Darmanin-Le Maire, deux partitions dans le concert budgétaire au Parlement
L'un a oscillé entre réparties mordantes et gouaille, l'autre a cherché à prendre de la hauteur: les deux ministres de Bercy, Gérald Darmanin et...

Darmanin-Le Maire, deux partitions dans le concert budgétaire au Parlement

L'un a oscillé entre réparties mordantes et gouaille, l'autre a cherché à prendre de la hauteur: les deux ministres de Bercy, Gérald Darmanin et...
Public Sénat

Par Isabelle CORTES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L'un a oscillé entre réparties mordantes et gouaille, l'autre a cherché à prendre de la hauteur: les deux ministres de Bercy, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire, ont joué chacun sa partition au Parlement pour leur premier exercice budgétaire.

La séquence intense achevée jeudi a mis en lumière les styles et tactiques de ces deux anciens LR. "Gérald Darmanin est plus agile, Bruno Le Maire plus régalien", observe un ténor de la majorité.

Là où le ministre des Comptes publics de 35 ans "se demande toujours comment les gens de Tourcoing vont réceptionner telle ou telle mesure" et travaille pour "les présenter en terme d'augmentation de pouvoir d'achat pour chacun", son aîné de l'Economie, qui veut restaurer la "crédibilité" de la France en Europe et "raisonne plus en milliards", "macroéconomique", "plus classique", renchérit une source LREM.

"Chacun essaye sa partition. Gérald Darmanin est malin, a du sens politique, ses réponses dans l'hémicycle font parfois penser à du Sarkozy... ou du Valls. Bruno Le Maire la joue grand ministre de l'Economie qui porterait un renouveau", observe un élu chevronné UDI-Agir.

Si le ministre des Comptes publics, "une révélation", a "donné le sentiment d'être actif, connaisseur des dossiers", celui de l'Economie et des Finances est apparu "un peu aux abonnés absents" même s'il a probablement "d'autres enjeux" avec "les milieux économiques ou l'international", pour Vincent Eblé, président PS de la commission des Finances du Sénat.

- "Copperfield et Garcimore" -

Un MoDem, saluant "des ministres très bons", souligne que "le gros travail de séduction de Gérald Darmanin, dès cet été, lui a assuré un énorme capital de sympathie chez LREM", là où "Bruno Le Maire a du mérite, avec son côté +on assume+, comme sur la suppression partielle de l'impôt de solidarité sur la fortune, qui équilibre le côté +il y aura zéro perdant+ de Gérald Darmanin".

Les députés LREM prisent davantage l'ex-maire de Tourcoing, qui fut aussi bras droit de Xavier Bertrand à la région Hauts-de-France ou porte-parole de Nicolas Sarkozy pour la campagne de la présidence de LR. Il a une "super cote" chez les "marcheurs", confirme un ministre, vantant aussi le parcours du nordiste, issu d'une famille modeste et d'"une droite sociale et ouvrière", sans évoquer des lignes de curriculum vitae moins conformes au renouvellement défendu par la majorité (assistant parlementaire, élu municipal, conseiller régional, conseiller ministériel, député-maire).

Si les deux de Bercy ont riposté aux critiques de leur ancienne famille politique pour l'inviter à la "cohérence" sur des réformes longtemps défendues, renvoyé les socialistes à leur bilan ou récusé la vision Insoumise, Gérald Darmanin a aussi usé d'humour.

A Fabien Roussel (PCF), il a ainsi répondu avec du Pierre Desproges -"les communistes mangent des enfants mais en plus, ils manquent d'objectivité"-, glissant ensuite une réplique de Louis de Funès dans "La Grande Vadrouille". Au centriste Charles de Courson, il a riposté avec du Raymond Queneau. Le ministre de l'Economie a, lui, invoqué Voltaire et Tocqueville pour défendre la réforme de l'ISF.

Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale le 6 décembre 2017 à Paris
Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale le 6 décembre 2017 à Paris
AFP

"Deux magiciens (...) qui vous donnent un euro et vous en reprennent deux sans que vous ne vous en rendiez compte. Bruno Le Maire, genre Copperfield, propre et papier glacé, Gérald Darmanin, plutôt Garcimore, simple et marrant", ironise Fabien Roussel, qui salue néanmoins leur "écoute" pour l'usine Ascoval ou le bassin minier.

Pour un ténor de gauche, "Gérald Darmanin fait beaucoup d'efforts pour être sympathique avec tout le monde, Bruno Le Maire moins, mais ces hommes de droite sont assez à l'aise avec ce qu'ils défendent".

Le cri de "Judas" a retenti depuis les bancs Républicains pour fustiger le jeune ministre passé côté macroniste, et un LR raille "Gérald Darmanin et Bruno Le Maire, parfaits dans les rôles de carriéristes individualistes: ils soutenaient mordicus la baisse de la CSG, aujourd'hui l'inverse". L'ancien candidat à la primaire de droite "Bruno Le Maire a plus de convictions profondes, Gérald Darmanin est plus équivoque", distingue un de ses collègues.

Mais, concède un jeune LR, "ce sont les deux seuls avec un peu d'épaisseur" au gouvernement.

Partager cet article

Dans la même thématique

Edouard Philippe a la Foire de Chalons
10min

Politique

Présidentielle 2027 : la main tendue d'Édouard Philippe, rejetée par Gabriel Attal et Bruno Retailleau, relance l'idée d'une primaire

Le candidat Horizons, favori du bloc central, Édouard Philippe a lancé un appel à ses concurrents du centre et de la droite, les invitant à se rassembler dans la perspective de la présidentielle et des législatives. Mais Bruno Retailleau et Gabriel Attal ne comptent pas, à ce stade, se retirer au profit d'une candidature unique du maire du Havre. De quoi relancer l'idée d'une primaire.

Le

Montants, modalités : comment est fixé la rémunération des ministres ?
6min

Politique

Montants, modalités : comment est fixée la rémunération des ministres ?

Sébastien Lecornu envisage de réduire l’indemnité mensuelle des membres du gouvernement, à titre d’exemplarité, dans une période où le budget 2027 va nécessiter des ajustements budgétaires forcément impopulaires. On fait le point sur les règles actuelles qui déterminent les montants perçus par les ministres.

Le

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le