Débat budgétaire : « On sait très bien qu’on va nous faire le coup des ordonnances, tout ça c’est du cinéma », s’agace Hervé Marseille

Au micro de Public Sénat, Hervé Marseille, le président du groupe centriste, déplore les concessions faites aux socialistes par l’exécutif dans le cadre des débats budgétaires. Il fustige « les choses complètement délirantes » votées à l’Assemblée. Le sénateur estime par ailleurs que la fracturation politique, rendant impossible tout compromis, va pousser le gouvernement à avoir recours à des ordonnances pour doter la France d’une loi de finances avant la fin d’année.
Romain David

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Hervé Marseille, le président de l’UDI et chef de file des sénateurs centristes, ne décolère pas contre le Premier ministre. « Malheureusement, on observe depuis déjà quelques semaines qu’une fois encore, le Sénat est plutôt maltraité », a déploré l’élu des Hauts-de-Seine, ce mercredi 29 octobre au micro de Public Sénat. Reçu en début de semaine à Matignon, avec les autres présidents de groupe de l’ancien « socle commun », le sénateur a plaidé auprès de Sébastien Lecornu pour un changement de méthode, reprochant à l’exécutif de négocier principalement avec les socialistes, en marge des débats très animés à l’Assemblée nationale sur le volet « recettes » du budget 2026.

« J’ai proposé que s’il y avait un compromis [entre plusieurs forces politiques], ce qui est important et nécessaire, celui-ci se fasse de façon publique. Que l’on dise ce que chacun amène. Aujourd’hui, je vois ce qu’exigent les socialistes, mais je ne vois pas très bien ce qu’ils amènent, à part des menaces de censure », tacle-t-il.

Hervé Marseille s’alarme ainsi de la tournure que prend la copie budgétaire au fil des discussions au Palais Bourbon, Sébastien Lecornu s’étant engagé à ne pas utiliser le 49.3 pour faire adopter le prochain projet de loi de finances (PLF). « On est en train d’abandonner toutes sortes de choses au prix d’une stabilité politique que l’on n’a pas pour l’instant, puisqu’il y a des menaces permanentes », constate le sénateur. « Je suis très inquiet sur la sortie du budget. On verra ce que nous disent les prochaines semaines. »

« Le gouvernement attend, façon Raminagrobis, à la sortie pour régler l’affaire »

« L’Assemblée vote des choses complètement délirantes, des taxes, des impôts. On en est à plus de de 20, 25 milliards. Pourquoi pas le double et le triple ? », raille-t-il. L’élu doute que les députés parviennent à voter ce PLF, quand la droite sénatoriale promet de rendre une copie budgétaire « sans compromis, mais avec des clarifications », notamment sur la réintégration de la réforme des retraites. Le texte devrait donc finir sa course en commission mixte paritaire, une instance chargée de dégager un compromis entre les deux chambres du Parlement. Mais la mission paraît quasi-impossible à ce stade, au vu des dissensions entre un Sénat dominé par une alliance des LR et des centristes, et une Assemblée nationale où le curseur semble s’être déplacé vers les oppositions de gauche.

« La commission mixte paritaire sera non conclusive. Et puis on sait très bien qu’on va nous faire le coup des ordonnances. Donc tout ça, c’est du cinéma », résume Hervé Marseille. « Chacun fait ce qu’il veut à l’Assemblée, au Sénat, et le gouvernement attend, façon Raminagrobis, à la sortie pour régler l’affaire », résume-t-il. En effet, en l’absence de texte budgétaire voté au 31 décembre, la Constitution permet au gouvernement de mettre en œuvre les dispositions prévues dans le texte initial par voie d’ordonnance. Un mécanisme jamais mis en application jusqu’ici. « Je suis curieux de voir ce qu’il va se passer », conclut Hervé Marseille.

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