Désistements, cas par cas, ni-ni : le camp présidentiel divisé sur la stratégie du second tour des législatives

Désistements, cas par cas, ni-ni : le camp présidentiel divisé sur la stratégie du second tour des législatives

Si les cadres de la macronie appellent à empêcher une victoire du Rassemblement national, par un désistement en cas de troisième position, nombre de candidats interprètent à leur guise les consignes nationales, qui virent parfois à la cacophonie.
Guillaume Jacquot

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Avec 306 triangulaires (et 5 quadrangulaires) issues des urnes au premier tour, la question d’un désistement ou d’un maintien des candidats en mauvaise posture va être déterminante pour la composition de la future Assemblée nationale. Le dilemme se pose en particulier pour les candidats du camp présidentiel, souvent arrivés en troisième position, derrière leurs adversaires du Nouveau Front populaire et du Rassemblement national. Au niveau national, les candidats de la coalition Ensemble (Renaissance, MoDem, Horizons, Parti radical) ont réuni 20,8 % des voix ce 30 juin. La stratégie à adopter agite le camp présidentiel depuis dimanche, qui peine à s’exprimer d’une seule voix. Sur le terrain, les stratégies hétérogènes des candidats du camp présidentiel illustrent le manque de cohérence d’ensemble dans la stratégie d’entre-deux-tours.

Le « cas par cas » et la « nuance »

Hier soir, Gabriel Attal a annoncé le désistement des candidats Ensemble arrivés troisième là où il y a un risque de victoire du RN et où le candidat arrivé en deuxième position « partage les valeurs de la République ». Une position exprimée également par le parti Renaissance. De son côté, le patron du MoDem, François Bayrou, a évoqué des désistements « au cas par cas ». « Il y a besoin d’une analyse circo par circo, pour regarder les réserves de voix possibles », déclarait également hier le président du Parti radical, Laurent Hénart.

Le « cas par cas », c’est aussi la position exprimée par Hervé Marseille, le patron de l’UDI et président du groupe Union centriste au Sénat. « Le but, cette semaine, c’est d’empêcher le Rassemblement national d’avoir une majorité absolue […] Le président de la République a qu’il fallait être autour des candidats clairement démocrates et républicains. Il faut regarder le parcours de chacun », a insisté le sénateur des Hauts-de-Seine sur notre antenne à la mi-journée.

La présidente sortante de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a elle aussi ouvert la porte à des nuances au sein des Insoumis, expliquant par exemple « ne pas traiter de la même façon » Caroline Fiat et David Guiraud.

Un « ni RN, ni LFI » qui irrite certains membres de l’aile gauche

Édouard Philippe, autre acteur du camp présidentiel, a appelé de son côté ses candidats arrivés en troisième position à se désister, tout en estimant qu’aucune voix ne devait « se porter sur les candidats du Rassemblement national, ni sur ceux de la France insoumise ».

Ce matin, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a fait preuve du même manque de flexibilité, en appelant, quand le candidat d’Ensemble n’est pas au second tour, « à voter pour un candidat du camp social-démocrate », c’est-à-dire « un représentant du Parti socialiste, du Parti communiste ou des Verts ». Excluant de facto tous les candidats présentés par la France insoumise. Certains parlementaires du camp présidentiel ont clairement pris leurs distances avec l’appel strict du locataire de Bercy. À l’image de Xavier Iacovelli, sénateur Renaissance, et ancien socialiste. « Le risque aujourd’hui, c’est que le RN soit majoritaire et donc c’est ça aujourd’hui les ennemis de la République, pas les LFIstes », a-t-il réagi ce matin sur Public Sénat.

D’autres députés sortants de l’aile gauche ont aussi défendu une consigne claire. « Aucune ambiguïté, aucun ni-ni. Le fait politique, c’est qu’on a l’extrême droite aux portes du pouvoir, donc on ne peut pas se permettre de tergiverser. Donc il faut faire barrage partout », appelait Clément Beaune, ancien ministre battu hier à Paris. « PARTOUT, Front républicain contre le Front national », a réagi sur X Sacha Houlié.

À la mi-journée, Emmanuel Macron a dû réunir ses ministres pour aborder l’épineuse question de la stratégie de l’entre-deux-tours. Au lendemain d’un appel à un « large rassemblement clairement démocrate et républicain », le chef de l’État a fait à nouveau du RN le principal adversaire. « Il ne faut pas se tromper. C’est l’extrême droite qui est en passe d’accéder aux plus hautes fonctions, personne d’autre », a-t-il déclaré, alors que plusieurs ministres se sont affichés partisans d’une ligne « ni-ni » . Gabriel Attal s’est, quant à lui, entretenu en visioconférence avec les candidats « Ensemble pour la République ». « Seul le RN peut avoir une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Ni le NFP, ni LFI, ne peut avoir de majorité absolue », a-t-il résumé, selon France Info.

