Démission de François de Rugy : « Il était un handicap pour le gouvernement »
Coup de théâtre, François de Rugy a finalement donné sa démission cet après-midi. Dans la tourmente depuis la semaine dernière suite aux révélations de Mediapart, le ministre de la Transition Écologique s’était pourtant montré combatif. Une nouvelle enquête du média en ligne sur ses frais de mandat de député, avait rendu son maintien au gouvernement impossible.

Démission de François de Rugy : « Il était un handicap pour le gouvernement »

Coup de théâtre, François de Rugy a finalement donné sa démission cet après-midi. Dans la tourmente depuis la semaine dernière suite aux révélations de Mediapart, le ministre de la Transition Écologique s’était pourtant montré combatif. Une nouvelle enquête du média en ligne sur ses frais de mandat de député, avait rendu son maintien au gouvernement impossible.
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« La volonté de nuire, de salir, de démolir, ne fait pas de doute. Je suis soumis à un feu roulant de questions nouvelles et contraint de parer sans cesse à de nouvelles attaques. Face aux contre-vérités de Médiapart, j’ai déposé ce matin une plainte pénale en diffamation par la voix du Bâtonnier Pierre-Olivier Sur et de Maître Mathias Chichportich, à qui j’ai confié la défense de mes intérêts. Les attaques et le lynchage médiatique dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire - ce que chacun comprendra ». C’est sur sa page Facebook, que François de Rugy a annoncé à 14H40, cet après-midi, avoir présenté sa démission au Premier ministre, ce matin.

« Le paiement d’une cotisation à un parti politique n’est pas un frais lié au mandat » rappelait le déontologue de l’Assemblée en 2013 »

Quelques minutes plus tard, en effet, Médiapart publie une nouvelle enquête sur l’ancien président de l’Assemblée nationale. Il n’est pas question ici de dîners fastueux au frais du contribuable ou de travaux exponentiels de son logement de fonction au ministère, mais de l’utilisation de son IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) pour payer une partie de ses cotisations à Europe Écologie Les Verts (EELV) en 2013 et 2014. Dans son rapport annuel remis en 2013, la déontologue de l’Assemblée nationale rappelait pourtant que « le paiement d’une cotisation à un parti politique n’est pas un frais lié au mandat. Tel est en revanche le cas pour la contribution versée au groupe politique, dont l’activité facilite l’exercice du mandat parlementaire, ce versement ne pouvant donner lieu à aucune déduction fiscale »

« Il valait mieux aujourd’hui qu’il fasse preuve de responsabilité et de courage »

Toujours selon le média en ligne, François de Rugy aurait « déduit de ses impôts sur le revenu l’ensemble de ses cotisations à EELV, y compris celles payées par IRFM ». Raison pour laquelle, le député n’a pas payé d’impôt en 2015.

« Il était un handicap pour le gouvernement et il valait mieux aujourd’hui qu’il fasse preuve de responsabilité et de courage » a commenté François Patriat, le président du groupe LREM du Sénat qui estime par ailleurs que dans « les reproches qui sont faits à François de Rugy, il y en a beaucoup qui sont injustes » notamment en ce qui concerne, selon lui, les révélations concernant « son appartement » ou « ses impôts ».

« Maintenant, avec les réseaux sociaux, un parlementaire doit être un moine soldat »

Ancien membre d’EELV, le sénateur LREM, André Gattolin a discuté avec François de Rugy lors des cérémonies du 14 juillet. « C’est quelqu’un de combatif mais je l’ai trouvé très affecté. Il a le sentiment d’être attaqué injustement. En me rendant au Sénat, je me suis demandé comment il allait être accueilli (François de Rugy devait défendre le projet de loi énergie climat cet après-midi). Et si à l’instar de François Patriat, André Gattolin trouve « certaines attaques de Médiapart minables », le sénateur des Hauts-de-Seine reconnaît que « le mal en images était fait ». « François de Rugy renvoyait une image complètement négative par rapport à ce qu’on attend d’un élu LREM. Il y a 10 ans vous pouviez passer à travers. Maintenant, avec les réseaux sociaux, un parlementaire doit être un moine soldat ».

« L’été, c’est devenu l’été des scandales. Ce n’est plus le sexe à la plage, c’est la politique et les affaires »

L’été, c’est devenu l’été des scandales. Ce n’est plus le sexe à la plage, c’est la politique et les affaires »
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Invité sur le plateau de l’émission Sénat360, André Gattolin s’est interrogé sur le timing de ces révélations. « La chose qui me préoccupe c’est que les informations qui ont été utilisées pour attaquer François de Rugy sont des images qui ont été publiées sur Facebook en février 2018. Pourquoi, il faut attendre 1 an et demi pour que ces choses sortent ? On a un feuilleton tous les étés. En 2017, c’était M. Ferrand, Bayrou et Mme de Sarnez (…) Sur l’affaire Benalla, Le Monde avait les documents depuis 4 semaines, il a entendu la fin de la Coupe du monde et le 14 juillet pour lancer un feuilleton (…) L’été, c’est devenu l’été des scandales. Ce n’est plus le sexe à la plage, c’est la politique et les affaires »

« Peut-être que François de Rugy doit se poser des questions, repartir à la base et revoir ce qu’est la réalité des Français »

À la gauche de l’hémicycle, le sénateur PS, Martial Bourquin note qu’après la crise des gilets jaunes, le départ de Nicolas Hulot puis désormais celui de François de Rugy, « le gouvernement est en graves difficultés ».

« C’est assez logique et ce n’était pas tenable pour le gouvernement et ce n’était pas non plus tenable pour lui (…) Ce n’est pas bon pour le gouvernement. Ce n’est pas bon non plus pour l’image des politiques en général. Peut-être que François de Rugy doit se poser des questions, repartir à la base et revoir ce qu’est la réalité des Français » conseille, de son côté, le sénateur LR de l’Oise, Jérôme Bascher.

« Des journaux à la limite du KGB et de la Stasi »

François de Rugy qui annonce le dépôt d’une plainte en diffamation à l’encontre de Médiapart, pourra néanmoins compter sur le soutien de la sénatrice LR, Jacqueline Eustache-Brinio. « On est la cible, depuis quelque temps, d’une certaine presse qui veut casser le monde politique et l’image du monde politique. Ça peut nous arriver à tous, ce genre d’histoires. Nous sommes à la merci d’une photo, d’une vengeance, relayées par des journaux qui sont pour moi à la limite du KGB et de la Stasi (...) Quand on fait des repas à l’Elysée, on ne mange pas chez MacDo ou des fish and chips ».

Démission de Rugy; « Des journaux à la limite du KGB et de la Stasi » tacle Jacqueline Eustache-Brinio
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Un avis partagé par la présidente LR de la commission des affaires économiques du Sénat, Sophie Primas. « Je n’aime pas ces délations médiatiques. Je trouve que ce n’est pas bon pour la République, ce n’est pas bon pour le Parlement (…) On n’est pas dans une République donnée aux médias où M. Plenel décide qui est bien et qui n’est pas bien. S’il a des dossiers qu’il les donne à la Justice et là, il fera son travail »

Démission de Rugy: "On n’est pas dans une République donnée aux médias où M. Plenel décide qui est bien et qui n’est pas bien" pour Sophie Primas
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