Dissuasion nucléaire française élargie : « Impossible d’imaginer qu’il y ait 27 doigts sur un bouton »  pour Bernard Guetta

L’heure est à l’urgence pour les Européens. Dans un climat mondial tendu, avec les décisions américaines de ne plus participer massivement à la protection des Européens, les dirigeants des États membres de l’Union convergent vers l’idée d’une défense européenne commune, et surtout, d’un réarmement massif. À quoi correspondent les 800 milliards promis par la Commission européenne ? Pour quels achats ? Quid de l'élargissement de dissuasion nucléaire française aux autres pays européens ? Caroline de Camaret et Alexandre Poussart ouvrent le débat dans Ici l’Europe avec l’eurodéputé français Bernard Guetta, et l’Allemande Hannah Neumann du parti des Verts.
Mathieu Terzaghi

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Après le montant, le mode d’emploi. Deux semaines après avoir dévoilé l’objectif de 800 milliards d’euros d’investissement pour réarmer l’Europe, la Commission européenne a présenté mercredi 19 mars son livre blanc de la Défense. Il s’agit pour la Commission européenne de « pousser les Européens à investir ensemble, créer des systèmes interopérables -utilisables partout en Europe- et permettre une meilleure coopération en matière militaire ». Pour l’eurodéputé Renew Bernard Guetta, cette défense européenne fait désormais « l’unanimité » dans l’Union, après la menace des États-Unis de se désengager de l’OTAN.

Le réarmement, une priorité européenne

Cependant, pour les acteurs européens, le principal problème reste la dépendance européenne aux armes américaines. Pour y remédier, le livre blanc de la défense prévoit l’achat d’armements à composantes européennes à hauteur de 65% pour les armes simples et à 100% pour les équipements stratégiques. Pour Bernard Guetta c’est une « révolution » qui se met en marche. « L’Union européenne est en train, pour la première fois de son histoire, de s’affirmer en acteur politique de la scène internationale », assure-t-il.

Reste que la note risque d’être élevée pour les États, sur les 800 milliards d’euros prévus pour le réarmement, 150 milliards sont issus de prêts de la Commission européenne sur des marchés financiers, dans lesquels les États pourront puiser avant de les rembourser avec des taux d’intérêts. Une erreur pour l’eurodéputée Hannah Neumann, pour qui il aurait fallu privilégier les achats groupés.

La défense européenne fait-elle l’unanimité ?

Reste la question de l’extension du parapluie nucléaire des États européens jusqu’ici assuré par les États-Unis. Emmanuel Macron a expliqué vouloir ouvrir un « débat stratégique », le mercredi 5 mars dernier, sur l’emploi de la dissuasion nucléaire française. Une option qu’avait refusée Angela Merkel lorsqu’elle était au pouvoir, ce que regrette Hannah Neumann. Cette dernière plaide pour un transfert de certaines compétences en matière de sécurité et de défense de l’échelon national à celui européen.

Pour Bernard Guetta, c’est la France qui doit avoir le dernier mot sur le parapluie nucléaire : « Évidemment qu’il faudra des discussions, mais il est impossible d’imaginer qu’il y ait 27 doigts sur un bouton, évidemment qu’il n’y aura qu’un seul doigt (…) Dans l’Otan il n’y avait qu’une seule personne qui pouvait appuyer sur le bouton : le président des États-Unis ». « Ce n’est pas un partage », rappelle-t-il. Hannah Neumann préfère retenir que la notion de dialogue est présente, ce qui constitue déjà une avancée, selon elle.

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