Le maraîchage bio à petite échelle pour elle, le gros élevage de limousines pour lui: Sandrine Le Feur et Jean-Baptiste Moreau, deux "marcheurs" aux modèles agricoles éloignés sont en pôle position sur le projet de loi agriculture, illustration du "en même temps" macroniste.
La Bretonne de 27 ans, sur 37 hectares, engagée contre les pesticides, et l'éleveur de 41 ans à la tête d'une exploitation de 180 hectares, inscrits parmi les 16 députés de tous bords affichant une profession agricole, proviennent de deux mondes a priori éloignés.
Parties prenantes des Etats généraux de l'alimentation (EGA), ils représentent "deux sensibilités", confirme-t-on au groupe LREM. Mais "ce qui les rassemble, c'est l'exigence de transformer le système agricole pour permettre aux agriculteurs de vivre dignement" et "offrir à tous une alimentation de qualité".
Un pilier des "marcheurs" de l'Assemblée salue comme "une très bonne chose" leur complémentarité, pas forcément "calculée".
Derrière son apparence juvénile, Sandrine Le Feur, qui a confié pendant la campagne avoir "toujours voté à gauche" et a été membre de la Confédération paysanne, est déterminée. Cette novice en politique, épinglée à ses débuts pour une émission ratée, assure qu'aujourd'hui elle "maîtrise à peu près bien" le job avec "moins de stress".
Allure de bon vivant, Jean-Baptiste Moreau avait aussi eu des débuts timides, lorsqu'il avait posé la première question au gouvernement de la législature. Depuis, l'élu qui fonctionne bien en tandem avec le ministre Stéphane Travert, est très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, où il réplique notamment par tweets à Michel-Edouard Leclerc ou donne des nouvelles de ses petits veaux, photos à l'appui.
- "Prisme d'éleveur" -
La députée LREM Sandrine Le Feur (en dessous de Marine Le Pen et à droite de Stéphane Le Foll) lors de l'ouverture de session de la législature le 27 juin 2017
AFP/Archives
Depuis son élection, Sandrine Le Feur, installée il y a deux ans avec son compagnon, a réorganisé son exploitation, s'occupant du magasin de vente directe le vendredi. Jean-Baptiste Moreau a un salarié "depuis novembre, un autre à mi-temps" et son père de 66 ans, qui "jette un œil au moins".
"On a un petit peu deux visions différentes", notamment parce que dans la Creuse, où travaille Jean-Baptiste Moreau, il n'y a "pas beaucoup d'élevage industriel", note Sandrine Le Feur, membre de la Commission du développement durable. Elle a "tendance à aller un peu plus loin dans la transition agricole" que son confrère des Affaires économiques, expliquant être confrontée dans le Finistère à des problèmes comme les algues vertes ou les nitrates et côtoyer des agriculteurs dans "une détresse épouvantable".
Si elle n'est pas pour la vidéosurveillance dans les abattoirs, cette "marcheuse" voit comme "un manque" l'absence d'interdiction du glyphosate dans le texte, sujet qu'elle n'a "pas envie de laisser passer" pour ne pas se "mordre les doigts".
Cosignataire d'un amendement pour une interdiction dans trois ans avec des dérogations possibles sur deux ans, ce qui "respecte les engagements du président", Sandrine Le Feur veut croire qu'elle et le rapporteur n'ont "pas vraiment" une vision différente sur cet herbicide.
S'il avait déposé un amendement en commission posant le principe de l'interdiction avec des dérogations, le rapporteur ne l'a pas redéposé pour l'hémicycle.
Avec son collègue de la Creuse, la Finistérienne assure qu'ils "échangent régulièrement" et sont "complémentaires sur d'autres sujets".
"On n'a pas tout à fait le même angle" mais "on n'est pas si différents", abonde l'éleveur. Dans le Massif Central, bio et agriculture conventionnelle "se rapprochent" et de toute façon, "on n'est pas là pour opposer les agricultures et les modèles agricoles", tranche-t-il.
A ceux qui pourraient lui reprocher d'être juge et partie sur ce texte, l'élu répond avoir "évidemment un prisme d'éleveur" mais être "capable de prendre du recul", quitte à être taxé quasiment de trahison au bénéfice de la grande distribution par la FNSEA.
Chef de file des élus communistes, l'auvergnat André Chassaigne, salue "une personnalité attachante", dont le "vécu de paysan éleveur lui confère une vraie légitimité, des convictions", mais se demande si c'est "par naïveté qu'il se dit convaincu par les mesures".
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