Paris: Arrival of French Ministers For The Weekly Cabinet Meeting
French new Prime Minister Gabriel Attal arrives for the new government's weekly cabinet meeting at the presidential Elysee Palace in Paris, FRANCE - 12/01/2024.//JEE_weekly.02/Credit:J.E.E/SIPA/2401122349

Déclaration de politique générale : « L’enjeu pour Gabriel Attal, c’est de ne pas recopier le discours du président »

Une semaine après la nomination au poste de Premier ministre de Gabriel Attal et alors que le nouveau locataire de l’hôtel de Matignon devrait tenir dans les jours à venir sa déclaration de politique générale, c’est ce mardi 16 janvier que le président Emmanuel Macron a décidé d’organiser une conférence de presse. Et ce avant même que son nouveau Premier ministre ne fasse son discours de politique générale. 
Lucille Gadler

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est quoi une déclaration de politique générale ?

La déclaration de politique générale n’est prévue dans aucun texte : c’est ce que l’on appelle une « tradition républicaine » dont la pratique, déjà instaurée sous la III et IVème république s’est consolidée sous la Ve République comme nous rappelle Anne-Charlène Bezzina, constitutionnaliste et maître de conférences en droit public à l’Université de Rouen. « Si cette déclaration est fondamentale, explique Benjamin Morel, maître de conférences en Droit public à Paris II et docteur en science politique à l’ENS Paris-Saclay, il est vrai qu’elle ne connaît aucun fondement juridique. Et si le contenu peut varier, cette déclaration prend souvent la forme de discours de la méthode. Il s’agit d’un discours général visant à exposer les grandes orientations du programme de son gouvernement. »

« Cette déclaration a pour objectif de présenter ce que le gouvernement souhaite entreprendre lors du contrat de législature à venir », précise Anne-Charlène Bezzina, « l’idée derrière cette déclaration, c’est de permettre au Premier ministre de se présenter, présenter le cadre de politique générale à venir, tout en sollicitant la confiance des députés devant lesquels il s’exprime ». « C’est un exercice de style, on essaie d’appuyer sur les priorités qui sont celles du gouvernement tout en imposant un style en tant que chef du gouvernement et de la majorité. » rappelle Benjamin Morel.

Conférence de presse du 16 janvier : « Cette conjoncture rappelle furieusement 2017 ! »

Mais alors même que la déclaration de politique générale du nouveau premier ministre Gabriel Attal devrait se tenir dans les jours à venir, c’est ce mardi 16 janvier que le président de la République a décidé de tenir une conférence de presse dans le cadre de son « rendez-vous avec la Nation ».

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron « grille la priorité » à son premier ministre. Au début de son premier quinquennat en 2017, le président de la République avait déjà fait le choix de convoquer le Parlement réuni en Congrès à Versailles, à la veille même de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe. « Il est vrai que cette conjoncture rappelle furieusement 2017. Si Emmanuel Macron dit tout lors de sa conférence de presse, trace toutes les perspectives, le discours de politique générale risque d’être quelque peu ennuyeux, on va faire de la technique » observe Benjamin Morel, « néanmoins nous pouvons imaginer cette conférence de presse comme quelque chose d’interactif, où l’ensemble des différents axes de la politique générale à venir ne seraient pas couverts. Et à ce moment, il pourrait y avoir une mise en forme plus détaillée lors de la déclaration de politique générale de Gabriel Attal. »

Une pratique présidentialiste « totalement décomplexée »

Si le format change, d’une convocation du Congrès à l’organisation d’une conférence de presse, pour certains observateurs et membres de la classe politique française, cette prise de parole est symptomatique de la place prépondérante du président au sein de la Vème République. « Emmanuel Macron est familier du principe. Aujourd’hui nous savons que c’est lui qui donne les grandes lignes de la politique à venir. Le premier ministre vient juste de les répéter. L’enjeu pour Gabriel Attal, c’est de ne pas recopier le discours du président tout en tentant de montrer sa personnalité aux députés » précise Anne-Charlène Bezzina.

« Ce n’est pas nouveau sous la Vème République », soulève la politologue et constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina « ce qui est a souligné peut-être ici, c’est la pratique présidentialiste totalement décomplexée dont le président Emmanuel Macron fait preuve. Il ne cherche même pas à sauver les apparences. Exemple en est avec la lettre de démission que lui a adressée son ancienne première ministre, Elisabeth Borne, où celle-ci témoigne sans ambiguïté du souhait du président de la République de nommer un nouveau premier ministre. Ce qui revient, en l’espèce, à lui demander de lui remettre sa lettre de démission alors même que l’article 8 de la Constitution ne permet pas au président de la République de démettre le Premier ministre de ses fonctions. »

« C’est totalement inélégant et contraire avec la pratique républicaine », a quant à lui dénoncé Sébastien Chenu, député et vice-président de l’Assemblée nationale dans notre matinale. « Cela montre le peu de crédit accordé par le président de la République à son Premier ministre », a estimé l’élu du Nord.

« La difficulté, conclut Benjamin Morel, c’est que généralement lorsque l’on a un discours de politique générale, il y a l’annonce d’un programme législatif. Or, au regard de la fracturation de la majorité présidentielle qui n’a cessé de s’intensifier, je ne vois pas quelle loi ambitieuse peut être annoncée, également au regard de celles qui sont déjà en préparation comme celles sur la fin de vie par exemple. Une chose est sûre, les grandes idées de la seconde partie du quinquennat seront annoncées demain. La question c’est comment celles-ci seront elles déclinées ?»

 

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le

La sélection de la rédaction

Déclaration de politique générale : « L’enjeu pour Gabriel Attal, c’est de ne pas recopier le discours du président »
4min

Politique

Sébastien Chenu juge « contraire à la pratique républicaine » la conférence de presse d’Emmanuel Macron, avant le discours de politique générale de Gabriel Attal

Invité de « Bonjour chez vous » sur Public Sénat ce lundi 15 janvier, Sébastien Chenu, le vice-président du Rassemblement National dit ne « rien » attendre de la conférence de presse d’Emmanuel Macron programmée mardi soir. Il souhaite aussi que le Premier ministre Gabriel Attal se soumette à un vote de confiance après son discours de politique générale.

Le

Gabriel Attal accompagne de Amelie Oudea-Castera au college Saint-Exupery d’Andresy
6min

Politique

Polémique Oudéa-Castéra : une proposition de loi s’attaque au financement public des écoles privées

La mixité sociale à l’école est au cœur de la polémique suscitée par les propos de la nouvelle ministre de l’Education nationale Amélie Oudéa-Castéra pour justifier la scolarisation de ses enfants dans le privé. Une proposition de loi sénatoriale du sénateur communiste Pierre Ouzoulias vise à demander aux établissements privés d’assurer un minimum de mixité sociale contre l’octroi de subventions publiques.

Le

Weekly Cabinet Meeting, Elysee Palace, Paris, France – 12 Jan 2024
8min

Politique

Après la nomination de Rachida Dati au gouvernement, les sénateurs LR pointent un nouveau « coup de bambou » pour LR

Face à l’arrivée de Rachida Dati au gouvernement, les LR ne peuvent que regretter un « coup de tonnerre », qui affaiblit un peu plus une droite qui relevait la tête depuis le texte immigration. Ce « coup de com’ » impacte les élus LR de la capitale, alors que Rachida Dati vise la mairie. « La droite parisienne est déboussolée », selon l’ancien sénateur de droite, Philippe Dominati.

Le