% (Hamon a obtenu 6,36% des voix au premier tour) vous avez raison d'être en colère", répond avec sarcasme un militant frontiste. "Vous êtes un microbe qu'il faut écraser", renchérit un autre, avant de quitter les lieux, avec les autres militants.

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