Discrimination positive ou égalité républicaine? L’émergence d’une élite des banlieues de nouveau en débat
Discrimination positive ou égalité républicaine? La question de l'émergence d'une élite issue des banlieues, largement sous...

Discrimination positive ou égalité républicaine? L’émergence d’une élite des banlieues de nouveau en débat

Discrimination positive ou égalité républicaine? La question de l'émergence d'une élite issue des banlieues, largement sous...
Public Sénat

Par Marie DHUMIERES

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Discrimination positive ou égalité républicaine? La question de l'émergence d'une élite issue des banlieues, largement sous-représentées dans les sphères du pouvoir, continue de diviser.

En annonçant mardi ses très attendues mesures pour les quartiers défavorisés, Emmanuel Macron va livrer son verdict sur une des propositions choc de Jean-Louis Borloo dans son rapport sur la banlieue, remis au gouvernement fin avril: créer une "Académie des leaders".

Cette "nouvelle grande école" au concours "aussi sélectif" que l'ENA est présentée comme une réponse à la "trop grande homogénéité de ces diplômés" et le "caractère formaté" des formations. Elle s'adresserait "dans un premier temps" aux jeunes issus des quartiers prioritaires afin de tenter de corriger un profond déséquilibre.

Selon l'Observatoire national de la Politique de la Ville, les élèves issus des quartiers prioritaires ne représentaient en 2015 que 3,2% des effectifs des classes préparatoires aux grandes écoles en métropole.

Cette proposition de discrimination positive qui ne dit pas son nom selon Malek Boutih, ancien député PS de l'Essonne et ex-président de SOS Racisme, relève d'un "choix politique extrêmement profond et inquiétant". Face aux inégalités, "c'est le modèle républicain qu'il faut défendre", assure celui qui refuse la "charité politique".

"Certains ont à gravir l'Everest quand d'autres grimpent une colline, mais il ne faut pas combler les inégalités avec des chemins différents", notamment en créant des "sous-grandes écoles", affirme-t-il, préférant saluer le modèle mis en place par Sciences Po Paris.

En 2001, constatant le "manque d'ouverture sociale et culturelle" du recrutement des grandes écoles, l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris a lancé des partenariats permettant à des lycéens de zones d'éducation prioritaire (ZEP) d'intégrer l'école via un recrutement spécifique.

Si, à son lancement, le concept avait dû faire face à une levée de boucliers dans un pays où tout ce qui touche de près ou de loin à la discrimination positive est explosif, d'autres établissements se sont, depuis, lancés dans des programmes dits "égalité des chances" ou "cordée de la réussite".

A Sciences Po, les plus de 1.700 étudiants admis par cette procédure - et qui suivent le même cursus que les autres - ont connu, selon l'Institut, une insertion professionnelle "en tous points semblable" à celles des étudiants intégrés par la voie classique.

- "Hypocrisie républicaine" -

Un "succès" qui reste toutefois minoritaire. Depuis vingt ans, estime le sociologue Thomas Kirszbaum "tous les cinq ans, on a des plans pour diversifier la fonction publique, qui ne sont soit pas appliqués, soit pas adaptés et encore moins évalués".

"Il faut s'interroger sur les concours de la fonction publique, sur les stéréotypes de ceux qui examinent les candidats, sur la place qui est faite à l'oral et à la +culture générale+, cette culture légitime de l'élite, à ces mécanismes qui permettent aux élites de s'auto-reproduire et de s'auto-sélectionner", avance-t-il.

Contrairement à l'"affirmative action" américaine, les dispositifs de discrimination positive "à la française" comme celui mis en place par Sciences Po se basent sur l'appartenance territoriale ou socio-économique, note-t-il aussi. "On met un voile pudique sur les inégalités qui sont de type racial ou ethnique", ajoute-t-il, soulignant "l'hypocrisie républicaine" d'un pays où "toute la politique anti-discrimination est pensée comme la réparation de torts individuels, ce qui empêche de regarder la situation des groupes qu'on appelle ailleurs des minorités".

Doyen de l'École d'affaires publiques de Sciences Po, principal pourvoyeur de candidats à l'ENA, Yann Algan estime lui "absolument vital" de "mélanger" dans la diversité les futurs acteurs des politiques publiques et leur apprendre à "coopérer", dès leurs études. "Il faut qu'ils soient formés ensemble", insiste-t-il.

"Si vraiment on veut faire de la question des inégalités d'accès aux positions de pouvoir un enjeu de politique publique, il faudrait commencer par mesurer les choses", conclut pour sa part Thomas Kirszbaum. "Mais comme on ne dispose pas d'appareil statistique pour mesurer les inégalités ethno-raciales, on n'a peu de moyens d'avoir une vision juste de la réalité des inégalités, et de se doter d'instruments de correction".

Partager cet article

Dans la même thématique

Discrimination positive ou égalité républicaine? L’émergence d’une élite des banlieues de nouveau en débat
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le

Several batches of infant formula sold in France and internationally have recently been recalled due to the potential presence of cereulide, a toxin produced by certain bacteria.
6min

Politique

Laits infantiles contaminés : « On est dans une situation qui est pire que le scandale Lactalis »

L’affaire des laits infantiles contaminés et rappelés ces dernières semaines va-t-elle tourner scandale sanitaire ? Plusieurs actions en justice ont été engagées contre les industriels et l’Etat. Pour Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants, la situation est bien plus préoccupante que le scandale sanitaire Lactalis fin 2017.

Le