Démission du maire de Saint-Brévin : « Il y a manifestement des zones d’ombre à éclaircir », selon le ministre Christophe Béchu

Alors que le maire démissionnaire de Saint-Brévin s’est montré très critique contre l’Etat, lors de son audition par le Sénat, le ministre Christophe Béchu souligne qu’il y a eu « des propositions » faites au maire « pour faire en sorte qu’il puisse bénéficier d’un accompagnement ». Il préconise aussi de demander « aux forces de l’ordre » leur « version » des faits.
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Auditionné ce matin par la commission des lois du Sénat, le témoignage du maire démissionnaire de Saint-Brévin, Yannick Morez, a marqué les esprits. L’élu divers droite de Loire-Atlantique a détaillé l’ensemble des menaces et agressions subies depuis l’officialisation en 2021 du transfert près d’une école de sa commune d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), déjà présent depuis 2016. Ce projet avait soulevé l’opposition d’habitants rejoints par des groupuscules d’extrême droite. Le domicile du maire avait été incendié fin mars.

« Je crois qu’il n’y aurait pas de honte à reconnaître que sur cette affaire, l’Etat n’a pas été à la hauteur, ça faciliterait les choses », selon le sénateur Ronan Dantec

Les questions d’actualité au gouvernement du Sénat ont été ce mercredi l’objet de nombreuses questions sur le sujet, comme celle du sénateur écologiste Ronan Dantec. « Le maire de Saint-Brévin-les-Pins est devenu le symbole des difficultés des élus locaux à exercer leur mandat. (…) Yannick Morez n’a pas démissionné par peur ou par lassitude, il a démissionné parce que l’Etat ne l’a pas protégé », dénonce le sénateur de Loire-Atlantique. Yannick Morez assis en tribune, le sénateur a rendu « hommage » au maire qui « tenait bon face à la haine et aux sbires d’Eric Zemmour ». L’ensemble des sénateurs s’est alors levé pour applaudir Yannick Morez.

Dénonçant aussi « l’ignoble passage à tabac du neveu de Madame Brigitte Macron », Ronan Dantec demande pourquoi le maire n’a pas été protégé « depuis le mois de mars » et « pourquoi avoir autorisé la manifestation anti-Cada du 29 avril, un mois après l’incendie, véritable désaveu du maire, qui avait pourtant demandé son interdiction ?» « Allez-vous enfin interdire ce type de manifestation qui sont d’évidents appels à la haine de la part de l’extrême droite ? » insiste le sénateur écologiste.

« Un sujet aussi sensible nécessite sans doute que vous y passiez encore un peu plus de temps », souligne Christophe Béchu

« En saluant Yannick Morez, vous me permettrez de me réjouir de l’image que vient de donner le Sénat. Aucun membre n’est resté assis au moment de l’hommage qui lui a été rendu, alors que nous avons assisté hier à l’Assemblée nationale à une scène où une partie de l’hémicycle ne s’est pas levée », « hier le RN a refusé de se joindre à l’hommage », commence par pointer dans sa réponse le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu.

Lire aussi >> Elisabeth Borne promet des « mesues nouvelles » pour protéger les élus, après la démission de maire de Saint-Brevin

S’il se « réjouit » que le Sénat « essaye de faire la lumière » sur les événements, cependant, Christophe Béchu « souhaite, dans le même temps, compte tenu des retours que nous avons, que vous en profitiez peut-être pour demander aux forces de l’ordre quelle a été leur version de leur côté, les retours qu’ils ont eus ».

« Dans les éléments qui nous sont donnés, il y a eu des patrouilles de police plusieurs nuits dans la foulée immédiate du 22 mars, des propositions qui ont été faites auprès de Yannick Morez pour faire en sorte qu’il puisse bénéficier d’un accompagnement, et des tentatives de prise de contact de la part de la préfecture ou de la sous-préfecture. J’entends (…) qu’il y a manifestement, sur l’absence de réunion publique, sur les manifestations qui se sont tenues, des zones d’ombre, qu’il convient d’éclaircir », avance le ministre, qui pense qu’« un sujet aussi sensible nécessite sans doute que vous y passiez encore un peu plus de temps, que ce que vous aviez pu imaginer ». Réplique de Ronan Dantec : « Je crois qu’il n’y aurait pas de honte à reconnaître que sur cette affaire, l’Etat n’a pas été à la hauteur, ça faciliterait les choses ».

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