CANNESERIES: Opening Ceremony season 08
David Lisnard (Mayor of Cannes), Opening Ceremony, CanneSeries season 08, at Palais des Festivals, Cannes FRANCE - 24/04/2025//SYSPEO_sysA032/Credit:SYSPEO/SIPA/2504242342

David Lisnard quitte LR : « Parler de vote truqué est inadmissible », tance Roger Karoutchi

Après le vote du bureau politique de LR sur les trois scénarios que le parti va proposer à ses adhérents pour désigner leur candidat à l’Élysée en 2027, le maire de Cannes, lui-même candidat à la présidentielle, a décidé de claquer la porte du parti en dénonçant la proposition d’un « vote truqué ». Pas de quoi émouvoir les cadres du parti qui semblaient s’attendre à ce départ.
Simon Barbarit

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Cela semblait le démanger depuis quelque temps. David Lisnard, maire de Cannes a quitté avec fracas, mercredi, Les Républicains. Hier soir, à 94 voix sur 100, le bureau politique du parti a validé les trois options que le parti va présenter à ses adhérents pour désigner le candidat LR à la présidentielle. Primaire fermée ? Ouverte ? Ou désignation directe de leur président, Bruno Retailleau ? Voilà les trois choix retenus par le groupe de travail piloté par le président du Sénat, Gérard Larcher, que les adhérents vont devoir trancher.

Candidat déclaré à la présidentielle, le président de l’Association des maires de France n’a pas attendu la fin du bureau pour quitter physiquement le siège parisien du parti. Ce matin sur BFMTV, il a exprimé le fond de sa pensée. « On propose un vote biaisé […] un vote truqué ». […] Il y a deux questions de méthode, et une question de personne », a-t-il dénoncé qualifiant de « non-sens absolue » la stratégie pour la présidentielle décidée hier. Surtout, pour lui, elle reviendrait de facto à entériner la candidature de Bruno Retailleau. En conséquence, le patron du micro parti Nouvelle Energie indique qu’il « n’a plus rien à faire chez LR ».

Pas de quoi faire tomber de leurs chaises les membres de la direction. « C’était attendu. Il est dans une logique perso depuis des années », commente sobrement l’entourage de Bruno Retailleau.

« Il est simplement conscient qu’il est extraordinairement minoritaire chez les LR »

Roger Karoutchi, sénateur et président national de la commission d’investiture, rappelle que le choix laissé aux adhérents sur le mode de désignation du candidat à la présidentielle n’est, ni plus ni moins, que l’application des nouveaux statuts de LR. « David Lisnard les avait acceptés d’ailleurs. Il pouvait s’exprimer son désaccord hier. Mais dire que le bureau politique est un non-sens et parler de vote truqué parce que la stratégie ne correspond pas à ce qu’il souhaite, c’est inadmissible. Il est simplement conscient qu’il est extraordinairement minoritaire chez les LR. Ça fait longtemps qu’il nous menace de quitter le parti, il l’avait déjà fait aux législatives de 2024 pour avoir des candidats investis Nouvelle Energie », rappelle le sénateur des Hauts-de-Seine.

« J’en ai vu partir et revenir »

En octobre 2023, après les sénatoriales, le micro parti, qui inaugurait son siège dans le XVe, arrondissement de Paris, comptabilisait 9 élus « Nouvelle Energie », à la chambre haute. Parmi eux, le sénateur du Rhône, Etienne Blanc, l’un des porte-parole, défend la position de David Lisnard. « C’est simple, un engagement avait été pris au moment de l’élection de Bruno Retailleau de faire une primaire élargie pour éviter les candidatures plurielles. La primaire ouverte qui est proposée aux adhérents ne l’est pas totalement puisqu’il faudra signer un règlement pour savoir qui pourra y participer (une charte des valeurs NDLR). Tous ceux qui se reconnaissent comme étant de droite doivent pouvoir y participer. Il faut une primaire ouverte à un maximum de candidats. Avec la décision du bureau, on peut être certain que les militants vont choisir leur président. C’est une évidence ».

Une position également partagée par le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez qui a qualifié « d’options de boutiquier » les choix proposés aux adhérents LR et appelle à une primaire de Gérald Darmanin à Sarah Knafo. Un revirement par rapport à sa ligne tenue l’année dernière lors de la campagne pour la présidence du parti face à Bruno Retailleau. A l’époque, le député, qui se projetait en patron de parti et candidat naturel de sa famille politique, qualifiait la primaire de « poison et de « machine à division ».

En novembre dernier, lors du début du processus de réflexion sur le mode de désignation du candidat, l’entourage de Bruno Retailleau avait admis la difficulté d’échapper à « une primaire LR ». L’option ne semblait plus être au goût du jour lorsque Bruno Retailleau avait officiellement déclaré sa candidature, trois mois plus tard.

La sénatrice, Frédérique Puissat, membre du bureau de LR « regrette » la décision de David Lisnard. « C’est qu’un quelqu’un que j’apprécie. Mais ce n’est pas un coup dur pour nous, c’est une démarche individuelle de sa part. Mais, j’en ai vu partir et revenir. Mais ça ne l’empêche pas de respecter le choix du parti ».

David Lisnard va-t-il aller jusqu’au bout ?

« Une campagne électorale doit durer au moins un an. Je ne connais pas d’autre procédure que les primaires pour désigner un candidat dans notre camp. Je pense que David Lisnard va continuer de réclamer cette primaire ouverte », élude Etienne Blanc.

« Il a voulu marquer le coup. Il veut que sa ligne libérale puisse être incarnée dans le cadre du projet présidentiel. Sur le régalien, de manière générale, on est assez proche du RN. Le distinguo se fait sur l’économie, donc il faut y aller fort. David Lisnard avait intérêt à s’extraire de LR s’il veut compter demain et faire un ticket avec Bruno Retailleau. Il devait aussi sortir pour pouvoir revenir en tant que candidat de Nouvelle Energie si une primaire ouverte se dessine cet automne », analyse une élue proche du maire de Cannes.

A la tête de l’AMF, David Lisnard semblerait être en capacité d’obtenir les 500 parrainages nécessaires. « Président de l‘AMF, il l’est aussi grâce au poids de LR. Ce n’est pas de droit divin », rappelle Roger Karoutchi. « Mais il n’a pas intérêt à être celui qui aura siphonné une partie de l’électorat de droite », relève l’élue citée plus tôt.

« On ne peut être à la fois président de l’AMF et candidat à l’Elysée. Représenter 36 000 communes, c’est un job à plein temps. Si David Lisnard veut faire de la politique, je l’engage à quitter la présidence de l’AMF. Il ne faut pas qu’il nous refasse une François Baroin, dont on a cru pendant deux présidentielles qu’il allait être candidat », note pour sa part, le maire LR du VIe arrondissement de Paris, Jean-Paul Lecoq.

Si la désignation de Bruno Retailleau par les adhérents à la candidature suprême se confirme, elle ne va pas évacuer la question du rassemblement du centre et de la droite républicaine derrière un candidat unique. Une condition qui semble aujourd’hui indispensable pour franchir le premier tour.

« Disons que les conditions aujourd’hui ne sont pas réunies puisque Edouard Philippe et Gabriel Attal disent qu’ils n’en veulent pas », constate Roger Karoutchi qui renvoie le problème à l’automne. « Soit le candidat LR est en position de se présenter et on continue. Soit tous les prétendants de la droite et du centre acceptent un système de départage, qui peut être une primaire, et à ce moment-là, ce sera une deuxième étape ».

 

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