Bayrou dossier ok

Discours de politique générale de François Bayrou : « Si c’est un jeu de dupes, on censurera », prévient Patrick Kanner

Malgré une avancée sur les retraites, avec un retour à la table des discussions avec les partenaires sociaux, « le compte n’y est pas » pour une bonne partie des socialistes, après le discours de politique générale de François Bayrou. Pourtant, « il y avait un accord » avec les ministres, confie le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner. Mais le premier ministre s’est montré peu précis, voire maladroit, pour donner le change au PS.
François Vignal

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C’est le « money time », comme a dit ce matin Olivier Faure, numéro 1 du PS. Après le discours de politique générale de François Bayrou, les socialistes ont la désagréable impression de ne pas avoir été payés comme ils attendaient. Pendant l’heure et demie de son discours, François Bayrou a certes fait une avancée sur les retraites. Et… c’est à peu près tout.

Le premier ministre n’a pas prononcé le mot de « suspension » de la réforme, demandé par le PS, mais a annoncé remettre les partenaires sociaux autour de la table, dès vendredi. Tout est sur la table, y compris l’âge légal de 64 ans. Il est prêt à revoir la copie, mais à condition de trouver les conditions de financement.

« Le compte n’y est pas. Où sont vos engagements ? Où sont vos compromis ? »

A la tribune de l’Assemblée, Boris Vallaud, à la tête du groupe PS de l’Assemblée, salue cette évolution. « Vous avez annoncé que tout était négociable, même l’âge de 64 ans. C’est notre demande. Et la perspective d’une loi avant l’été », souligne le député PS, qui ajoute que « personne ne se déshonore d’un retour devant les partenaires sociaux ». « Mais nous ne pourrons nous satisfaire qu’en l’absence d’accord, nous revenions à la loi antérieure », prévient Boris Vallaud.

Surtout, le patron des députés PS enchaîne sur la liste des courses socialistes, pour dénoncer le caddy désespérément vide. « Il n’y a rien d’excessif dans nos demandes. Et pourtant, vous n’en avez pas dit un mot. Alors je voudrais vous interroger. Je veux savoir où on en est de ce projet de contribution sur les hauts revenus ? […] Sur l’augmentation du taux de la taxe sur les transactions financières ? […] Sur la suppression de 4.000 postes dans l’éducation ? » énumère Boris Vallaud. Et de conclure : « A vous écouter, je dois vous dire que le compte n’y est pas. Où sont vos engagements ? Où sont vos compromis ? »

Dans la foulée, son homologue du Sénat, Patrick Kanner, ne cache pas sa perplexité, voire sa déception. « Très clairement, dans le discours du premier ministre, il manquait de très nombreuses mesures, quasiment toutes, que nous avons négociées cette semaine. Le compte n’y est vraiment pas », affirme à publicsenat.fr le président du groupe PS du Sénat, « il nous faut des réponses. On va voir s’il répond ». « Certes, il y a la méthode pour aboutir à une réforme des retraites, pour ne pas dire une abrogation finale. Tout est ouvert et on renvoie aux partenaires sociaux. Très bien », reconnaît le sénateur PS du Nord.

« On a tous été stupéfaits de la pauvreté du discours de François Bayrou »

S’il est d’autant plus étonné, c’est que Patrick Kanner soutient qu’un accord était bien là, après les discussions avec les ministres. « Hier après-midi encore, on a passé deux heures avec les ministres Eric Lombard, Amélie de Montchalin, Catherine Vautrin. Des engagements ont été pris. Mais les engagements des ministres, ce n’est pas ceux du premier ministre. On veut savoir si tout ça, c’est du pipeau ou un problème de forme », lance l’ancien ministre de François Hollande, qui ajoute encore :

 

 Il y avait un accord pour au moins pas de censure sur le discours de politique générale. Très honnêtement, la balance part du mauvais côté. Je suis surprise de l’absence d’élément. 

Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

Sur quels sujets les ministres ont-ils lâché dans le huis clos des négociations ? « Les 4.000 postes dans l’éducation nationale, la journée de carence complémentaire pour les fonctionnaires, la taxation des hauts patrimoines, la taxe électricité. On avait facilement 25 ou 30 mesures différentes », soutient Patrick Kanner, avant de prévenir : « Si ce n’est pas évoqué dans le discours de politique générale, il faut quelque chose qui montre que tout ça n’est pas passé à la trappe, sinon c’est un jeu de dupes manifeste. Et si c’est un jeu de dupes, on censurera », lance Patrick Kanner, pourtant l’un des plus allant pour la non-censure.

Même étonnement de son collègue Rémi Féraud. « On a tous été stupéfaits de la pauvreté du discours de François Bayrou. On n’attendait pas un catalogue de généralités aussi pauvre en contenus concrets, un peu hors sol, hors de la période politique », lâche le sénateur PS de Paris. Celui qui brigue la succession d’Anne Hidalgo se dit « très surpris. Et un vrai sujet de déception, c’est qu’il n’y a aucune mesure fiscale ».

