France Retailleau and Wauquiez Campaign in Haute-Savoie By-Election
Mourad Allili/SIPA

Défaite des LR en Haute-Savoie : « Ce n’est pas un signal faible, c’est un signal fort, il faut qu’on se repositionne », alerte le sénateur Max Brisson

Les LR ont perdu un siège lors d’une législative partielle en Haute-Savoie, après une lourde défaite face à un candidat UDR/RN. Le vice-président des LR, Julien Aubert, y voit surtout « une conjonction particulière d’astres » locaux. Mais pour le sénateur LR Max Brisson, les LR paient leur non-censure sur le budget. Il défend « une opposition totale à ce gouvernement ».
François Vignal

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Les partielles portent finalement bien leur nom. Certains diront qu’il est difficile de tirer des enseignements de ces élections isolées. Reste qu’elles reflètent, partiellement, leur part de vérité. Le point de vue changeant, généralement, qu’elles soient gagnées ou perdues. Et pour LR, la législative partielle qui s’est déroulée dimanche dans la troisième circonscription de la Haute-Savoie, s’est conclue par une cinglante défaite pour le parti présidé par Bruno Retailleau.

Une défaite toute symbolique, car ce fief détenu par la droite depuis 1958, non loin du plateau des Glières, haut lieu de la résistance, a été remporté par l’extrême droite. Avec 59,1 % des voix, Antoine Valentin, candidat UDR, le parti d’Eric Ciotti, soutenu aussi par le RN, devance le candidat LR, Christophe Fournier (40,9 %). Il était largement en tête du premier tour.

Certes, comme à chaque partielle, l’abstention est massive, poussant à relativiser les résultats. La participation s’élève à 34,1 % au second tour. L’appel au front républicain, relayé par la gauche, n’a de plus, pas fonctionné.

Maire de Saint-Jeoire, une petite commune, Antoine Valentin n’a que 33 ans. Déjà candidat lors des législatives 2024, il avait perdu. Le front républicain avait alors permis la réélection de la députée LR Christelle Petex, dont il était le suppléant. Cette dernière a jeté l’éponge en novembre dernier, démissionnant de son mandat, entraînant l’élection partielle.

« J’espère qu’Annie Genevard et ses amis comprennent que quand on est LR, on n’a plus grande chose à faire dans ce gouvernement »

Localement, le président LR du département, Martial Saddier, ne l’avait pas supporté. Mais face à l’enjeu, le président des LR, Bruno Retailleau, et Laurent Wauquiez, ont un temps enterré la hache de guerre pour venir le soutenir sur place. Sans pour autant permettre la victoire. De quoi y voir un mauvais signe pour les poids lourds de la droite, qui plus est à quelques semaines des municipales ? Chez les LR, on préfère y voir plutôt les conséquences de l’interminable séquence budgétaire, sur fond de montée inexorable du RN et de ses amis.

« Les ingrédients locaux étaient très importants, notamment l’attitude de l’ancienne députée. Après, qu’il y ait dans le pays une poussée du RN et de ses alliés, on n’a pas besoin de passer par la Haute-Savoie pour s’en rendre compte », avance le sénateur LR Max Brisson. Mais le sénateur des Pyrénées-Atlantiques, porte-parole de son groupe, ne cache pas ses critiques sur le choix des députés LR de ne pas voter la censure. « Je fais partie de ceux qui pensent que vis-à-vis du gouvernement, du président de la République, il faut une position ferme, une position claire. J’étais parfois tancé d’avoir appelé à la censure et de s’autonomiser. Mais je crois que les Français de droite ne supportent plus le gouvernement. J’espère qu’Annie Genevard (ministre de l’Agriculture qui vient des LR, ndlr) et ses amis comprennent que quand on est LR, on n’a plus grande chose à faire dans ce gouvernement, qui est aux ordres des socialistes », tonne Max Brisson. Il ajoute :

 Nos anciens amis se fourvoient et contribuent ainsi à une image totalement brouillée, sans parler des tambouilles budgétaires dans lesquelles Sébastien Lecornu pense exceller. 

Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques.

« Les choses sont simples et quand on les complexifie, on a le retour du boomerang »

Pour Max Brisson, il n’y a pas de doute : « Il faut clarifier. On est dans l’opposition à ce gouvernement. Une opposition totale à ce gouvernement. Les choses sont simples et quand on les complexifie, on a le retour du boomerang », pointe le porte-parole du groupe LR du Sénat, qui souligne qu’il n’était pas isolé sur cette ligne pro-censure. « Je ne suis pas le seul. C’est une large partie du groupe au Sénat, le président Retaileau en tête. Nous avons la semaine dernière rejeté le budget. Malheureusement, certains de nos amis, députés en partie, sont dans ce dialogue mortifère ». Mais « si les députés LR se sont largement affranchis de la ligne du parti, du président, il est temps de se ressaisir, largement temps », croit le sénateur des Pyrénées-Atlantiques, qui prévient : « Cette élection n’est pas un signal faible, c’est un signal fort. Il faut qu’on se repositionne, qu’on fasse autre chose : être là où les électeurs veulent qu’on soit, c’est-à-dire dans une opposition totale à ce gouvernement en perdition, comme le fait Bruno Retailleau ».