Des maintiens que les candidats justifient par de meilleurs reports de voix

De fait, les consignes nationales de retrait envoyées des états-majors n’ont pas toujours été bien appliquées localement. Dans plusieurs circonscriptions, le candidat du camp présidentiel a refusé de se retirer, estimant être en meilleure posture que son adversaire de gauche pour le second tour. C’est le cas par exemple en Charente-Maritime, où Anne-Laure Babault, députée sortante MoDem, a choisi de se maintenir, s’estimant être « la seule à pouvoir faire face au RN car la seule à avoir des réserves de voix ». Avec 25,3 % des voix, elle est arrivée en troisième position derrière le candidat écologiste (26,9 %) et la candidate RN (34,4 %).

Même cas de figure dans la 14e circonscription des Bouches-du-Rhône où la candidate Renaissance Anne-Laurence Petel (28,91 %) refuse de laisser sa place au bénéfice du candidat PS Jean-David Ciot (29,48 %). Ici, le candidat RN en tête n’est pas si éloigné avec 31,65 %. « Le candidat de gauche a déjà perdu […] Je suis la seule à pouvoir rassembler les voix démocratiques et républicaines », a-t-elle motivé.

Plusieurs candidats Horizons n’entendent pas non plus s’effacer contre le candidat LFI, arrivé en deuxième position derrière un RN tutoyant les 40 % au premier tour. On retrouve ce cas de figure en Dordogne (1ère circonscription), dans l’Hérault (4e circonscription) ou encore dans les Alpes-Maritimes (1ère circonscription), la circonscription d’Éric Ciotti. « Un abandon au profit de LFI ou du RN serait une trahison de tout ce pour quoi je me suis engagé en politique », témoigne par exemple le candidat Horizons Clément Tonon en Dordogne.

Une volonté de ne pas laisser les électeurs « orphelins »

Porte-parole de Renaissance, Loïc Signor a aussi fait le choix de partir pour le second tour dans la 3e circonscription du Val-de-Marne, malgré un retard important (23,77 %) face à Arnaud Barbotin du Mouvement conservateur (27,31 %) et à l’insoumis Louis Boyard (42,17 %). Le candidat, qui affirme avoir reçu le soutien du Premier ministre, explique qu’il ne veut « pas laisser les électeurs orphelins d’un représentant des valeurs républicaines ».

Alors que plusieurs ministres se sont désistées, comme Marie Guévenoux (Essonne), Sabrina Agresti-Roubache (Bouches-du-Rhône) ou encore Fadila Khattabi (Côte-d’Or), Dominique Faure a l’intention de rester sur la ligne de départ du second tour. La ministre chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, issue du Parti radical, veut tenter sa chance malgré sa troisième position (28,99 %). « Se désister c’est donner un choix dans lequel je ne me retrouve pas », a-t-elle déclaré. Dans cette 10e circonscription de Haute-Garonne la ministre estime que le risque de victoire du RN « n’est pas là », sa candidate ayant obtenu 30,37 %, derrière le candidat PS à 36,24 %.

Malgré ces maintiens, le retrait reste l’attitude la plus courant dans la majorité, en cas de 3e position dans les circonscriptions proches d’une victoire du RN. Hier, la candidate Renaissance Albane Branlant a très vite annoncé jeter l’éponge, pour éviter une élection du RN au détriment de François Ruffin (groupe LFI). « Je fais une différence entre des adversaires politiques et les ennemis de la République », expliquait-elle.

D’autres ont joué la montre, espérant obtenir un retrait du candidat de gauche, pourtant mieux placé en termes de voix au premier tour. C’est le cas de Sylvie Casenave-Péré dans la 4e circonscription qui hier soir encore se maintenait. Avec 25,88 % des voix, elle a fait quasiment jeu égal avec Elise Leboucher, son adversaire LFI (25,94 %). Seulement 35 voix les séparaient, de quoi se disputer le rôle de la meilleure candidate face à Marie-Caroline Le Pen, la sœur de l’ancienne candidate à la présidentielle, qui a recueilli, elle, 39,26 % des voix. La candidate Renaissance a finalement renoncé.

Les candidats encore en lice ont jusqu’à mardi, 18 heures, pour décider de se maintenir, ou pas.

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