Des coups, des couacs et des cases cochées: première session remuante à l’Assemblée
Des nouvelles têtes à foison, un Congrès, des couacs, des coups d'éclat et de premier projets phares du gouvernement adoptés: la...

Des coups, des couacs et des cases cochées: première session remuante à l’Assemblée

Des nouvelles têtes à foison, un Congrès, des couacs, des coups d'éclat et de premier projets phares du gouvernement adoptés: la...
Public Sénat

Par Charlotte HILL, et l'équipe AFP de l'Assemblée

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Des nouvelles têtes à foison, un Congrès, des couacs, des coups d'éclat et de premier projets phares du gouvernement adoptés: la première session à l'Assemblée de l'ère Macron qui s'achèvera formellement mercredi, aura été animée.

- Rentrée du renouveau -

Fin juin, plus de 420 primo-députés sur 577 entrent au Palais Bourbon. Ils provoquent un peu de confusion, jusqu'à la buvette où un "pauvre huissier" fait entrer tout le monde, "incapable de faire le tri entre députés et collaborateurs" du même âge, raconte une REM.

Entre selfies dans l'hémicycle et vocabulaire ("troller" chez les Insoumis ou "implémentation" côté REM), les codes sont bousculés. Idem pour les tenues: lavallière de Cédric Villani (REM), costume polynésien lavalava de Moetai Brotherson, et surtout absence de cravates des Insoumis, ensuite officiellement autorisée.

Pas le temps de s'installer pour les 7 groupes, nombre record: la campagne pour les postes clés démarre.

L'élection au poste stratégique de questeur du Constructif Thierry Solère, avec des voix REM, déclenche une première crise. Indignation des LR (premier groupe d'opposition en nombre), auquel le poste devait revenir.

François de Rugy, ex-écologiste passé à REM, décroche le prestigieux "perchoir" face à deux "marcheuses" ex-PS, prônant une Assemblée plus "moderne". Les premières réformes tombent début août: alignement sur le droit commun des retraites et allocations chômage des députés.

- Les REM, "godillots" sans capitaine? -

Fort de 314 membres, le groupe, allié à un MoDem qui a fait entendre sa musique, agace l'opposition, qui dénonce "godillots" ou "robots" prompts à tout voter. "Il faudrait hurler dans l'hémicycle? (...) Reproduire tous les comportements que nous dénoncions hier?", se défend Aurore Bergé sur Facebook, assurant: "Nous savons apprendre" les codes.

L'opposition épingle aussi la présence "intermittente" du chef de file Richard Ferrand.

Pour le chef de file communiste, André Chassaigne, la "mosaïque" REM "nécessiterait un timonier fixant le cap". L'Insoumis Eric Coquerel pronostique une tenue du groupe "à terme mission impossible", car "la diversité va finir par percer", des failles étant déjà apparues à l'occasion des textes sur la moralisation de la vie publique.

Mais, pour Damien Adam (REM), il n'y a "pas de difficultés" Ferrand, "simplement une courbe d'apprentissage du groupe". "Il y en a des bons (…) ils vont monter en puissance", pronostique un ténor de gauche.

Richard Ferrand vient de s'engager à appliquer "à la rentrée" des méthodes de travail "plus efficaces".

- Couacs et tensions -

Tensions sur des prises de parole et entre majorité et oppositions sont allées crescendo, contraignant parfois François de Rugy à revenir au perchoir, où des vice-présidents novices étaient un peu débordés. "Bizutage", selon le président.

Sur les lois de moralisation, les incidents se sont multipliés, entraînant d'incessants rappels au règlement.

Après une séance nocturne particulièrement houleuse fin juillet, le patron des députés socialistes de Nouvelle Gauche Olivier Faure a même dénoncé une Assemblée "ridicule", les REM renvoyant la responsabilité aux oppositions.

Le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, Christophe Castaner, également épinglé pour son absence, a été dépêché pour la fin des travaux. "L'Assemblée a bien travaillé", a-t-il vanté.

- Deux textes phares, deux scénarios -

Scénario clair sur la loi travail: Insoumis et communistes ont occupé le terrain, dans un face-à-face souvent tendu avec REM. A tel point qu'un Constructif s'est ému dans l'hémicycle d'être quelque peu "ignoré".

Sur les lois de moralisation, autre projet phare, les oppositions ont été croisées, basculant par moments dans une querelle entre "anciens" et "modernes".

- Opposition dispersée -

Les Républicains, séparés des Constructifs, et qui voient siéger au gouvernement plusieurs ex-collègues dont Edouard Philippe, ont parfois cherché leur ligne.

"Frustration" pour Nouvelle Gauche, même si Olivier Faure vante "une ambiance très nouvelle" entre des gens s'étant "parfois empaillés" auparavant mais ayant compris après leur "échec cuisant" devoir "agir différemment".

Les Insoumis, qui ont boycotté le Congrès convoqué par Emmanuel Macron, se sont illustrés dans la rue, sur les réseaux sociaux, et par des happenings dans l'hémicycle: Code du travail brandi pour dénoncer la réforme, ou 5 euros de conserves et autres paquets de pâtes contre la baisse des APL.

Les communistes, au style plus discret mais forts de nouvelles voix, s'affichent aussi déterminés.

Les FN, dépourvus de groupe, ont été peu audibles. Leur chef de file Marine Le Pen traîne "sa misère", selon un ténor de la majorité.

parl-chl/ic/chr/gf

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Des coups, des couacs et des cases cochées: première session remuante à l’Assemblée
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le