[Débat] Glyphosate : l’herbicide de la discorde
Manque de pragmatisme pour les uns, inquiétudes sanitaires pour les autres, la sortie du glyphosate continue de provoquer des débats parfois tendus. Retour sur le débat organisé sur Public Sénat, depuis le Salon de l’agriculture.

[Débat] Glyphosate : l’herbicide de la discorde

Manque de pragmatisme pour les uns, inquiétudes sanitaires pour les autres, la sortie du glyphosate continue de provoquer des débats parfois tendus. Retour sur le débat organisé sur Public Sénat, depuis le Salon de l’agriculture.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Peut-on se passer des pesticides ? La réponse n’est sans doute pas évidente à fournir. La question a, elle, en tout cas empoisonné le débat sur Public Sénat (revoir le débat en intégralité). En direct sur notre plateau au Salon de l’agriculture, le sénateur écologiste, Joël Labbé a pointé la responsabilité des produits sanitaires dans la « chute alarmante de la biodiversité ». Le parlementaire du Morbihan, célèbre pour son combat pour la défense des abeilles et des pollinisateurs, appelle à « revenir à une agriculture responsable des équilibres ». Sans cela, c’est « l’espèce humaine qui est en danger », met-il en garde.

Florent Guhl, directeur de l’Agence du bio, affirme que « beaucoup d’agriculteurs se passent du glyphosate » et qu’il n’y a « jamais eu autant d’engouement vers d’autres modes de culture ». Selon lui, le bio concerne près de 10% des producteurs en France, pays qui peut devenir leader sur ce secteur en Europe.

« Pas d’alternative crédible », s’inquiète un céréalier

Mais pour Vincent Guyot, céréalier betteravier dans l’Aisne, le glyphosate reste une nécessité pour les contraintes de son exploitation :

« Il n’y a pas d’autre d'alternative que de pénaliser très fortement ma technique culturale au niveau économique et écologique. Parce qu’aujourd’hui les seules alternatives qu’on me propose, c’est d’utiliser plus de carbone à travers du carburant, des heures de tracteur, des pièces d’usure pour mon matériel. Et donc inévitablement quand je fais la balance bénéfices-risques de la suppression du glyphosate sur mon exploitation, il sera très défavorable. »

Glyphosate : « Les alternatives doivent être étudiées avant toute interdiction », déclare Vincent Guyot, céréalier
01:05

Bref, le céréalier maintient qu’il n’y a « pas d’alternative crédible » à ce désherbant. Il ajoute que les alternatives doivent être « évaluées à tous les niveaux : technologique, environnemental, économique, avant toute interdiction » du glyphosate. « Est-ce qu’on va faire pire après », s’inquiète-t-il ?

« Situation alarmante par rapport à la biodiversité »

Glyphosate : « C’est agaçant de dire qu’il n’y a pas d’alternatives », réagit Joël Labbé
01:27

« C’est agaçant de dire qu’il n’y a pas d’alternatives », réagit le sénateur Joël Labbé, convaincu qu’elles existent et qu’elles se développent. L’écologiste se veut « lucide » et veut « remettre le modèle actuel en question », au profit d’une polyculture, plus respectueuse de la terre et des équilibres environnementaux. « Personne ne peut nier le fait qu’on est en situation alarmante par rapport à la biodiversité. C’est un désherbant total. La microfaune est touchée. »

L’écologiste ajoute que les produits phytosanitaires sont aussi la cause d’un « certain nombre de cancers avérés » et de « maladies neurodégénératives ».

« L’agriculture française est la plus normée et vertueuse au monde »

Journaliste à l’Opinion, et spécialiste des questions agricoles, Emmanuel Ducros a cherché à nuancer le débat et à dépassionner la question. Selon elle, « le débat sur les pesticides et le bio repose sur un double malentendu ». L’agriculture conventionnelle « n’empoisonne pas les gens », rappelle-t-elle. « L’agriculture française est la plus normée et vertueuse au monde, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès à faire. » Deuxièmement, elle explique que le bio ne sera « pas la solution à tous les problèmes », à cause des prises de risques qu’il implique et des traitements qu’il fait aussi peser les sols. « Le salut de l’agriculture passera par des solutions intermédiaires, en améliorant les pratiques conventionnelles », conclut la journaliste.

