Deuxième tour des municipales à Bordeaux : retrait surprise de Philippe Dessertine, sécurité, mobilité… Que retenir du débat  parfois tendu entre Thomas Cazenave et Pierre Hurmic ?

Au lendemain du désistement de l’outsider Philippe Dessertine, arrivé en troisième position au premier tour des municipales à Bordeaux, Public Sénat, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest et la chaîne TV7, organisait un débat entre le maire sortant écologiste, Pierre Hurmic et Thomas Cazenave, candidat soutenu par le socle commun.
Simon Barbarit

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Ils auraient pu être trois. Ils n’étaient finalement que deux candidats pour ce débat d’entre deux tours des municipales à Bordeaux organisé par Public Sénat, en partenariat avec le quotidien Sud-Ouest et la chaîne TV7. Mardi soir, l’outsider Philippe Dessertine, qui refusait de s’allier à Thomas Cazenave pour le second tour des municipales, n’a finalement pas déposé sa liste, laissant le champ libre au député macroniste face au maire sortant écologiste, Pierre Hurmic qui a rassemblé 27,68 % des voix au premier tour contre 25,58 % pour l’ancien ministre des Comptes Publics.

« Violences, pressions, coups bas et attaques », dénonce Pierre Hurmic

Ce coup de théâtre qui pourrait rebattre les cartes au second tour, a occupé les premières minutes du débat. Pierre Hurmic avait, lui, refusé une fusion avec la liste du candidat LFI, Nordine Raymond (9,36 %) entre les deux tours au nom « de la constance » de ses positions. Il a indiqué ne pas regretter son choix et réservé ses attaques à son adversaire qu’il accuse « de brutalité » vis-à-vis de Philippe Dessertine (20,20 % au premier tour). « Dans l’histoire bordelaise, c’est la première fois qu’un candidat, au moment où il allait déposer sa liste, est débranché avec autant de violence, de pressions, de coups bas et d’attaques », a-t-il dénoncé.

Le retrait de Philippe Dessertine est survenu quelques heures après la publication d’une tribune de soutien à Thomas Cazenave, dans laquelle l’ensemble des présidents des grands partis de la droite et du centre écrivaient que « l’unité est la clé de la victoire » à Bordeaux.

« Aucune voix ne doit manquer », ajoutaient le président LR du Sénat, Gérard Larcher, ainsi que les dirigeants des Républicains, de Renaissance, du MoDem, d’Horizons, de l’UDI et Nathalie Delattre, présidente du Parti radical et colistière de Thomas Cazenave.

« La pression, c’est le résultat des urnes », répond Pierre Cazenave

L’ancien ministre s’est dit « très choqué » par les propos de Pierre Hurmic qu’il considère « prêt à tout pour se sauver ». « La pression, c’est le résultat des urnes. Philippe Dessertine le disait lui-même. Il ne pouvait pas gagner. Et le nombre de Bordelaises et de Bordelais que j’ai rencontré hier me disaient : unissez-vous, l’alternance est possible. Oui, il a eu la pression des électeurs », s’est-il défendu.

Le débat est entré dans le vif du sujet en abordant le thème de la sécurité. L’une des priorités qui a émergé dans les enquêtes d’opinion pour ce scrutin. Pierre Hurmic a défendu son bilan. « J’ai pris à bras-le-corps cette question ». Le maire écologiste s’est montré réservé sur l’utilisation des caméras de vidéoprotection, estimant que leur déploiement relevait des services de l’Etat car elles étaient surtout utiles pour dénouer les affaires judiciaires. « Mettant en garde contre le « technosolutionnisme », le maire sortant s’est montré plus favorable « à la présence physique des policiers ».

Son adversaire a lui estimé que la sécurité s’était dégradée à Bordeaux et juge nécessaire « d’avoir une brigade de police municipale la nuit » et d’armer toute la police municipale. Depuis un an seul un quart des policiers municipaux sont armés dans cette ville. Il a ensuite abordé l’un des thèmes de campagne chers aux Bordelais, celui de l’éclairage. « Pour sécuriser les Bordelaises et les Bordelais, il faut rallumer toute la ville la nuit », a-t-il proposé.

Les lumières de la ville

Pierre Hurmic a mis en avant le choc énergétique de 2022, « qui a poussé tous les maires des grandes villes à limiter l’éclairage la nuit ». « Quand la situation s’est améliorée nous avons pris la décision de rallumer largement la ville. Le centre-ville de Bordeaux a toujours été éclairé en permanence », a-t-il précisé. Ce que conteste Thomas Cazenave.

Sur les questions de santé, Pierre Hurmic a rappelé sa proposition de développer les centres de santé municipaux notamment la création dès 2027 d’un centre dans le quartier des Aubiers. Thomas Cazenave milite, lui, pour une incitation à l’installation des médecins dans la ville. Sa priorité se concentre sur la santé mentale des jeunes, avec la création d’une antenne de la maison des adolescents du côté de Bordeaux maritime et la formation des personnels municipaux à la « détection des fragilités ».

 

Rues piétonnes

Au sujet des mobilités, Pierre Hurmic assume la réduction de la place de la voiture au cours de son premier mandat. « C’est le sens de l’histoire ». « La fréquentation des transports collectifs à augmenter de 9 %, celle des vélos de 50 % », s’est-il félicité. Il précise toutefois ne pas qu’il n’était pas « anti-bagnoles ». « Je pense qu’il y a des gens qui n’ont pas le choix […] Si on développe les transports en commun et le vélo, c’est pour laisser aux gens qui n’ont pas le choix le monopole de la voiture ».

Thomas Cazenave a estimé que « la piétonnisation de la ville a été  trop rapide » et pénalisante pour les commerçants. « Je suis dans une position d’équilibre ou tout le monde doit trouver sa place […] Je ne vais pas rouvrir à la voiture des voies de bus », a-t-il indiqué en indiquant vouloir revoir les plans de circulation.

Enfin, le débat s’est conclu par le thème de l’attractivité de la ville. Deux points de vue se sont de nouveau fait face. Pierre Hurmic a considéré que le commerce était florissant dans les rues piétonnes, même s’il reconnaît qu’il faut plus de « souplesse dans les relations entre la ville et les commerçants ». « On a des marges de progression ». Thomas Cazenave milite pour des tarifs incitatifs de stationnements le week-end « pour redonner envie de Bordeaux ». « Il faut concerter avant d’aménager. Les commerçants de la place des chartrons, on ne les a même pas concertés avant d’aménager », a-t-il fustigé. Ce que conteste son adversaire.

Le maire sortant a aussi défendu son bilan en termes de construction de logement, 10 000 entre 2020 et 2023, dont des logements sociaux, et sa décision d’avoir encadré les loyers. Thomas Cazenave a lui estimé qu’il n’y avait pas assez d’offres de logement. « Le nombre de permis de construire a été divisé par 2 et le nombre de logements sociaux a augmenté de 28 % », a-t-il déploré en citant sa proposition visant à transformer 50 000 mètres carrés de bureaux vacants en logements.

Le scrutin s’annonce serré dimanche soir pour le second tour, même si le retrait de Philippe Dessertine pourrait offrir au camp macroniste, grand absent du scrutin au niveau national, une victoire symbolique dans cette métropole.

 

 

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