Délinquance : la justice « impuissante » face aux mineurs non accompagnés, selon le procureur de Paris
Auditionné par la commission des lois du Sénat dans le cadre de la révision de l’ordonnance de 1945 relative à la justice des mineurs, le procureur de la République de Paris, Remy Heitz a jugé préoccupant le nombre de mineurs non accompagnés dans la capitale, à l’origine « d’une délinquance de voie publique très importante ».

Délinquance : la justice « impuissante » face aux mineurs non accompagnés, selon le procureur de Paris

Auditionné par la commission des lois du Sénat dans le cadre de la révision de l’ordonnance de 1945 relative à la justice des mineurs, le procureur de la République de Paris, Remy Heitz a jugé préoccupant le nombre de mineurs non accompagnés dans la capitale, à l’origine « d’une délinquance de voie publique très importante ».
Public Sénat

Par Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Paris présente une réelle spécificité. Cette spécificité tient beaucoup à la présence d’un nombre très important, en hausse considérable de mineurs non accompagnés qui sont à l’origine d’une délinquance, inquisitive, de voie publique particulièrement significative ». C’est par ces mots que Rémy Heitz, le procureur de la République de Paris, a commencé son propos, lors de son audition, ce mercredi, devant la commission des lois du Sénat.

Pour mémoire, la loi de réforme pour la justice de 2018 donne une habilitation au gouvernement de légiférer par ordonnances. C’est dans ce cadre que Nicole Belloubet a présenté en Conseil des ministres, en septembre dernier, une refonte de l’ordonnance de 1945 sur la justice pénale des mineurs (voir notre article). Le champ large de cette habilitation, décidée au détour d’un amendement au projet de loi de 2018, avait agacé plusieurs sénateurs. La garde des Sceaux avait promis qu’un « délai d’un an » sera laissé au Parlement pour modifier et débattre du projet de loi de ratification de l’ordonnance, mais aussi pour « préparation des juridictions et mettre en place les moyens ». Le Sénat compte bien profiter de ce laps de temps pour être actif sur la mise en place des dispositions de nouveau code de justice pénale des mineurs. « Il s’agit d’un sujet extrêmement sensible et nous estimons qu’avant même d’être saisi du projet de loi de ratification de ces ordonnances, il nous faut prendre un peu de recul » a souligné ce matin, Philippe Bas, président LR de la commission des lois.

À Paris, le nombre de mineurs non accompagnés déférés est passé de 1500 à 3000 entre 2015 et 2019, « ce qui est assez considérable » a souligné Remy Heitz, avant de préciser que certains étaient déférés au parquet « plusieurs fois par semaine ». Raison pour laquelle, le procureur de Paris s’alarme de « l’impuissance » de « l’intervention policière, judiciaire ». « Nous sommes face à des mineurs qui sont des multirécidivistes (…) Ces mineurs jouissent d’un sentiment d’impunité extrêmement fort » a-t-il noté.

En instaurant un nouveau code de justice pénale des mineurs, le gouvernement espère diviser ce délai de la détention provisoire par deux. Le jugement, qui établira la culpabilité d’un mineur et permettra l’indemnisation de la victime, devra se tenir au plus tard trois mois après l’interpellation. Le prononcé de la sanction, qui pourra être éducative, interviendra 6 à 9 mois après cette première phase. Dans cet intervalle, une période de mise à l’épreuve éducative est prévue : le mineur est suivi et des investigations complémentaires sont menées. Actuellement les délais de jugement d’un mineur atteignent 18 mois.

« Il nous faudra des moyens si nous voulons répondre à ce texte ambitieux qui a tendance à renforcer l’intervention du juge puisque le parquet est présent à toutes les audiences du tribunal pour enfants » a prévenu Rémy Heitz.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Délinquance : la justice « impuissante » face aux mineurs non accompagnés, selon le procureur de Paris
3min

Politique

« On est en droit de se poser des questions sur l’état mental de Donald Trump », pour Michel Cymes

Doit-on connaitre l’état de santé de ceux qui nous dirigent ? Doit-on évaluer leur santé mentale ? À l’affiche d’une pièce de théâtre, Michel Cymes interroge sur scène la question du secret médical des présidents élus et des candidats à la fonction suprême. Comment s’assurer de leurs capacités mentales et physiques sans trahir le secret médical ? À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, il répond aux questions de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Délinquance : la justice « impuissante » face aux mineurs non accompagnés, selon le procureur de Paris
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Municipales 2026 : comment les résultats dessinent déjà la carte des sénatoriales de septembre

Le Sénat sera renouvelé de moitié en septembre prochain, un scrutin intimement lié à celui des municipales en raison de son corps électoral. Les nouveaux équilibres communaux permettent ainsi d’anticiper sur la future composition de la Chambre haute, entre la résistance de la droite, le recul redouté des socialistes et des écologistes, et les ambitions inédites du RN et de LFI. Décryptage.

Le

EDF Reseau de Transport Electricite de Nice
6min

Politique

Marché européen de l’électricité : sortie ou réforme ? Les paradoxes de la normalisation du RN

Alors que les marchés de l’énergie s’affolent, Jordan Bardella a été attaqué par Bruno Retailleau sur sa proposition de sortie du marché européen de l’électricité. Le président du Rassemblement national estime défendre une simple « remise en cause des règles de fixation du prix » sans sortir du marché, illustrant ainsi la stratégie « attrape-tout » du RN, cherchant à la fois à contenter le grand patronat et son électorat populaire.

Le