De Pénicaud à Delevoye, la longue journée rabibochage de Philippe
Aux côtés de Muriel Pénicaud dans les Alpes-de-Haute-Provence, puis de Jean-Paul Delevoye dans la soirée à Pau pour débattre du sujet...

De Pénicaud à Delevoye, la longue journée rabibochage de Philippe

Aux côtés de Muriel Pénicaud dans les Alpes-de-Haute-Provence, puis de Jean-Paul Delevoye dans la soirée à Pau pour débattre du sujet...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Aux côtés de Muriel Pénicaud dans les Alpes-de-Haute-Provence, puis de Jean-Paul Delevoye dans la soirée à Pau pour débattre du sujet inflammable des retraites, Edouard Philippe a affiché jeudi son entente avec son équipe, malgré de récentes divergences publiques qui ont brouillé le message gouvernemental.

Oublier les accrocs et notes dissonantes: dans un climat social de plus en plus tendu, marqué jeudi par des manifestations de personnels hospitaliers, le chef du gouvernement a voulu projeter une image d'unité.

Première étape: montrer que la connexion est désormais rétablie avec Muriel Pénicaud, après des mois de tensions en tous genres, entre désaccords de fond, fuites dans la presse et piques distillées en coulisses. Dernier avatar de ce feuilleton, une exonération sociale sur l'emploi à domicile pour les seniors, que la ministre du Travail voulait supprimer avant de subir un désaveu d'Edouard Philippe devant l'Assemblée.

Presque deux mois plus tard, les deux ont échangé côte à côte jeudi après-midi avec des apprentis et des étudiants en alternance des Alpes-de-Haute-Provence, dans un centre spécialisé dans les métiers de la transition écologique, guidés par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, élu du département.

A cette occasion, le Premier ministre a loué les résultats de la réforme menée par Mme Pénicaud, assurant que l'apprentissage était "l'arme de destruction massive contre le chômage, la voie royale vers l'emploi, avec l'alternance". Citant à plusieurs reprises la ministre du Travail, Edouard Philippe a notamment souligné le nombre d'apprentis record (458.000) atteint cette année.

- Caractères opposés -

Dans la soirée, il s'est agi de montrer que le climat était aussi assaini avec le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye, lors d'une consultation citoyenne à Pau sur la future réforme.

Le Premier ministre Edouard Philippe (d) et la ministre du Travail Muriel Penicaud à Paris, le 18 juin 2019
Le Premier ministre Edouard Philippe (d) et la ministre du Travail Muriel Penicaud à Paris, le 18 juin 2019
AFP/Archives

La relation entre MM. Philippe et Develoye, aux caractères très opposés entre la raideur du premier et la bonhomie parfois insaisissable du second, est de longue date branchée sur courant alternatif. On se souvient encore avec acidité rue de Varenne d'une sortie en avril de l'ancien ministre de Jacques Chirac contre les "cons de Matignon", savamment distillée dans le Canard enchaîné.

Les talents de manoeuvrier de M. Delevoye, capable d'agiter des menaces de démission, d'utiliser la presse ou de jouer avec les syndicats pour obtenir des arbitrages favorables, ont aussi irrité le chef du gouvernement. Jusqu'à cette interview de M. Delevoye au Parisien la semaine passée dans laquelle il jugeait "impossible" de réserver le nouveau régime universel de retraites aux seuls nouveaux entrants sur le marché du travail.

Une possibilité pourtant contenue dans le rapport du haut-commissaire et qu'Emmanuel Macron comme Edouard Philippe avaient mise sur la table pour favoriser la transition de certains régimes spéciaux. "Je pense que parce qu'on a le temps" de faire la réforme, "il faut prendre le temps de la transition" et "ne pas prendre les gens par surprise", a encore plaidé le Premier ministre jeudi, en annonçant que les partenaires sociaux seraient reçus à Matignon la semaine du 25 novembre.

- Pas de "divorce" -

Alors que l'exécutif "veut donner une impression d'ouverture" avant une grande journée de mobilisation le 5 décembre, le fait que M. Delevoye ferme cette porte a été jugée particulièrement contre-productif, selon un conseiller de l'exécutif.

Jeudi soir, le Premier ministre et le haut-commissaire ont déminé le terrain en récusant toute brouille: "On n'était pas fâché", a insisté M. Philippe. "Pour qu'il y ait réconciliation, il faut qu'il y ait divorce", a abondé M. Delevoye, tout en revendiquant sa "liberté d'expression".

"Il y aura toujours des discussions. Méfiez vous d'un gouvernement où il n'y a plus de discussions", a conclu le Premier ministre.

Le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye remet son rapport au Premier ministre Edouard Philippe le 18 juillet 2019, en présence de la ministre de la Santé Agnès Buzyn
Le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye remet son rapport au Premier ministre Edouard Philippe le 18 juillet 2019, en présence de la ministre de la Santé Agnès Buzyn
AFP

Cette grande journée rabibochage a aussi permis à Edouard Philippe de rencontrer dans la matinée à Marseille le président de la région Paca Renaud Muselier, qui vient de prendre les rênes de l'Association des régions de France, avec laquelle le dialogue est houleux sur plusieurs dossiers (décentralisation, apprentissage, fiscalité...).

"On a beaucoup parlé entre deux vieux amis", a salué M. Muselier, assurant que les deux hommes avaient "balayé" ensemble "toutes sortes de sujets".

Et à Pau, M. Philippe a souligné aussi sa réconciliation avec François Bayrou, qui l'a reçu pour un entretien aussi "républicain qu'amical" à la mairie. Les deux hommes ont semble-t-il trouvé depuis quelques mois la bonne fréquence, après une longue période de défiance.

Partager cet article

Dans la même thématique

De Pénicaud à Delevoye, la longue journée rabibochage de Philippe
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le