Dans une ambiance tendue, le Sénat rétablit le gel des pensions et des prestations sociales en l’assouplissant

Comme annoncé, le Sénat a rétabli en séance publique le gel des pensions et des prestations sociales prévue dans la version initiale du projet de loi de la Sécurité sociale, avant d’être supprimé à l’Assemblée nationale, au grand dam de la gauche. Les sénateurs ont, toutefois, assoupli ce gel en préservant les bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et les pensions de retraite inférieures à 1 400 euros brut.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Avant de revenir sur la suspension de la réforme des retraites, la majorité sénatoriale a rétabli le gel des pensions et des prestations sociales, inscrit dans le texte initial à l’article 44. L’article que les députés avaient supprimé en première lecture a été rétabli par 198 voix contre 120 voix. Trois amendements identiques de la droite et du centre ont toutefois assoupli ce gel. Il préserve les bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ainsi que les retraités qui touchent une pension inférieure à 1 400 euros brut, qui seront donc revalorisés sur l’inflation l’année prochaine.

Pour les autres prestations, le gel assure un rendement de 2 milliards d’euros en 2026 a fait valoir la rapporteure LR, Pascale Gruny en présentant l’amendement de la commission. Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou a émis un avis de sagesse.

La gauche fustige l’indécence de la droite

Du côté de la gauche, de nombreuses explications de vote ont dénoncé le rétablissement de l’article 44. La sénatrice communiste, Cathy Apourceau-Poly a placé l’article 44 « sur le podium du musée des horreurs. « La majorité sénatoriale a beaucoup de cœur puisque l’allocation aux adultes handicapés ne sera pas gelée en 2026 », a-t-elle ironisé citant toutes les autres prestations qui seront gelées comme les prestations familiales, les prestations d’autonomie, l’aide d’urgence pour les victimes de violences conjugales ou encore la prime de naissance.

Son collègue Ian Brossat a fustigé « l’indécence » de la majorité sénatoriale de geler les prestations sociales « dans un pays qui compte 10 millions de pauvres ».

« Nous ne partageons pas les mêmes valeurs » […] Nous avons proposé que ceux qui ont le plus fassent des efforts, vous avez refusé […] Vous demandez à ceux qui ont le moins de faire un effort », a observé la sénatrice socialiste Corinne Féret à l’intention de la majorité sénatoriale.

« On est en train de sauver le système par répartition », se défend la droite

Le sénateur centriste, Olivier Henno a justifié ce rétablissement du gel au nom du « principe de responsabilité ». « On est en train de sauver le système par répartition », a-t-il estimé avant de fustiger « la fuite en avant » de la gauche. « Ce ne sont pas le plus riches, ce sont les plus fragiles et surtout les plus jeunes, parce que votre variable d’ajustement, c’est toujours l’endettement, c’est toujours la fuite en avant, c’est toujours la politique de l’autruche ».

La sénatrice LR, Frédérique Puissat a, quant à elle, rappelé que le gouvernement socialiste de Manuel Valls avait en son temps suspendu la revalorisation du RSA dans une recherche d’économies.

Les sénateurs macronistes ont tenté, sans succès, de procéder à une sous-indexation des seules pensions de retraite supérieures à 1800 euros, en épargnant l’ensemble des prestations sociales.

Pour rappel, le gel total des prestations et des pensions de retraite était censé économiser à la Sécurité sociale près de 2,7 milliards d’euros en 2026. Dans un rapport pour avis publié le 14 novembre, la commission des finances du Sénat a elle aussi rappelé son attachement à cette année blanche.

Selon les dernières données publiées par la Drees (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques), 45,5 % des retraités touchaient une pension inférieure à 1 400 euros brut à la fin de l’année 2020, concernant le régime de base. Cette part est cependant plus basse aujourd’hui en raison des revalorisations des pensions intervenues au cours des quatre années qui ont suivi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dans une ambiance tendue, le Sénat rétablit le gel des pensions et des prestations sociales en l’assouplissant
6min

Politique

Justice criminelle : le Sénat adopte le texte qui instaure une nouvelle procédure de plaider-coupable 

Mardi soir, le Sénat a adopté le projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte est l’objet depuis plusieurs jours de l’opposition des avocats contre l’instauration de l’extension de la reconnaissance préalable de culpabilité à certains crimes. Sorte de plaider-coupable à la française qui, selon le garde des Sceaux, permettrait de désengorger en partie les juridictions. Les arguments n’ont pas convaincu les groupes de gauche qui ont voté massivement contre.

Le

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Dans une ambiance tendue, le Sénat rétablit le gel des pensions et des prestations sociales en l’assouplissant
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Dans une ambiance tendue, le Sénat rétablit le gel des pensions et des prestations sociales en l’assouplissant
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le