Déboires de l’EPR de Flamanville : le gouvernement exige un plan d’action d’EDF d’ici un mois
Face au dérapage du calendrier et de la facture du réacteur nucléaire de nouvelle génération, l’État, en sa qualité d’actionnaire majoritaire, demande à EDF de mettre rapidement des mesures. Les parlementaires ont déjà mis le doigt sur plusieurs lacunes et marges de progression possibles.

Déboires de l’EPR de Flamanville : le gouvernement exige un plan d’action d’EDF d’ici un mois

Face au dérapage du calendrier et de la facture du réacteur nucléaire de nouvelle génération, l’État, en sa qualité d’actionnaire majoritaire, demande à EDF de mettre rapidement des mesures. Les parlementaires ont déjà mis le doigt sur plusieurs lacunes et marges de progression possibles.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le ton du ministre de l’Économie traduit l’impatience du gouvernement au sujet d’un chantier qui accumule les impairs et les déboires. Bruno Le Maire a employé des mots assez durs à l’égard d’EDF, mis en difficulté par la saga de l’EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération qui aurait dû entrer en service à Flamanville il y a 7 ans. Il parle d’un « manque de rigueur inacceptable », après la remise d’un rapport d’audit au vitriol, remis officiellement ce lundi. Depuis 2006, les travaux de la future centrale ont été à plusieurs reprises ralentis par des « défaillances techniques et industrielles » et une succession d’anomalies. Les dernières en date : les soudures.

« La construction de l'EPR aura accumulé tant de surcoûts et de délai qu'elle ne peut être considérée que comme un échec pour EDF », conclut l’auteur du rapport, l’ancien patron de PSA, Jean-Martin Folz, mandaté par le gouvernement cet été. Perte de compétences « généralisées », mauvaises relations entre EDF et ses partenaires, gouvernance du chantier « inappropriée » : l’audit égrène une succession de faiblesses et de carences.

Immédiatement, le gouvernement a réclamé un « plan d’action » à l’opérateur, d’ici un mois, pour remettre la filière nucléaire aux « meilleurs niveaux d’exigence ». L’entreprise, détenue à 84% par l’État, devra améliorer la façon dont est dirigé le projet, se pencher sur ses rapports avec ses partenaires ou les autorités. Il lui a également demandé de réorganiser éventuellement les équipes, et surtout, d’établir des « responsabilités ».

Les parlementaires à la manœuvre après une « audition contradictoire »

Très attentif aux problématiques de sûreté nucléaire et des défis technologiques, l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a lui aussi tiré quelques conclusions, après avoir réuni autour d’une même table les principaux acteurs dossiers début juillet. L’audition, en juillet, avait été convoquée après l’information de nouveaux écarts de fabrication sur les soudures de l’EPR. Le face-à-face, entre les représentants d’EDF et le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur les différentes alertes et corrections à apporter, s’est révélé « tendu », selon les mots de Cédric Villani, vice-président de l’Office.

Sénateurs et députés ont fait le constat de l’importance d’assurer un dialogue permanent entre EDF et le gendarme du secteur, l’ASN. Bernard Doroszczuk, président de cette autorité, avait particulièrement insisté sur ce point. « Nous ne pouvons pas prendre une décision éclairée si nous n'avons pas un dialogue technique approfondi avec l'exploitant », avait-il expliqué.

Outre la sauvegarde des moyens financiers et humains des autorités de contrôle, tout comme l’indispensable besoin de « transparence » dans la sûreté nucléaire, les parlementaires ont souligné qu’il fallait « inciter EDF à prendre le recul nécessaire pour analyser ses difficultés de surveillance et les résoudre de manière pérenne ».

L’OPECST a par ailleurs indiqué, le 26 septembre, qu’il étudierait les conséquences d’une séparation d’EDF en deux entités, comme l’a évoqué la direction au début de l’été. Pour les parlementaires, l’isolement de l’activité nucléaire soulève des questions concernant le travail des équipes recherche et développement.

Comme le gouvernement, sénateurs et députés ont également rappelé que le fiasco de l’EPR était la conséquence directe d’une « perte d’expérience », comme l’a régulièrement soulevé EDF. En effet, 16 ans se sont écoulés depuis la construction du dernier réacteur en France. C’était à Civaux, dans la Vienne. Le gouvernement souhaite aujourd’hui qu'EDF lance « un plan de compétence de la filière nucléaire ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Déboires de l’EPR de Flamanville : le gouvernement exige un plan d’action d’EDF d’ici un mois
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Déboires de l’EPR de Flamanville : le gouvernement exige un plan d’action d’EDF d’ici un mois
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le