Déclaration de Philippe: le Sénat s’abrite derrière l’abstention
Après avoir obtenu la confiance de l'Assemblée, Edouard Philippe a dû se contenter jeudi d'une majorité d'abstentions au Sénat contrôlé par l...

Déclaration de Philippe: le Sénat s’abrite derrière l’abstention

Après avoir obtenu la confiance de l'Assemblée, Edouard Philippe a dû se contenter jeudi d'une majorité d'abstentions au Sénat contrôlé par l...
Public Sénat

Par Marc PRÉEL, Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Après avoir obtenu la confiance de l'Assemblée, Edouard Philippe a dû se contenter jeudi d'une majorité d'abstentions au Sénat contrôlé par l'opposition de droite, devant lequel il a annoncé pour mi-2020 un "nouvel acte de décentralisation" et s'est expliqué sur le report de la réforme des institutions.

Fait rare - et même une première face à un Sénat contrôlé par l'opposition - le chef du gouvernement a choisi de soumettre sa déclaration de politique générale (DPG) aux voix de la Chambre haute, "dans un moment de bascule de notre vie politique" qui, selon lui, "nous invite à dépasser des clivages anciens".

Sur 345 votants, 181 sénateurs ont choisi l'abstention, dont la très grande majorité des LR et plus de la moitié des centristes y compris leur président Hervé Marseille. 93 se sont prononcés contre, dont la majorité du PS, le groupe CRCE à majorité communiste et 10 LR.

Seuls 71 sénateurs ont voté pour: près de la moitié des centristes, les LREM, les Indépendants (à une exception près), la moitié du RDSE à majorité radicale, dont son président Jean-Claude Requier, et un seul LR, Jean-Pierre Grand.

Contrairement à l'Assemblée nationale, ce vote dit "d'approbation" au Sénat, où le parti présidentiel LREM est ultraminoritaire, n'engage pas la responsabilité du gouvernement.

Mercredi à l'Assemblée, la deuxième déclaration de politique générale d'Edouard Philippe avait été approuvée par 363 députés, une majorité légèrement moins large qu'en juillet 2017, avec plus de votes contre (163) et moins d'abstention (47). Il avait reconnu aller devant le Sénat "sans penser revenir avec une majorité".

Pour "l'acte II du quinquennat", le Premier ministre a fixé "trois enjeux prioritaires": "l'écologie, la justice sociale et un fonctionnement démocratique (...) beaucoup plus clair".

En s'abstenant majoritairement, les sénateurs LR donnent "tout sauf un chèque en blanc" au gouvernement, a affirmé leur oratrice, Dominique Estrosi-Sassone, en l'absence de leur chef de file Bruno Retailleau, qui participait en Vendée à la cérémonie en mémoire des trois sauveteurs de la SNSM décédés, présidée par Emmanuel Macron. "Nous jugerons sur pièces, au cas par cas, texte par texte" pour la suite du quinquennat, a lancé l'élue des Alpes-Maritimes.

Egalement dans la majorité sénatoriale, le groupe centriste s'est partagé entre approbation et abstention. "Nous avons vocation à accompagner les réformes présentées, voire à les soutenir. Pour autant, à nos yeux, ce soutien ne constitue pas un alignement", a souligné leur chef de file Hervé Marseille.

A gauche, Patrick Kanner (PS) a déploré une utilisation de l'article 49-4 "comme une trappe à soutiens", tandis qu'Eliane Assassi (CRCE) critiquait un "projet qui s'attaque en profondeur à la solidarité nationale". 10 sénateurs PS se sont abstenus.

- "Décentralisation et différenciation" -

Pour ce grand oral, le chef du gouvernement a "réservé" aux sénateurs le détail du volet sur les territoires, dont la Chambre Haute est la représentation.

Principales annonces du Premier ministre
Les propositions d'Edouard Philippe lors de son discours de politique générale mercredi
AFP

Principale annonce: un projet de loi "décentralisation et différenciation" que la ministre Jacqueline Gourault devra présenter "à la fin du premier semestre 2020". Il s'agira notamment "d'achever les transferts de compétence déjà entamés, en supprimant les doublons, et à examiner de nouveaux transferts, dans les domaines du logement, des transports, de la transition écologique", a-t-il précisé.

Edouard Philippe est en revanche resté avare de détails sur la réforme de la fiscalité locale après la disparition progressive de la taxe d'habitation.

Edouard Philippe avait suscité mercredi l'ire du président LR du Sénat, Gérard Larcher, en annonçant le report sine die - au "moment propice" - de la réforme des institutions (réforme du RIP, baisse de 25% du nombre des parlementaires...)

Gérard Larcher avait affirmé son incompréhension face à un "renoncement" du gouvernement. "La volonté d'aboutir du Sénat a été constante et maintes fois réaffirmée", avait-il assuré, estimant que "le Sénat ne saurait porter la responsabilité de ce report".

Qualifiant jeudi de "parfaitement respectable" le choix du Sénat de ne soutenir la réforme des institutions que s'il y avait "accord sur tout", le Premier ministre a également jugé "parfaitement respectable" le choix du gouvernement "qui ne souhaite pas mobiliser du temps parlementaire si in fine il s’expose au désaccord du Sénat".

Les discussions achoppent "en particulier sur la question du nombre de parlementaires", a-t-il souligné.

Mais, selon la garde des Sceaux Nicole Belloubet, le gouvernement a "la volonté d'avancer". Il présentera a priori fin juin "les textes en Conseil des ministres et les déposera sur la bureau de l'Assemblée nationale".

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Pen ok
7min

Politique

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».

Le

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le