Affiches electorales du candidat du Rassemblement National
Affiches electorales pour les Europeennes du candidat du Rassemblement National Jordan BARDELLA dechirees//07ALLILIMAGES_Sipa.29185/Credit:Mourad ALLILI/SIPA/2405021940

Débat Bardella/Hayer : « L’épouvantail Jean-Marie Le Pen, ça ne marche plus »

Jeudi soir, le grand favori des élections européennes, Jordan Bardella (RN) débattait avec sa principale concurrente, Valérie Hayer (Renaissance) qu’il distance de plus en plus dans les sondages. Un exercice délicat pour la tête de liste Renaissance qui a tenté de rediaboliser le RN.
Simon Barbarit

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C’était leur premier face-à-face. Un peu plus d’un mois des élections européennes, Jordan Bardella, la tête de liste Rassemblement national et sa concurrente Renaissance, Valérie Hayer ont débattu pendant plus de deux heures, jeudi soir sur BFMTV.

Crédité d’au moins 30 % dans les sondages, Jordan Bardella avait jusqu’ici soigneusement esquivé les débats avec les autres candidats, notamment le premier organisé par Public Sénat, préférant envoyer son colistier, Thierry Mariani.

De l’autre côté, Valérie Hayer fait office de challenger, avec seulement 17 % d’intentions de vote, avec dans son rétroviseur, le candidat PS-Place Publique, Raphaël Glucksmann (14 %). « Hier soir, elle aurait pu créer la surprise, s’affirmer, être découverte par un public certes retreint, mais intéressé. Mais elle a semblé très stressée. C’était un débat plutôt raté. En face, Jordan Bardella n’a eu qu’à assurer le service minimum », observe Virginie Martin, docteure en science politique et professeure chercheuse à la Kedge Business School.

Diabolisation : « Un angle d’attaque minimum pour un gain politique minimum »

L’un des angles d’attaque de la candidate Renaissance a consisté à rediaboliser le parti de son adversaire en lui demandant de « clarifier sa position » sur l’antisémitisme, rappelant les propos du fondateur du Rassemblement national, Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, « détail de l’histoire ». « Si au bout de 15 minutes de débat, vous en êtes à appeler Jean-Marie Le Pen qui s’est retiré de la vie politique depuis 10 ans après avoir été exclu du Front national par Marine Le Pen […] ça démontre votre impréparation sur les sujets de fond », a rétorqué Jordan Bardella avant de réaffirmer que les propos de « Jean-Marie le Pen étaient éminemment antisémites »

« L’épouvantail Jean-Marie Le Pen, ça ne marche plus depuis déjà plusieurs années, surtout auprès de l’électorat plutôt jeune de Jordan Bardella. C’est un angle d’attaque minimum pour un gain politique minimum. Surtout depuis que le Rassemblement national dispose de 88 députés, des eurodéputés, des maires… Et s’est forgé une culture du pouvoir », analyse Virginie Martin.

Pour Emilie Zapalski, communicante et fondatrice d’Emilie Conseil, « on a eu un débat pas très stimulant, presque une sorte de brouillon. Chaque candidat cherchait un peu ses marques par des regards appuyés au journaliste, Benjamin Duhamel. Comme s’ils testaient leurs arguments sur des sujets parfois assez éloignés des enjeux européens ».

A l’aise sur l’immigration et la sécurité, Jordan Bardella a associé les deux, une constance pour sa formation politique. « L’immigration est devenue le pire carburant pour la violence de rue et l’insécurité dans notre pays […] « J’ai l’impression qu’il y a un éléphant dans le salon et que vous êtes la seule à ne pas le voir », a-t-il lancé.

« Oui, il y a un problème d’immigration irrégulière. Mais il y a des demandeurs d’asile qui ont droit à la protection. C’est ça nos valeurs européennes », a répondu la présidente du groupe Renew au Parlement européen dénonçant « des solutions simplistes des populistes » de son adversaire.

« Elle n’a pas su porter une vision de l’Europe enthousiasmante »

« Nous ne sommes plus dans un duel, souverainistes contre fédéralistes. Le RN ne fait plus campagne sur la sortie de l’euro. Pour autant, Jordan Bardella n’a pas vraiment développé en quoi consistait son Europe des Nations. Et Valérie Hayer n’est apparue, ni vraiment technocratique, ni vraiment politique, mais comme une parlementaire de base. Elle n’a pas su porter une vision de l’Europe enthousiasmante, ce qu’arrivait à faire Emmanuel Macron. Ses propos en faveur d’une adhésion de l’Ukraine ont été accompagnés de tellement de circonvolutions qu’ils étaient difficilement compréhensibles », note Virginie Martin.

La question ukrainienne a également permis à Jordan Bardella de se poser une nouvelle fois comme le défenseur de l’agriculture. « L’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne c’est la fin de l’agriculture française », a-t-il affirmé avant d’accuser le groupe Renew « d’avoir plongé l’Europe et nos agriculteurs dans la décroissance ».

Une campagne « cannibalisée » par le RN

« Les punchlines de Valérie Hayer portaient peu. Je ne sais pas qui lui a conseillé de ne pas regarder son adversaire dans les yeux, mais ça donnait une impression de fébrilité. Sur le fond, Emmanuel Macron n’arrive pas à reprendre la main sur la campagne qui est complètement cannibalisée par le RN. Son discours à la Sorbonne, ses déclarations sur la dissuasion nucléaire n’ont pas porté », constate Emilie Zapalski.

Valérie Hayer a conclu le débat comme elle l’avait commencé en montrant une photo de Jordan Bardella entouré de ses alliés nationalistes au Parlement prise en décembre 2023. « Vous avez sur cette photo Roman Fritz, un Polonais, qui a déclaré que les femmes ne devraient pas avoir le droit de vote et devraient être moins payées que les hommes. Kostadinov, Bulgare, a dit que les Roms étaient des parasites et de la vermine inhumaine […] Gerolf Annemans, Belge, le président de votre parti européen Monsieur Bardella. Il a fêté sa victoire avec des saluts nazis. Ce n’est pas le seul dans votre famille politique, je vous l’accorde. À vos côtés également, Tino Chrupalla. Il est Allemand, à la tête d’un parti qui a déclaré que les personnes LGBT étaient, tenez-vous bien, des baiseurs d’enfants tolérés par les États. », a-t-elle notamment décrit.

La tête de liste RN a tenté plusieurs fois de l’interrompre avant de rappeler que le groupe Renew avait voté pour la présidence du Parlement européen, la maltaise, Roberta Metsola, « qui a des positions très dures sur l’avortement ». « Ça ne vous a pas dérangé de voter pour elle. J’ai un peu l’impression que vous avez l’indignation à géométrie variable », a-t-il tancé.

Samedi, Renaissance présentera officiellement les 30 premiers noms de la liste de Valérie Hayer, et présentera son programme lundi. Deux nouvelles étapes de la campagne pour créer un sursaut.

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