Cloué au pilori par l'enquête sénatoriale sur l'affaire Benalla, l'Elysée est engagé dans une vaste réorganisation qu'Emmanuel Macron a accélérée depuis le scandale et qui touche désormais jusqu'à sa garde rapprochée.
Sévère, la commission d'enquête a pointé mercredi des "dysfonctionnements majeurs" dans l'organisation de la présidence, affirmant que la sécurité du président avait été "affectée" par les agissements sans contrôle d'Alexandre Benalla, qui était officiellement "chargé de mission" du président.
Ce mot de "dysfonctionnements" revient sans cesse pour qualifier cette affaire qui a fortement ébranlé l'exécutif depuis l'été dernier. Il est cité dès le début, le 22 juillet, lorsque le chef de l'Etat demande à Alexis Kohler, son bras droit, des propositions pour réorganiser la présidence afin d'éviter de "nouveaux dysfonctionnements".
Il revient ensuite dans la bouche de nombreux responsables, comme Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement: il a récemment reconnu des "dysfonctionnements à l'Elysée" qui "sont insupportables et incompréhensibles pour les Français".
Le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler devant la Commission des lois du Sénat le 26 juillet 2018 à Paris
AFP
La question est très sensible car l'Elysée est une "machine complexe" qui emploie quelque 820 personnes aux profils très différents entre les employés permanents, parfois présents depuis des décennies et mis à disposition par des ministères, et ceux qui arrivent dans le sillage de l'élection du président.
Alexandre Benalla faisait partie de ces derniers. Il a suivi Emmanuel Macron après avoir montré son utilité durant la campagne au plus près du candidat dont il assure la protection. Dans leur rapport, les sénateurs pointent "la liberté d'action" que lui a accordée le chef de l'Etat depuis son entrée à l'Elysée. Jusqu'à empiéter, selon eux, sur les prérogatives des services chargés d'assurer la sécurité du président à l'Elysée et lors des déplacements.
Depuis des décennies, les critiques sont récurrentes sur le mode de fonctionnement de l'Elysée, souvent qualifié d'"inadapté" pour la cinquième puissance mondiale, d'"archaïque" ou d'"opaque", et parfois affaibli par les ambitions personnelles et les concurrences entre services.
- Bouleversement de l'entourage -
Dès son arrivée à l'Elysée, Emmanuel Macron a souhaité l'adapter et le moderniser, fort de l'expérience des deux années qu'il y a passées comme conseiller de François Hollande. Un audit interne a été lancé, montrant la frustration de nombreux employés face aux défaillances de la gestion des ressources humaines.
Au début, le nouveau président restreint à 45 le nombre de conseillers au cabinet nommés au Journal officiel. Mais entrent aussi des collaborateurs qui ne figurent pas à l'organigramme, comme Alexandre Benalla.
La remise en ordre s'accélère après l'affaire Benalla qui éclate à l'été 2018. En septembre, Emmanuel Macron nomme un directeur général des services, Jérôme Rivoisy, dont la nomination n'a été officialisée au Journal officiel que début février.
Issu de la même promotion de l'ENA et ancien directeur général adjoint de Pôle Emploi, ce dernier lance une réorganisation autour de quatre directions: sécurité, regroupant protection hors les murs et à l'intérieur du palais; ressources et modernisation (achats, patrimoine, RH, budget, finances, archives); communication (presse, standard, veille..) et opérations (intendance, événements et voyages présidentiels, fonction support type imprimerie).
Ismaël Emelien, le "conseiller spécial" d'Emmanuel Macron (g), parle avec le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, le 17 janvier 2018 à l'Elysée
AFP/Archives
Dans ce cadre, quelques dizaines d'employés doivent être transférés dans des bâtiments situés dans le quartier de l'Alma, comme par exemple le standard téléphonique.
Cette réorganisation administrative se déroule en même temps qu'un bouleversement de l'entourage direct du président, fragilisé par l'affaire Benalla puis par la crise des "gilets jaunes".
Ont ainsi annoncé leur départ des fidèles parmi les fidèles, comme Sylvain Fort, directeur de la communication et plume du président, Ismaël Emelien, "conseiller spécial", ainsi que Stéphane Séjourné, conseiller politique.
Tous n'ont pas été encore remplacés, mais un nouveau conseiller spécial, Philippe Grangeon, est chargé, avec son expérience, d'aider Emmanuel Macron à lancer "l'acte 2" de son quinquennat avec le grand débat.
Parallèlement, des mesures sont prises pour éviter les "dysfonctionnements" sur l'utilisation des moyens de l'Elysée (véhicules, passeports de service...) qu'a mis en lumière l'affaire Benalla.
Plusieurs collaborateurs ont également été priés, selon une source à l'Elysée, de restituer leur passeport diplomatique, mesure éminemment symbolique en cette phase de turbulences.
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