Si Bruno Retailleau n’a dans l’immédiat par réagi après les résultats, Laurent Wauquiez l’a fait lui dans Le Parisien. « Le principal enseignement, c’est que quand la droite est divisée, elle est condamnée à perdre. Face à la gauche et au RN, la droite doit être rassemblée derrière un seul candidat à la présidentielle : si nous avons plusieurs candidats de droite au premier tour, nous n’en aurons aucun au second. Il n’y a pas de place pour les aventures individuelles et les candidatures de témoignage », avance le patron des députés LR, qui au passage, se justifie à nouveau sur le budget : « Face aux menaces internationales, la France ne peut pas être un bateau ivre sans gouvernement et sans budget. Ce n’est au final ni un budget de droite ni un budget de gauche. C’est un budget imparfait, comme la majorité des budgets adoptés ces dernières années ».

« Indépendamment du contexte national, il y avait des éléments qui faisaient que c’était mal embarqué »

Pour Julien Aubert, vice-président des LR, il ne faut cependant pas exagérer les enseignements nationaux qui pourraient être tirés des résultats. « Ça n’a pas de lien avec les municipales. C’est un petit signe d’alerte car c’est quand même la perte d’un siège sur fond de désorientation de notre électoral, suite au vote du budget », reconnaît l’ancien député du Vaucluse.

Mais Julien Aubert « pense que 70 % de l’élection d’Antoine Valentin n’est pas liée aux LR. Il y a plutôt une conjonction particulière d’astres, qui font que son élection était possible. Je le connais très bien Antoine Valentin. Il était à Oser la France (mouvement de Julien Aubert, ndlr), je le connais depuis 10 ans. Il a été battu de peu la dernière fois. C’est un maire implanté. Il avait le soutien du président du département, qui est LR. Il vient lui-même des LR, donc il ne passe pas pour un fasciste. La députée sortante ne soutenait pas son suppléant. Il y avait deux dissidents. Indépendamment du contexte national, il y avait des éléments qui faisaient que c’était mal embarqué », analyse le responsable du parti de droite.

« Quand on a donné l’impression de désordre et d’illisibilité sur le budget, les gens ne sont pas contents »

Restent les « 30 % », soit les causes plus nationales. « C’est sûr que l’électorat de droite qui aime l’ordre et la clarté… Quand on a donné l’impression de désordre et d’illisibilité sur le budget, les gens ne sont pas contents », reconnaît Julien Auvert, qui décrit un parti « tiraillé entre esprit de responsabilité et position politique, en voulant montrer qu’on est dans l’opposition ». Un dilemme que le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a résumé dans le JDD : « La logique, c’est la censure, la raison c’est de ne pas la voter, au nom du risque d’instabilité et de l’incertitude qui pèse sur les entreprises et de la nécessité de renforcer le budget de la Défense », a défendu le sénateur des Yvelines.

Pour autant, pour Julien Aubert, la défaite de la Haute-Savoie n’est pas à mettre au crédit de l’ancien ministre de l’Intérieur. « On est plutôt dans la région de Laurent Wauquiez, donc le signal s’adresse d’abord à lui », relève ce fidèle de Bruno Retailleau. Et la guéguerre Retailleau/Wauquiez laisse des traces. « Il faut pointer les duels fratricides, qui n’aident pas. Il n’y a pas une bonne ambiance depuis l’automne. Deuxièmement, c’est triste de voir un duel entre un LR et un ancien LR lors de cette partielle », ajoute Julien Aubert.

« Il fut une époque où Franck Allisio et Sébastien Lecornu auraient été sur les mêmes bancs… »

Une dispersion que pointe le responsable du parti de droite. « Aujourd’hui, la moitié des personnalités politiques sont issues de l’UMP. On en trouve de l’UDR, même parfois au RN, jusqu’à la macronie. Les RN Sébastien Chenu, Franck Allisio, Thierry Mariani étaient des LR. De l’autre côté, Edouard Philippe, Sébastien Lecornu étaient LR. A un moment, revenons au sens commun, il fut une époque où Franck Allisio et Sébastien Lecornu auraient été sur les mêmes bancs… » rappelle Julien Aubert, qui pense que « la droite a collectivement failli. Des barrières sont mises entre des gens qui n’arrivent plus à dialoguer. La droite s’est éparpillée, façon puzzle ». Le vice-président des LR pense malgré tout que la droite « peut se rassembler, au-delà des lignes artificielles, voir les points d’accords ». Avec sur le fond, l’enjeu de « de parler à la nation », soit s’adresser à tous les Français, sans segmenter l’électorat. Mais Julien Aubert met de côté « le sujet de l’union avec le RN, qui est un autre sujet ». Bruno Retailleau écarte d’ailleurs l’union des droites… sur le plan partisan, défendant l’union des droites « par les urnes ».

Cette défaite renvoie aussi les LR aux questions de fond qui les traversent depuis des années. Pour Max Brisson, les LR doivent défendre « l’ordre dans la rue, l’ordre dans les comptes, l’ordre dans les repères et beaucoup de liberté au sens économique. C’est un discours qui nous différencie de l’extrême droite, et qui est étatiste ». « Nous n’avons pas besoin de copier l’extrême droite pour dire qu’il faut de l’ordre dans la rue », ajoute le sénateur LR, « on est sur le discours de Pasqua, nous sommes historiquement le parti de l’ordre ». Mais pour ce qui est de l’ordre des élections, bien souvent, ils ne sont plus premiers depuis un moment. C’est tout le problème des LR.

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