Ecoles privées hors contrat : feu vert du Sénat à une réponse plus rapide en cas de dérive
Les sénateurs ont adopté l’article 22 du projet de loi sur le respect des principes de la République. En cas de dérive ou de manquements répétés à la loi, il permet aux autorités de fermer administrativement un établissement d’enseignement privé hors contrat ou ouvert illégalement.

Ecoles privées hors contrat : feu vert du Sénat à une réponse plus rapide en cas de dérive

Les sénateurs ont adopté l’article 22 du projet de loi sur le respect des principes de la République. En cas de dérive ou de manquements répétés à la loi, il permet aux autorités de fermer administrativement un établissement d’enseignement privé hors contrat ou ouvert illégalement.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Le marathon parlementaire sur le projet de loi sur le respect des principes de la République se poursuit, avec cette fois les questions liées à l’éducation. Ce 6 avril, dans la soirée, le Sénat a adopté l’article 22 qui vient renforcer le cadre applicable aux établissements privés hors contrat. Il permettra aux pouvoirs publics de recourir à une fermeture administrative d’établissements scolaires privés hors contrat en situation d’infraction, ou ouvert de façon illégale, malgré les mises en demeure. L’article durcit également les sanctions sur leurs directeurs, en cas de non-conformité aux demandes des autorités. