Démocratisation du sport : l’interdiction du port de signes religieux dans les compétitions sportives fait échouer un accord entre députés et sénateurs
La commission mixte paritaire (CMP) au sujet de la proposition de loi visant à « démocratiser le sport » s’est tenue ce lundi, mais une disposition sur le port de signes religieux dans les compétitions sportives a fait échouer le compromis qui se dessinait. Le rapporteur (LR) du texte, Michel Savin, espère tout de même que l’Assemblée nationale reprendra certaines des dispositions ajoutées au texte par le Sénat.

Démocratisation du sport : l’interdiction du port de signes religieux dans les compétitions sportives fait échouer un accord entre députés et sénateurs

La commission mixte paritaire (CMP) au sujet de la proposition de loi visant à « démocratiser le sport » s’est tenue ce lundi, mais une disposition sur le port de signes religieux dans les compétitions sportives a fait échouer le compromis qui se dessinait. Le rapporteur (LR) du texte, Michel Savin, espère tout de même que l’Assemblée nationale reprendra certaines des dispositions ajoutées au texte par le Sénat.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Après un premier examen à l’Assemblée nationale et au Sénat, plusieurs points de désaccords subsistaient entre l’Assemblée nationale et le Sénat sur la PPL « démocratiser le sport ». Sénateurs et députés se sont donc réunis en commission mixte paritaire (CMP) ce lundi après-midi pour trouver un compromis. Sur le fond, les grandes orientations de la loi ne devaient pas poser de problème. Les majorités présidentielle et sénatoriale partagent les grandes lignes de la loi, comme l’instauration de la parité dans les instances dirigeantes des fédérations, ainsi que le renforcement du « sport-santé », ou la lutte contre l’homophobie et les violences sexuelles dans le monde du sport. Mais une disposition sur le port de signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives a fait échouer la CMP, qui a finalement été non-conclusive.

» Lire aussi : Parité au sein des fédérations sportives : « Le gouvernement veut aller très vite », juge le sénateur Michel Savin

Le Sénat était prêt à « bouger », mais pas sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives

Pour que les sénateurs et les députés puissent discuter des détails du texte en CMP, il fallait au préalable pour Michel Savin que les parlementaires trouvent un compromis sur les trois points de désaccord les plus importants. Ceux-ci auraient en effet pu faire échouer la CMP et ainsi rendre caduque toute négociation sur d’autres points. Le rapporteur LR du texte explique que le Sénat « a bougé » et a « entendu les remarques du monde du sport » sur 2 des 3 points de désaccord en question. Ainsi, sur l’instauration de la parité dans les instances dirigeantes des fédérations, la version de l’Assemblée nationale proposait une parité à horizon 2024, alors que la version du Sénat donnait 4 ans de plus aux fédérations n’ayant pas au moins déjà 15 % d’hommes ou de femmes licenciés – selon les sports – pour mettre en place cette parité. Finalement, le Sénat aurait été prêt d’après Michel Savin « à s’aligner sur la position du Comité olympique (CNOSF) » et à accepter une parité à horizon 2024 dans les fédérations nationales si les instances régionales n’étaient pas concernées, sachant que le CNOSF s’engageait à « accompagner les fédérations en retard sur le recrutement et la formation des dirigeants. » De même, alors que le Sénat avait supprimé la limitation à 3 mandats pour les dirigeants de fédération, la majorité sénatoriale aurait été prête à accepter une limitation réservée aux instances nationales, pour « prendre en compte la réalité du terrain et la difficulté, pour certaines sections locales de certains sports, de recruter des gens qui s’investissent. »

En revanche, les sénateurs ont rajouté en séance une disposition [article 1 quinquies C] prévoyant que « le port de signes religieux ostensibles est interdit pour la participation aux événements sportifs et aux compétitions sportives organisés par les fédérations sportives et les associations affiliées. » Là aussi, Michel Savin affirme que la majorité sénatoriale était prête à « bouger », notamment en « réduisant le périmètre » de l’interdiction aux seules « compétitions sportives », organisées par des clubs pour leurs licenciés, et non plus à des rencontres organisées par des associations ou des collectivités locales par exemple. « On a en plus introduit un comité d’éthique qui est chargé de veiller à l’application de cette disposition », ajoute le sénateur de l’Isère. Michel Savin reste circonspect sur les négociations menées avec les députés, qui auraient proposé que les fédérations veillent à ce que leurs membres ne se livrent pas à un « prosélytisme abusif. » « Qui peut juger de ce qui est abusif ? s’interroge le rapporteur du texte. On pourrait créer des situations de conflits et de pression sur clubs et les associations. » De toute façon, la CMP n’étant pas conclusive, aucune de ces propositions ne devrait se retrouver dans la version finale du texte, et donc entrer en vigueur.

« Si on n’avait pas eu cette obligation d’avoir cette société commerciale pour la Ligue professionnelle de foot, je ne suis pas sûr qu’on aurait eu une loi »

Plus généralement, Michel Savin déplore une impréparation du gouvernement sur ce texte « qui ne ressemblait pas à grand-chose » au départ. C’est d’après lui la nécessité économique de créer un nouveau statut pour la Ligue professionnelle de football (LFP) qui a donné lieu à cette proposition de loi (PPL) « quasiment bâclée » : « Si on n’avait pas eu cette obligation d’avoir cette société commerciale pour la LFP, je ne suis pas sûr qu’on aurait eu une PPL. Cela se voit au nombre d’amendements et articles rajoutés en séance, sans préparation, sans audit. C’était quasiment un travail un peu bâclé. » Le sénateur de l’Isère prêche certes pour sa paroisse en affirmant que le Sénat a tenté de saisir l’occasion pour « enrichir le texte » et « répondre aux attentes du monde du sport. » Mais il est quand même rejoint par le Comité olympique, qui salue dans un communiqué « le travail réalisé par les sénatrices et sénateurs, et en particulier par le rapporteur du texte, Michel Savin qui, au plus près des acteurs du mouvement sportif, a grandement contribué à renforcer l’ambition de la proposition de loi. »

Au sein des améliorations citées ne figure pourtant pas la fameuse interdiction de signes religieux ostensibles dans les compétitions sportives, qui a eu raison de la CMP que le Comité olympique « espérait » voir aboutir à un compromis. Le « Mouvement sportif » met en effet plutôt en avant des dispositions sur le « sport-santé », notamment en milieu scolaire (temps quotidien consacré au sport, interdiction du « savoir-nager » dans la loi) ou professionnel (construction de douches et de vestiaires dans les nouveaux immeubles de bureau). La CMP ayant échoué, Michel Savin et les sénateurs ne peuvent qu’attendre et espérer que l’Assemblée nationale se saisisse de ces différentes propositions.

Partager cet article

Dans la même thématique

Démocratisation du sport : l’interdiction du port de signes religieux dans les compétitions sportives fait échouer un accord entre députés et sénateurs
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Démocratisation du sport : l’interdiction du port de signes religieux dans les compétitions sportives fait échouer un accord entre députés et sénateurs
4min

Politique

Déserts médicaux : « Il existe des différences d’espérance de vie entre les départements » alerte Karine Daniel sénatrice socialiste de Loire-Atlantique

Au Clos-Toreau, quartier populaire du sud de Nantes, les habitants se battent depuis deux ans pour obtenir l’ouverture d’un centre de santé. A l’approche des élections municipales, la question des déserts médicaux s’impose dans la campagne comme un sujet de préoccupation récurrent, comme en témoigne cet habitant de Nantes dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le