Dépassés par le mouvement du 17 novembre, les politiques suivent plus ou moins
Suite à l’appel des gilets jaunes à manifester et bloquer les routes le 17 novembre, les partis d’opposition ont parfois du mal à se positionner face à un mouvement qu’ils n’ont pas initié. Tous affirment comprendre la colère des Français mais ne partagent pas le mode opératoire.

Dépassés par le mouvement du 17 novembre, les politiques suivent plus ou moins

Suite à l’appel des gilets jaunes à manifester et bloquer les routes le 17 novembre, les partis d’opposition ont parfois du mal à se positionner face à un mouvement qu’ils n’ont pas initié. Tous affirment comprendre la colère des Français mais ne partagent pas le mode opératoire.
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A quoi va ressembler le mouvement du 17 novembre contre la hausse des prix du carburant ? Alors que les appels au blocage se multiplient dans tout le pays, la classe politique a parfois du mal à se positionner face à un mouvement spontané, venu de la base.

Les oppositions, qui sentent bien le mécontentement, soutiennent plus ou moins. Surtout, ne pas être taxé de récupération. Accompagner, mais à distance. A droite, où on se fait fort d’avoir dénoncé depuis un moment la hausse des taxes sur le carburant, la question de la participation aux manifestations fait débat. D’autant que le numéro 1 de LR, Laurent Wauquiez, a annoncé sa présence aux côtés des gilets jaunes dans son département de la Haute-Loire, sans soutenir les blocages.

Peu du goût du sénateur LR de la Meuse, Gérard Longuet. « La parka rouge avec le gilet jaune fera une couleur insolite car se sont les couleurs de la Lorraine. Ce n’est la place d’un élu du peuple car il tire son autorité des manifestants. Ce n’est pas l’image que j’ai d’un élu du peuple » s’est démarqué l’ancien ministre, invité de la matinale de Public Sénat ce mardi. Regardez :

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« Dans ma commune, je serai présent. On est avec eux, évidemment »

Son collègue LR Rémy Pointereau, sénateur du Cher, ira lui sur le terrain. « Dans ma commune, je serai présent. On est avec eux, évidemment ». Mais il ne veut pas « qu’on dise qu’on récupère ». « Ça va prendre dans les milieux ruraux » dit-il. En Haute-Garonne, son collègue Alain Chatillon sent bien qu’« il y a une colère qui monte ». Mais il craint les conséquences des blocages des routes : « C’est le rural qui va être bloqué ». Il soutient « non pas le mouvement, mais l’idée de rééquiibrer » les prix à la pompe. Lors du passage du budget, le groupe LR va proposer des amendements pour revenir sur la hausse des taxes ou fixer un rendez-vous annuel sur leur niveau.

Pour François-Noël Buffet, député LR du Rhône, la hausse des prix des carburants « est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Il y a une forme de ras-le-bol dans le pays. Il faut entendre la France qui souffre ».

Mais la crainte des autorités comme des politiques, c’est d’être justement débordés. Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, a déjà prévenu qu’il était prêt à envoyer les forces de l’ordre face aux blocages des routes. « Il ne faut pas attiser le mouvement, être responsable » selon François-Noël Buffet. « Je ne crains pas les débordements. Mais c’est un mouvement spontané. Il y a toujours un risque » ajoute-t-il. Gérard Larcher, président du Sénat, a lui-même affirmé la semaine dernière « craindre » un affrontement.

« Nos concitoyens sont chauds bouillants »

Mais à droite, certains soufflent sur les braises. Ou du moins, partagent l’exaspération. Le 31 octobre, lors des questions d’actualité, le sénateur LR de l’Ardèche, Jacques Genest, a mis en garde le gouvernement tout en appelant à manifester : « Souvenez-vous que la révolution est venue des campagnes. Tous, rendez-vous le 17 novembre, avec le tiers état ».

Sur la page Facebook du groupe LR, la vidéo explose depuis les compteurs. « Quand vous voyez la question de Jacques Genest, qui fait plus de 750.000 vues, je pense que nos concitoyens sont chauds bouillants » lâche un sénateur LR du Grand Est, plutôt inquiet par la tournure que pourraient prendre les événements. Il ajoute :

« Ma crainte, c’est qu’on soit dépassé. Ça peut nous péter à la figure. Il y a un contournement des corps intermédiaires, des élus, de la démocratie représentative. Aujourd’hui, personne ne tient ce qui est train de se passer ».

« Fracture sociale doublée d’une fracture territoriale »

A gauche, le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, « dénonce toute forme de récupération politique ». « Ce sont des citoyens qui se mobilisent face à une taxation devenue insupportable. Cette grogne doit être entendue. Il y a d’autres voies possibles que l’écologie punitive » selon l’ancien ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Il ne participera pas pour autant au mouvement, d’autant que l’opération est menée par « certains partis d’extrême droite ».

Son collègue Yves Daudigny sera pour sa part sur le terrain, samedi, dans son département de l’Aisne. « Le mouvement s’y développe. Je regarde cela avec beaucoup d’attention. Il y a une coalition de différents mécontentements. Ça touche au pouvoir d’achat, mais aussi au sentiment de déclassement dans les secteurs ruraux. Il y a une fracture sociale doublée d’une fracture territoriale. C’est très ressenti dans l’Aisne » explique Yves Daudigny. La semaine dernière, lors de la revenue d’Emmanuel Macron dans son département, à Rosoy-sur-Serre, le sénateur PS a pu en parler au chef de l’Etat :

« J’ai dit à Emmanuel Macron que la voiture, c’est notre métro à nous. Entre les radars, les 80km/h et l’essence, il y a une série de mesures qui s’accumulent et touchent à la voiture ».

Alors samedi, il rencontrera « certainement les manifestants, à Marle », sa ville, où les gilets jaunes se sont donné rendez-vous.

« La colère est légitime parce qu’il y a un mensonge de la part de ce gouvernement »

Du côté des communistes, on comprend l’exaspération, sans suivre aveuglément l’appel du 17 novembre. « La colère est légitime, parce qu’il y a un mensonge de la part de ce gouvernement, qui est double : on fait une taxe sur les carburants alors que moins de 20% va aller à la transition écologique. Ce n’est pas un gouvernement qui a une sensibilité écologique, mais un gouvernement libéral qui cajole le capital. Et il a un hold-up fiscal car on fait peser sur la consommation les cadeaux fiscaux faits aux plus riches. Et les salaires sont bloqués, les retraites baissent. Les familles populaires sont les plus touchées » fustige le sénateur PCF Fabien Gay.

L’élu de Seine-Saint-Denis ne sera pas pourtant autant avec les gilets jaunes, samedi, aux carrefours ou sur les routes. « Je veux bien prendre d’autres initiatives mais sur une base claire : révolution sociale en même temps qu’une révolution écologique ». « Il y a des gens en colère, mais il y en a d’autres, venus de l’extrême droite, qui l’ont orchestrée » selon Fabien Gay, ce qui lui pose problème. Il ajoute :

« Une idée devient une force quand elle est portée par les masses. Mais la colère, on l’organise. Sinon, ça peut partir n’importe comment et pas toujours de la meilleure manière ».

Pour les partis traditionnels, c’est bien tout le problème du mouvement du 17 novembre, venu de simples Français. Ils se retrouvent dépassés car nombre de citoyens ne croient plus en eux, ou en l’action collective organisée par les syndicats. Les partis ne sont plus à l’initiative, mais se retrouvent suiveurs. Ils appuient, plus ou moins, cet objet politique pas clairement identifié, mais bien présent sur le terrain.

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