« Dès le soir de l’élection, la vie privée n’existe plus » la difficile place des Premières dames
Sous le feu des projecteurs, au cœur du pouvoir, les Premières dames n’ont pourtant aucun statut dans la Ve République. Jouent-elles pour autant un rôle de « potiche » ? Perdent-elles toute liberté quand elles entrent à l’Élysée ? Dans son documentaire « Neuf femmes aux marches du Palais », Élisabeth Kapnist décrypte les parcours et les personnalités de celles qui partagent la vie des Présidents.

« Dès le soir de l’élection, la vie privée n’existe plus » la difficile place des Premières dames

Sous le feu des projecteurs, au cœur du pouvoir, les Premières dames n’ont pourtant aucun statut dans la Ve République. Jouent-elles pour autant un rôle de « potiche » ? Perdent-elles toute liberté quand elles entrent à l’Élysée ? Dans son documentaire « Neuf femmes aux marches du Palais », Élisabeth Kapnist décrypte les parcours et les personnalités de celles qui partagent la vie des Présidents.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Elles habitent à l’Élysée, côtoient le pouvoir mais n’en possèdent aucun. Sans statut officiel, les Premières dames doivent se faire leurs places. Dans l’histoire de la Ve République, neuf femmes se sont succédé dans ce rôle. Une place parfois enviée mais compliquée au quotidien.

Quelle que soit leur origine sociale, leur parcours personnel avant d’arriver à l’Élysée, aucune Première dame, à l’exception peut-être de Bernadette Chirac, n’avait ambitionné de l’être. La femme devient une cible pour atteindre le président de la République. Et Claude Pompidou, qui subira des attaques personnelles, gardera comme beaucoup un souvenir amer de son passage à l’Élysée, qu’elle qualifie de « maison du malheur ».

Pour chacune d’entre elles une même impression ressort : la difficulté à trouver sa place. Yvonne de Gaulle dira de l’Élysée « tout le monde y est chez soi, sauf nous ». Manque de liberté, surveillance constante, la vie à l’Élysée n’est pas une sinécure.

À la recherche d’un espace de liberté

Première des locataires de l’Élysée sous la Ve République, Yvonne de Gaulle réussira à conserver une vie à côté. Si elle s’y installe, c’est par devoir, mais elle n’aime pas la vie mondaine, explique l’historienne Joëlle Chevé.

La femme du « Général » se ménagera un peu de liberté au cours des voyages officiels. Elle s’organise son emploi du temps et « parfois on la perd » raconte l’historienne, elle conserve une forme d’indépendance.

Cette autonomie, beaucoup vont la rechercher, sans toujours la trouver. Plusieurs Premières dames useront de leur fonction pour établir des fondations caritatives ou sociales. À la fois une façon de rendre la fonction utile et de se ménager un espace d’action personnel.

« Je ne serai pas une potiche »

Anne-Aymone Giscard d’Estaing par exemple, crée une Fondation contre la maltraitance des enfants, qu’elle dirigera ensuite pendant 35 ans. Danielle Mitterrand aussi œuvrera au travers de sa Fondation France Libertés. Femme indépendante et de caractère, cette dernière va utiliser son statut comme aucune autre n’a osé le faire avant ou après elle. Dès le départ elle l’affirme : « Je ne serai pas une potiche. » Et par ses prises des positions en politique internationale, elle ira jusqu’à agacer les diplomates du Quai d’Orsay.

Enfin si Bernadette Chirac assumait la fonction en véritable maîtresse de maison à l’Élysée, elle laissera elle aussi son empreinte à travers l’opération pièces jaunes, une initiative caritative très populaire.

La modernité serait-elle restée aux portes du palais ?

Malgré les difficultés auxquelles elles se heurtent, les Premières dames du début de la Ve République semblent parvenir à exister sur la scène médiatique autrement que dans un simple rôle de représentation, et elles se ménagent ainsi des espaces de liberté.

À partir du quinquennat de Nicolas Sarkozy, le documentaire donne l’impression d’une pression accrue et d’une autonomie réduite. Même si les femmes disposent désormais en France d’une égalité de droit, ce qui n’était pas encore le cas au début de la Ve République, la place de Première dame semble encore d’avantage s’effacer. La modernité serait-elle restée aux portes du palais ?

Alors qu’Yvonne de Gaulle est encore peu apparue dans les médias quand elle accède à l’Élysée, la vie privée des simples candidats est désormais décortiquée. Une exposition médiatique très violente par exemple pour Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande lors de son accession à l’Élysée.

« L’Élysée ce n’est pas un endroit moderne »

« Dès le soir de l’élection je comprends que la vie privée n’existe plus » témoigne-t-elle devant la caméra d’Élisabeth Kapnist. Alors qu’elle réclame un baiser à François Hollande sur scène, la phrase est lue sur ses lèvres, « preuve qu’à la seconde même aucune intimité ne serait plus possible ».

Le courrier regorgera ensuite de lettres lui reprochant de vivre en simple concubinage avec le président. L’Élysée est un endroit de traditions, « l’Élysée ce n’est pas un endroit moderne, c’est un endroit centenaire, séculaire » rappelle Carla Bruni, qui s’est quant à elle, mariée à l’Élysée avec Nicolas Sarkozy. « Ça n’a pas dû être facile pour Valérie Trierweiler d’être là-bas sans être mariée ».

L’effacement de la Première dame

Le passage de Valérie Trierweiler à l’Élysée lui laissera un sentiment amer. Elle regarde avec admiration la Première dame qu’a été Danielle Mitterrand, « une combattante ». Comme le reflet d’une Première dame libre de parole qu’il n’est plus possible d’être aujourd’hui.

« Aujourd’hui une Première dame on lui demande d’être belle. On ne commente que les tenues de Brigitte Macron, On ne sait plus ce qu’elle pense, je trouve ça très dommage » regrette-t-elle. En effet, l’actuelle Première dame vit très en retrait de la scène médiatique, et est absente des réseaux sociaux.

La Première dame s’efface, et pourtant comme le rappelle le documentaire : « On n’élit pas un couple, mais c’est un couple qui entre à l’Élysée ».

Retrouvez le documentaire « Premières dames, neuf femmes aux portes du palais » d’Élisabeth Kapnist, ce soir à 18 heures, canal 13 de la TNT.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

« Dès le soir de l’élection, la vie privée n’existe plus » la difficile place des Premières dames
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le