« Nous avons obtenu une avancée majeure pour les Français sur les retraites », selon Rachid Temal

Un socialiste a au moins été en partie satisfait, à l’issue du discours. C’est Rachid Temal. « Si je dois juger globalement, je dirais « élève en progrès, mais peut beaucoup mieux faire. Nous attendons mieux et les prochains contrôles seront déterminants » », sourit le sénateur PS du Val-d’Oise.

L’évolution sur les retraités lui convient. « Grâce à la négociation qu’a engagée le PS, on voit que c’est le retour du dialogue social. Et tout est sur la table. Tout est modifiable. On peut considérer que dans les faits, il y a bien une nouvelle négociation de la mauvaise réforme de 2023. Donc nous avons obtenu une avancée majeure pour les Français », estime Rachid Temal, qui fait partie de la motion d’Hélène Geoffroy au sein du PS, opposante d’Olivier Faure. Il ajoute :

 Au moment où nous parlons, je considère qu’il ne faut pas censurer, car le symbole des retraites a été obtenu. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura jamais de censure. 

Rachid Temal, sénateur PS du Val-d'Oise.

On le voit, les socialistes ne sont pas tous alignés sur la marche à suivre. « Ce midi, on a eu un bureau national ferme, où certains étaient pour voter la censure, d’autres étaient contre », confie Patrick Kanner. « mais beaucoup de ceux qui étaient contre voter la censure s’interrogent aujourd’hui ».

« Il reste 48 heures (avant le vote sur la motion de censure déposée par des députés LFI, écologistes et communistes, ndlr) pour que le premier ministre apporte des réponses. Et le moment venu, le juge de paix, ce sera le budget 2025 », souligne, depuis la Salle des Conférences du Sénat, Simon Uzenat, sénateur PS du Morbihan. A moins que François Bayrou ne cherche à théatraliser la séquence, en lâchant plus lors de sa réponse aux présidents de groupes, après son discours. « Ce serait étonnant. Mais il est étonnant », constate Rémi Féraud.

Dans un second temps, François Bayrou apporte des réponses au PS

C’est pourtant bien ce qu’il se passe, deux heures après, dans ce drame en trois actes. Répondant à chaque président de groupe, François Bayrou apporte une série d’éléments à Boris Vallaud. Il répond alors, en partie, aux interrogations des socialistes dans une longue prise de parole, parfois maladroite et peu claire, dans le brouhaha de l’Assemblée.

Sur « la taxe sur les hauts patrimoines », il souligne que la mesure, issue du budget Barnier, « a été votée au Sénat », tout en rappelant le problème de la non-rétroactivité fiscale. Il promet cependant « sur le budget 2025 une évolution vers ce type de contribution, qui sera envisagée ». Sur le budget de l’hôpital, l’Ondam, il passera de 2,9 % à « 3,3 % », soit « des milliards supplémentaires ». Sur le jour de carence, « on essaie de trouver un équilibre sur ce point », renvoyant au « débat budgétaire ».

Education : « Il n’y aura pas de baisse des postes mis au concours pour le recrutement »… « mais n’oubliez pas que nous n’arrivons pas à recruter »

Sur la suppression des 4.000 postes dans l’éducation, le premier ministre se montre particulièrement peu clair. Il rappelle d’abord les « 2.000 postes pour enfants handicapés » créés. « Ce qui veut dire qu’il n’y a plus que 2.000 postes qui sont en question », soit ce qu’a déjà voté le Sénat, qui a ramené de 4.000 à 2.000 le nombre de suppressions de postes…

« Il n’y aura pas de baisse des postes mis au concours pour le recrutement », assure ensuite François Bayrou, avec des ministres qui lui soufflent des réponses, « mais n’oubliez pas que nous n’arrivons pas à recruter. Que les postes que nous affichons, ce sont des postes théoriques, qui ne sont pas remplis par les candidats au concours ». Autrement dit, il devrait bien y avoir, dans les faits, moins de postes.

Sur la taxe sur les transactions financières, il renvoie là aussi à ce qu’a déjà examiné le Sénat, qui a voté une « augmentation du taux de 0,4 point. Et la demande des socialistes est à 0,5 point. Donc il me semble qu’on n’est pas loin ». Quant au prêt à taux zéro, « il a déjà été validé », comme « la taxe sur les rachats d’action », sans oublier un budget spécial en plus pour Mayotte et la Nouvelle-Calédonie. « Ça fait huit points de rencontre sur les dix que vous avez évoqués », conclut François Bayrou, visiblement satisfait.

Le PS censurera Bayrou sauf s’il obtient « une réponse claire » sur les retraites, prévient Olivier Faure

Si le tableau n’est pas aussi noir qu’ont pu le croire, au premier abord, les socialistes, pas sûr que tous soient totalement rassurés. En fin de journée, invité du 20 heures de TF1, Olivier Faure met un nouveau coup de pression au chef de gouvernement. Le PS censurera jeudi le gouvernement, sauf s’il obtient « une réponse claire » sur son exigence de soumettre au Parlement, « qu’il y ait accord ou pas accord » entre les partenaires sociaux, la question des retraites.

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