« L’agriculture française est la plus normée et vertueuse au monde » (Emmanuelle Ducros)
01:35

Un débat « totalement irrationnel »

Un autre céréalier, Philippe Dubiez (président de Passion Céréales), qui travaille en Côte-d’Or, appelle, lui aussi, à « sortir d’une conception binaire. » « Les voies de progrès, ce sont sur des hybridations de systèmes. »

La sénatrice (LR) de l’Essonne, intervient à son tour pour signifier qu’on ne peut « pas opposer agriculture et biodiversité. « Les plus grands écologistes à l’heure actuelle, ce sont les agriculteurs », s’exclame-t-elle. La sénatrice croit, elle aussi, qu’il n’y a pas de « solution miracle » ou « unique ».

Emmanuel Ducros relate un incident, survenu hors antenne, prouvant à quel point le « débat est totalement irrationnel ». « Laure Darcos vient de sortir de ce plateau, elle s’est fait insulter derrière moi. Quelqu’un l’a traitée d’empoisonneuse et a dit que ses enfants devaient avoir honte d’elle. On en est là. » Regardez :

Glyphosate : Un débat « totalement irrationnel », selon la journaliste Emmanuel Ducros
00:48

Ailleurs, dans les travées du Salon, la secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, affirme à notre micro que 2021, comme date de sortie du glyphosate (échéance sur laquelle s’était engagé Emmanuel Macron) n’est « pas un totem », mais « une ambition » (lire notre article).

Dans ce dossier politique sensible, la sénatrice Laure Darcos reconnaît « avoir été choquée » par les tergiversations gouvernementales sur le calendrier de sortie, un flou néfaste pour les agriculteurs. Mais, « de toute façon, cela va dans le sens de l’histoire. On l’utilise de moins en moins », constate-t-elle. « Le temps de l’agriculteur, n’est pas le temps de la politique », abonde Hervé Lappie, éleveur de porcs et président de la FNSEA de la Marne.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le

SoftBank CEO Masayoshi Son Meets French President Emmanuel Macron at Elysee Palace
2min

Politique

Lyhanna : Emmanuel Macron dénonce un « dysfonctionnement inacceptable », Sébastien Lecornu demande que « les conclusions de l’enquête administrative lui soient remises sous 15 jours »

Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, le président de la République dénonce depuis le Monténégro, un « dysfonctionnement inacceptable ». A l’issue de réunion de crise à Matignon entre Gérald Darmanin, Laurent Nunez et Sébastien Lecornu, ils « ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux ».

Le

[Débat] Glyphosate : l’herbicide de la discorde
3min

Politique

Loi de programmation militaire : le sénateur LR Hugues Saury appelle à des négociations en vue de la commission mixte paritaire

Interrogé sur Public Sénat, le sénateur LR Hugues Saury assume le rejet par son groupe, mardi, de l’article phare de la loi de programmation militaire. La droite espère encore arracher une rallonge supplémentaire à la hausse de 36 milliards d’euros du budget des armées inscrite dans le texte, qui file en commission mixte paritaire.

Le

Après le résultat des élections consulaires, les nouveaux équilibres qui pèseront sur les sénatoriales 2026
6min

Politique

Après le résultat des élections consulaires, les nouveaux équilibres qui pèseront sur les sénatoriales 2026

Les Français expatriés ont renouvelé leurs conseillers consulaires, et donc le corps électoral pour les sénateurs représentant nos près de deux millions de compatriotes établis hors du pays. La gauche revendique une progression, emmenée par les écologistes et les insoumis. La droite affirme progresser légèrement. Renaissance et ses alliés ressortent affaiblis du scrutin.

Le