De crises en crises, l’Europe fragilisée
Alors que l'Italie vient de se choisir un nouveau gouvernement populiste et euro spectique, alliance du mouvement cinq étoiles et de la Ligue, l'info dans le rétro revient sur les crises européennes qui ont à chaque fois façonné son fonctionnement ou réorienté son action.

De crises en crises, l’Europe fragilisée

Alors que l'Italie vient de se choisir un nouveau gouvernement populiste et euro spectique, alliance du mouvement cinq étoiles et de la Ligue, l'info dans le rétro revient sur les crises européennes qui ont à chaque fois façonné son fonctionnement ou réorienté son action.
Public Sénat

Par Adrien BAGET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ce matin l’Italie s’est réveillée avec un nouveau gouvernement, et tourne un peu plus le dos à l’Europe. L’alliance gouvernementale du mouvement cinq étoiles, parti anti système, et de la Ligue parti d'extrême droite éloigne un peu plus ce pays fondateur du projet européen. « Malgré le fait qu’il y a déjà en Hongrie, en Pologne, au Danemark ou en Autriche des mouvements eurosceptiques au pouvoir qui s’opposent à certaines directives européennes, un gouvernement eurosceptique à la tête de la troisième puissance économique européenne est un fait inédit » prévient Sylvain Kahn, historien de la construction européenne.

Mais à y regarder de plus près, en 2002 déjà le gouvernement de Silvio Berlusconi comptait des ministres farouchement opposés aux principes européens, à commencer par Umberto Bossi le ministre des réformes institutionnelles de l’époque qui déclare qu'il « n’a rien à faire de l’Euro ». Pour Sylvain Kahn « cela nous rappelle que les leaders de la ligue sont au pouvoir depuis 1994 (…) il y a un malaise qui monte depuis 1990 ».

"Il y a un malaise qui monte depuis 1990".

Le début des oppositions à l’Europe

Une contestation ancienne. L’Europe de tout temps a rencontré des oppositions. A commencer par celle des gaullistes en France. En 1979 Jacques Chirac à la tête du RPR, tient déjà un discours antieuropéen et souverainiste à la tête d’une liste pour la défense des intérêts de la France en Europe il attaque la liste de Simone Veil. Le groupe RPR dépose même à l’époque un recours devant conseil constitutionnel sur l‘élection du Parlement européen au suffrage universel. L’élection est retardée d’un an mais a lieu et Simone Veil devient la première présidente du Parlement européen. « L’histoire a montré que c’est Simone Veil qui a gagné et que l’Europe a malgré tout progressé dans son intégration (…) que l’idée européenne est dans le cœur des gens » détaille Catherine Lalumière ancienne secrétaire d’État aux affaires européennes de 1984 à 1986.

En 1989, nouvelle épreuve. La Grande-Bretagne et son premier ministre disent non à l’euro, à la banque centrale européenne, et à une intégration plus importante dans l’Union. Même si quelques mois plus tard Margaret Thatcher est contrainte de démissionner, cette nouvelle crise va encore faire évoluer l’Union vers des statuts dérogatoires. Une Europe à la carte. « le Royaume-uni a orienté la construction européenne dans un sens de moins intégré. Ils n'ont pas bloqué le développement mais freiné un certain nombre d'évolutions sur l'approfondissement de la supranationalité (...)  ils ont introduit dans l'Europe une géométrie variable que certains pays soit moins bien intégrés que d'autres et surtout dans le domaine politique ».

Le non de la France à la Constitution européenne

Mais le soir du 29 mai 2005, le non  la Constitution européenne va probablement entamer durablement la crédibilité des Français dans le projet européen. Deux ans plus tard la ratification du traité de Lisbonne par le parlement, va donner le sentiment aux Français que leur choix n’est pas respecté. Une fracture démocratique durable qui résonne encore aujourd’hui.

Crise des migrants en Europe
00:43

La naissance d’un nationalisme européen

Dès 2015, une nouvelle crise met à rude épreuve le fonctionnement de l’Europe. La crise des migrants ébranle les fondamentaux humanistes de l’Union. Pour Sylvain Kahn, « il s’agit d’un retour du nationalisme et de la xénophobie au pouvoir, ce qui est nouveau c’est l’apparition d’un nationalisme européen, c'est-à-dire que l’on n’a plus des nationalismes au sens premier du mot, mais plutôt une convergence des luttes au pouvoir comme en Hongrie, en Autriche ou au Danemark, il y a un combat entre une Europe libérale et illibérale, entre l’Europe des Lumières et celle des anti-Lumières ». Si l’Union a pu jusqu’ici contenir les crises, pas sûr qu’elle puisse faire longtemps coexister des positions aussi éloignées.

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le

De crises en crises, l’Europe fragilisée
4min

Politique

Jeux vidéo : chez Ubisoft, les dirigeants prônent désormais la « tolérance zéro » vis-à-vis des comportements toxiques

Dans la poursuite de leurs travaux sur les jeux vidéo, la délégation aux droits des femmes du Sénat auditionnait, ce jeudi, les représentants du géant Français, Ubisoft. Une entreprise marquée par la vague Metoo en 2020 avec des révélations sur des comportements toxiques au plus haut niveau. Depuis, de nombreuses mesures ont été prises pour faire de la lutte contre le harcèlement « une priorité fondamentale » de l’entreprise, assure Cécile Russeil, vice-présidente exécutive.

Le