Paris: Michel Barnier declaration politique generale
Le Premier ministre Michel Barnier a prononce, ce mardi 1er octobre 2024, sa declaration de politique generale - DPG, devant les deputes a l Assemblee nationale, a Paris. Paris, FRANCE - 01/10/2024 On Tuesday 1st October 2024, French Prime Minister Michel Barnier delivered his general policy statement - DPG, before Members of Parliament at the National Assembly in Paris. Paris, FRANCE - 01/10/2024//04HARSIN_BARNIERDISCOURSPOLITGALE022/Credit:ISA HARSIN/SIPA/2410011707

Discours de Michel Barnier : « C’est un discours de bon père de famille, sans prise de risque », estime Philippe Moreau-Chevrolet  

Le premier ministre ne s’était pas beaucoup livré sur ses priorités politiques depuis sa nomination à Matignon. Si la déclaration de politique générale donne quelques grandes orientations, Michel Barnier a cherché à insuffler un changement de méthode par rapport à ses prédécesseurs. Une tentative d’apaisement qui pourrait être de courte durée.
Henri Clavier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Ecoute, respect et dialogue. Trois mots martelés par Michel Barnier durant sa déclaration de politique générale devant les députés. « Je l’ai dit dès le premier jour : nous écouterons et nous respecterons chacune et chacun d’entre vous », a notamment affirmé l’ancien commissaire européen. Face à une Assemblée politiquement fracturée, le premier ministre a voulu rassurer, se démarquer de ses prédécesseurs et se poser en défenseur de l’intérêt général. S’il s’est démarqué par son flegme et son calme, le fond du discours reste prudent et témoigne d’une marge de manœuvre politique extrêmement restreinte. En effet, alors que ses soutiens et les membres de son gouvernement affichent leurs priorités et leurs lignes rouges, la véritable capacité d’action de Michel Barnier reste incertaine. Néanmoins, le gouvernement Barnier est toujours sous la menace de l’adoption d’une motion de censure dans les semaines qui viennent, le Rassemblement national continuant de faire planer le doute sur sa volonté de voter une motion de censure.  

Un discours d’apaisement, mais très général  

Durant son discours, l’ancien négociateur de l’Union européenne pour le Brexit a voulu cultiver l’image d’un homme calme, notamment face aux huées d’une partie de l’hémicycle. « C’est un discours qui se veut rassurant, calme, il pèse tous ses mots. Il cherche absolument à éviter les clivages, il se pose en négociateur », analyse Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po Paris et co-fondateur de l’agence MCBG conseil. « C’est un homme qui n’a rien à prouver et qui le met en avant, on sent qu’il essaye d’imprimer un rythme, un peu lent, un peu austère mais aussi avec simplicité et humilité », abonde Emilie Zapalski, fondatrice de l’agence Emilie Conseil, spécialisée en communication politique. Une approche qui tranche avec la tension qui règne en séance depuis la dernière élection présidentielle.  

En présentant ses « chantiers prioritaires » (pouvoir d’achat, qualité des services publics, sécurité au quotidien, maîtrise de l’immigration, fraternité), Michel Barnier souhaite « se placer en serviteur de l’intérêt général », juge Emilie Zapalski. Néanmoins, malgré ces priorités, le contenu du discours de politique général reste vague et peu d’annonces ont été faites. « C’est un discours de bon père de famille, mais c’est une déclaration de politique très générale, sans prise de risque », constate Philippe Moreau-Chevrolet. Sur la plupart des sujets, Michel Barnier formule davantage des invitations à la discussion que des pistes claires de travail.  

Renouer le dialogue  

Si la teneur du discours était aussi générale, c’est sans doute pour crédibiliser la méthode que le premier ministre souhaite mettre en œuvre. En effet, l’approche « jupitérienne » d’Emmanuel Macron a pu crisper, au Parlement comme au sein des classes moyennes et populaires. « Il a voulu rassurer les classes moyennes en faisant presque un inventaire à la Prévert des professions et catégories sociales à rassurer comme les aides-soignants, les professeurs, les policiers », relève Philippe Moreau-Chevrolet.  

Michel Barnier a également insisté sur sa volonté d’amorcer « un renouveau du dialogue social », sur son souhait que « le Parlement, débatte, ajuste, améliore » ou sur son respect et sa confiance envers les partenaires sociaux. Une approche qu’il compte mettre en œuvre pour la négociation d’une réforme de l’assurance chômage, sur une adaptation de la réforme des retraites ou sur la loi sur la fin de vie. Une façon, peut-être, de se démarquer de ses prédécesseurs et particulièrement de Gabriel Attal. Dans son discours de politique générale, l’ancien locataire de Matignon avait multiplié les annonces affichant son volontarisme politique et son envie d’insuffler une nouvelle phase du macronisme. « Cela lui permet de critiquer en creux la méthode macroniste, en prônant une approche qui respecte et qui considère un peu plus tout le monde. Cela donne l’impression d’une recherche du compromis », considère Emilie Zapalski.  

Un premier ministre macroniste ?  

Un point pas forcément partagé par Philippe Moreau-Chevrolet qui pointe à l’inverse la posture très « centriste » du premier ministre : « Il incarne, presque physiquement, les électeurs macronistes qui sont en grande partie des seniors issus de catégories socio-professionnelles supérieures ». Le communicant y voit pratiquement un retour au macronisme d’origine prônant le dépassement des clivages politiques, le refus des positions dogmatiques, tout en plaçant l’ordre et la stabilité des finances publiques comme priorités. « Sur le fond, je n’ai rien vu de nouveau, on est passé de la start-up nation à la carte senior », continue le communicant.  

Une marge de manœuvre extrêmement faible  

Tout au long de son discours, Michel Barnier a fait preuve d’une certaine prudence, symbole de sa faible assise politique à l’Assemblée nationale. « Il va de la taxe des superprofits jusqu’à l’immigration », note Emilie Zapalski qui y voit une façon de ménager les différentes forces politiques. Malgré une ouverture sur la fiscalité, critiquée par les députés du groupe Ensemble pour la République, la longévité du gouvernement de Michel Barnier reste entre les mains du Rassemblement national. Sur deux de ses chantiers prioritaires, la sécurité et l’immigration, Michel Barnier a repris une partie du discours de la droite la plus dure, affirmant par exemple que la France ne maîtrise pas « de manière satisfaisante [sa] politique migratoire ». « Il sera toujours surveillé par le RN, c’est d’ailleurs sur sa proposition de créer des peines courtes qu’il a été le plus précis », estime Emilie Zapalski. « L’extrême-droite a eu droit à quelques clins d’œil sur l’immigration. Puis lorsqu’il a évoqué les discriminations et le racisme, il a aussi insisté sur les dangers du communautarisme », souligne Philippe Moreau-Chevrolet. 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Discours de Michel Barnier : « C’est un discours de bon père de famille, sans prise de risque », estime Philippe Moreau-Chevrolet  
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le