Droits de l’Homme: l’ONG HRW « déçue » par Emmanuel Macron
Le directeur de l'ONG Human Rights Watch (HRW) s'est dit "déçu" par Emmanuel Macron, lui reprochant de faire passer les intérêts...

Droits de l’Homme: l’ONG HRW « déçue » par Emmanuel Macron

Le directeur de l'ONG Human Rights Watch (HRW) s'est dit "déçu" par Emmanuel Macron, lui reprochant de faire passer les intérêts...
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Par Hui Min NEO

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Le directeur de l'ONG Human Rights Watch (HRW) s'est dit "déçu" par Emmanuel Macron, lui reprochant de faire passer les intérêts de la France avant ceux des droits de l'Homme, délivrant à l'inverse un satisfecit à Angela Merkel.

L'ONG a présenté jeudi à Berlin son traditionnel rapport qui passe en revue les pratiques en matière de droits de l'Homme dans plus de 100 pays lors de l'année écoulée.

Dans un entretien à l'AFP, son directeur exécutif Kenneth Roth s'est montré très critique envers la France.

HRW avait "applaudi il y a un an la façon dont Macron avait mené sa campagne en défendant vigoureusement les principes démocratiques face au Front national", le parti d'extrême droite français, déclare-t-il.

"Je dois dire que nous avons été déçus l'année suivante", ajoute-t-il.

Si le chef de l'Etat français "continue de régulièrement défendre les droits de l'Homme en parole, nous constatons que lorsque des intérêts français sont impliqués (...) Macron garde le silence", critique-t-il, citant entre autre la politique migratoire restrictive de son gouvernement.

"Sa défense des droits de l'Homme s'arrête quand des intérêts français sont impliqués", a-t-il martelé, sans spécifier davantage.

- Bon point à Angela Merkel -

Il a en revanche accordé un satisfecit à Angela Merkel, en particulier pour avoir décidé la suspension des ventes d'armes à Ryad après le meurtre toujours pas complètement éclairci du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.

Le journaliste, qui collaborait avec le Washington Post, exprimait des positions critiques à l'égard de son pays.

D'autres pays européens ont également fait pression sur Ryad, a souligné Kenneth Roth, citant le Danemark ou encore la Finlande.

La France, deuxième pourvoyeur d'armes à l'Arabie saoudite après les Etats-Unis, avait de son côté décidé de poursuivre ses ventes. Et Paris avait critiqué à l'époque l'appel de l'Allemagne à lui emboîter le pas sur le gel des exportations d'armes.

"Angela Merkel est une dirigeante importante pour la défense des droits de l'Homme dans le monde", a poursuivi M. Roth, soulignant entre autres son "rôle essentiel" dans la mise en place l'an passé d'un cessez-le-feu dans la province rebelle d'Idleb en Syrie.

-'Riposte aux autocrates' -

la 29me édition du rapport de l'HRW met en exergue l'augmentation de "la riposte aux autocrates".

"Quand on revient sur l'année écoulée, ce qui nous a vraiment frappés, c'est moins les mauvaises nouvelles que la réaction" qu'elles ont engendrée, souligne M. Roth.

"Nous avons vu dans de nombreuses parties du monde une résistance significative (...) au sein de la population", a-t-il dit en référence notamment aux manifestations de décembre à Budapest contre le Premier ministre national-conservateur Viktor Orban, déclenchées par l'adoption d'une loi assouplissant le droit du travail.

Le rapport salue aussi l'émergence d'acteurs inattendus dans la défense des droits de l'Homme, telle que l'Organisation de la coopération islamique (OIC), qui rassemble 57 pays. L'OIC s'est jointe à un appel dénonçant les massacres de musulmans rohingyas en Birmanie, s'en prenant pour la première fois à un autre pays qu'Israël.

"Pour moi, il s'agit du nouvel allié le plus surprenant que nous avons trouvé" l'an passé, souligne le responsable.

Il a aussi cité le Groupe de Lima, mis sur pied par une douzaine de pays d'Amérique latine pour tenter d'aider à la résolution de la crise au Venezuela et qui pour la première fois a déposé une motion critiquant ce pays au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies.

M. Roth a relevé que dans le passé les pays de la région étaient très réticents à mettre en cause la situation des droits de l'Homme des Etats voisins.

"Une conséquence assez ironique de la décision de (Donald) Trump de se retirer du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU est que plus personne ne peut plus être accusé d'y faire le jeu de l'idéologie des Etats-Unis", a-t-il dit.

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