Des millions et une plus-value boursière bien encombrants pour la ministre du Travail
Déjà mise en cause dans l'affaire Business France, la ministre du Travail Muriel Pénicaud fait face à un nouveau front, après les...

Des millions et une plus-value boursière bien encombrants pour la ministre du Travail

Déjà mise en cause dans l'affaire Business France, la ministre du Travail Muriel Pénicaud fait face à un nouveau front, après les...
Public Sénat

Par Sandra LACUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Déjà mise en cause dans l'affaire Business France, la ministre du Travail Muriel Pénicaud fait face à un nouveau front, après les révélations sur une plus-value boursière de plus de un million d'euros qu'elle a réalisée lors de son passage chez Danone.

Une pratique certes légale mais qui entache son image, en plein débat sur la moralisation de la vie politique et sur fond de polémique sur les coupes budgétaires annoncées par l'exécutif.

Après sa mise en cause dans l'affaire des conditions d'attribution d'un contrat pour l'organisation d'un déplacement d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, à Las Vegas en 2016, date à laquelle elle dirigeait Business France, la polémique sur ses gains parasite aussi sa mission: la mise en oeuvre rapide de la réforme du code du travail, mesure phare du quinquennat Macron.

La publication jeudi de la déclaration d'intérêts de Mme Pénicaud par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), révélant qu'elle a touché une somme de 4,74 millions d'euros net entre 2012 et 2014, alors qu'elle était directrice des ressources humaines chez Danone, a attisé la polémique lancée par des élus de gauche.

"Qu'est-ce qui va le plus entacher la confiance dans la vie publique, est-ce que c'est les histoires d'indemnités, nos notes de restaurant ou machin..., ou le +Pénicaudgate+ qui se dessine?", s'est exclamé l'Insoumis François Ruffin devant l'Assemblée Nationale vendredi.

"Ça devient ministre du Travail et ça vient dire qu'il faut plafonner les indemnités prud'homales plutôt que de plafonner les stocks-options. S'il y a quelque chose qui doit scandaliser aujourd'hui, (...) qui entache la confiance dans l'action publique, c'est bien cela", a ajouté M. Ruffin, lors de l'examen d'un amendement visant à encadrer les écarts de rémunération dans les entreprises, dans le cadre des débats sur les textes pour la "confiance dans la vie politique".

Vice-président LR d'Ile-de-France, Geoffroy Didier a appelé à questionner la "légalité" plutôt que la "morale" des faits reprochés à Muriel Pénicaud, tandis que Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a demandé "la démission" de la ministre.

- "Dépasse l'entendement" -

Sur RMC et BFM-TV, le secrétaire général de FO Jean-Claude Mailly a qualifié vendredi de "choquantes" les "sommes" avancées, mais pour lui "le problème de fond derrière tout ça, c’est le mode de rémunération des dirigeants des grandes entreprises” qui doit être "revu".

Même avis pour son homologue à la CFDT, Laurent Berger, qui déplore un "niveau de rémunération des dirigeants de certaines entreprises qui dépasse l’entendement.”

Jeudi, les sénateurs communistes avaient accueilli la ministre dans l'hémicycle en brandissant un exemplaire du quotidien l'Humanité, qui a révélé le jour même comment Mme Pénicaud a réalisé une plus-value de 1,13 million d'euros en 2013 alors qu'un plan social frappait 900 salariés du groupe agroalimentaire.

"Chacun a le droit d'avoir et d'exprimer son avis sur le niveau de rémunération", s'est défendue Mme Pénicaud dans Le Figaro. "En revanche soyons clairs, l'attribution du plan de stock-options évoqué dans la presse est bien antérieure à l'annonce du plan de départs volontaires, et n'a aucun lien avec ce dernier. Je ne peux donc que regretter ces amalgames", a-t-elle ajouté, reprenant les termes de sa défense la veille au Sénat.

La présidente du groupe communiste, Eliane Assensi, l'avait accusé d'avoir réalisé une plus-value "grâce à une flambée boursière en faveur de Danone suite à l'annonce de la suppression de 900 emplois".

"Nous sommes ici pour fabriquer la loi, non pour répandre des approximations démagogiques à propos de personnes singulières", lui avait rétorqué la ministre, indirectement prise à partie aussi par plusieurs autres élus communistes, insoumis ou socialistes.

Vendredi, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a cherché à dégonfler la polémique en estimant que le cours des actions de Danone ayant monté depuis, la ministre n'avait "finalement pas fait une bonne affaire".

Partager cet article

Dans la même thématique

Des millions et une plus-value boursière bien encombrants pour la ministre du Travail
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Des millions et une plus-value boursière bien encombrants pour la ministre du Travail
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le