Dans le « nouveau monde » politique, le clivage droite-gauche n’a pas dit son dernier mot
L'opposition entre les "progressistes" d'Emmanuel Macron et les "nationaux" qu'incarnerait Marine Le Pen, va rythmer la campagne...

Dans le « nouveau monde » politique, le clivage droite-gauche n’a pas dit son dernier mot

L'opposition entre les "progressistes" d'Emmanuel Macron et les "nationaux" qu'incarnerait Marine Le Pen, va rythmer la campagne...
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Par Anne RENAUT

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L'opposition entre les "progressistes" d'Emmanuel Macron et les "nationaux" qu'incarnerait Marine Le Pen, va rythmer la campagne des élections européennes de 2019. Pour autant, le traditionnel clivage droite-gauche n'a pas dit son dernier mot.

Pour Zaki Laïdi, directeur de recherche au centre d'études européennes de Sciences-Po, l'essor d'une confrontation entre le camp emmené par M. Macron et celui promu par la présidente du Rassemblement national (ex-FN) et ses alliés européens comme le Hongrois Viktor Orban et l'Italien Matteo Salvini est "inscrit dans les faits".

Avec pour victimes, les chapelles traditionnelles. Au Parlement européen, le PPE (droite) et les sociaux-démocrates contrôlaient en 2009 les deux-tiers des sièges. En 2014, ils ne rassemblaient plus que 54%. Et ils devraient tomber sous les 50% aux européennes en mai 2019, écrit dans L'Opinion l'ancien conseiller de Manuel Valls et Pascal Lamy.

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinions de l'Ifop, auteur de "Le nouveau clivage" (Le Cerf, 2018), considère que l'Europe est traversée par deux nouveaux clivages qui se superposent. Le premier entre les "gagnants et les perdants de la mondialisation" et le second entre les partisans d'une société "ouverte", sans frontières, tant pour les marchandises que les êtres humains, et les tenants d'une société "fermée".

- Nouveau stade du capitalisme -

Pour lui, ces fractures apparues avec le référendum de Maastricht, qui avait divisé tous les camps en 1992, sont "la traduction électorale d'un nouveau stade du capitalisme", après les clivages agrariens/urbains puis capital/travail.

Pourtant, l'affrontement droite-gauche "n'a pas dit son dernier mot" en France, selon M. Fourquet qui cite la fiscalité, la réforme de la SNCF ou la suppression de l'ISF. "Il y a un électorat de droite favorable à ces mesures et un électorat de gauche qui y est opposé".

Le vieux clivage droite-gauche est même "structurant" parmi les sympathisants du "nouveau monde" que veut représenter le parti présidentiel La République en marche (LREM). Il s'applique sur les questions sociales et l'immigration, selon Gilles Finchelstein, directeur de la fondation Jean Jaurès et auteur d'une étude sur le profil des sympathisants LREM.

"C'est un petit pied de nez de l'Histoire à LREM, qui avait réussi à faire exploser le clivage droite-gauche sur certains sujets", comme l'Europe, note-t-il.

A la proposition de "donner la priorité à un Français sur un immigré" en matière d'emploi, 30% des sympathisants LREM sont d'accord, 36% en désaccord et 34% indécis, trois blocs quasiment identiques qui "recoupent leur origine partisane".

- Populistes divisés -

M. Finchelstein a aussi constaté que l'électorat du Rassemblement national était "le plus uni", contrairement aux Républicains qui sont les plus divisés sur chaque sujet.

LR a ainsi voté en ordre dispersé au Parlement européen sur les sanctions contre Viktor Orban, même si chez LR, on juge "superficiel" le clivage d'Emmanuel Macron. Redoutant d'être éclipsé par le clivage progressistes/nationalistes, le parti de Laurent Wauquiez préfère évoquer une "tri-polarisation" entre "fédéralistes", "nationalistes" et "pro-européens qui veulent réformer l'Europe", notamment sur l'immigration.

Le Parti socialiste refuse lui aussi d'être pris en "étau" entre libéralisme et nationalisme, qui "amènent l'un et l'autre à la ruine de l'Europe et des Européens". Cette "confusion entre droite et gauche" accrédite "l'idée qu'il n'y a pas d'alternative autre que celle des populismes", déplore le PS.

Le clivage droite-gauche traverse aussi le camp populiste, soutient le politologue Jean-Yves Camus. Les antisystème de droite et de gauche peuvent converger sur "la croyance en un peuple naturellement +bon+ et la défense des +petits+ contre les +gros+". Mais l'identité tient "une place centrale chez les populistes de droite", comme le RN quand il défend "la préférence nationale", alors que la gauche radicale reste "internationaliste" et ne fait que distinguer l'immigration économique du droit d'asile, selon M. Camus.

Au final "cet enchevêtrement des clivages rend plus difficile la lisibilité du système politique pour les citoyens", estime M. Finchelstein.

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