Encore une semaine animée à droite. Quatre jours après des élections municipales jugées réussies par Les Républicains, le parti fait de nouveau face à des remous. Mercredi, lors d’une interview su RMC/BFMTV, le maire de Cannes David Lisnard a annoncé son départ prochain de la formation politique. En cause ? Un désaccord sur le prochain mode de désignation du candidat du parti à la présidentielle 2027. Les adhérents LR devront trancher en avril entre l’organisation d’une primaire fermée, d’une primaire ouverte aux sympathisants ou en faveur d’un soutien direct à leur président, Bruno Retailleau, déjà officiellement entré en course.
Un vote qualifié de « truqué » par David Lisnard, qui « pense ne plus rien avoir à faire » au sein de LR. « La droite est rattrapée par le syndrome d’autodestruction » déplore Agnès Evren, sénatrice LR de Paris et invitée de la matinale de Public Sénat ce jeudi 26 mars. « Je le regrette profondément, parce que David Lisnard fait partie des talents de notre famille politique. J’aurais préféré qu’il mette ce talent au service de [celle-ci]. » L’élue de la capitale estime « scandaleux de dire que le vote est truqué et biaisé ». « Bruno Retailleau a été élu avec 74% des voix comme président du parti », justifie Agnès Evren. « Il est évidemment légitime ».
Un candidat unique de la droite et du centre ?
Le départ de David Lisnard intervient au moment où la droite apparaît divisée sur la stratégie à mener en vue de la présidentielle. Dans une interview accordée mercredi au Parisien, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, invite de son côté à « faciliter les relations entre toutes les familles politiques, de la droite et du centre », poussant lui aussi pour un « candidat unique » du socle commun. De là à soutenir un ralliement avec le parti présidentiel, Renaissance, et son chef de file, l’ex-Premier ministre Gabriel Attal ? « Un candidat macroniste ne pourra pas être élu président de la République », a évacué Bruno Retailleau, dans un entretien au Figaro publié mercredi.
Questionnée sur ces deux déclarations, Agnès Evren appelle avant tout à ce que « chacun » puisse « faire émerger sa candidature ». Selon elle, la vision portée par l’ex-ministre de l’Intérieur correspond aux attentes des électeurs. « Moi, d’abord, je veux Bruno Retailleau », explique-t-elle. « Je veux un projet de droite pour la France parce que je vois bien que les Français veulent moins d’immigration, plus de sécurité, moins d’impôts… Le projet qui sera porté par la droite sera le bon pour les Français. »
Pour autant, comme le président du Sénat, Agnès Evren promeut le scénario d’« un candidat unique de la droite et du centre » pour accéder au second tour. « C’est une fusée à deux étages : le premier, c’est de choisir un champion dans notre famille politique : et ensuite, de voir en effet si on ouvre pour qu’on ait un seul et unique candidat », résume la sénatrice parisienne. Mais jusqu’où pousser cette main tendue ? Sur ce point, Agnès Evren reconnaît « ne pas imaginer Bruno Retailleau » se placer « derrière Gabriel Attal », en raison du « grand écart » entre les visions des deux hommes.
« On ne va pas disparaître derrière le RN »
Une certitude : Agnès Evren exhorte à « ne pas condamner les chances de la droite et du centre d’être au second tour ». Peser dans l’élection présidentielle, mais pas à n’importe quel prix : la sénatrice ne souscrit pas non plus à l’hypothèse d’une primaire allant jusqu’à Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris pour Reconquête. Cette possibilité est notamment soutenue par le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez. Dans le même temps, l’extrême-droite pousse depuis le second tour des élections municipales pour mettre à l’agenda la possibilité d’une union des LR avec le Rassemblement national et son allié de l’UDR.
Le président du RN, Jordan Bardella, avait appelé vendredi sur CNews à ce que « tous les murs puissent tomber » entre sa formation et le reste de la droite. « Je ne crois pas à l’union des droites : je crois à l’union des Français, à l’union de l’ensemble du peuple français », a néanmoins tempéré mercredi sur France Inter Marine Le Pen, à la tête des députés RN. « On ne va pas disparaître derrière le Rassemblement national », assure Agnès Evren, pointant des désaccords de fond dans différents domaines. « On n’a jamais défendu le nationalisme anti-européen, la retraite à 60 ans… »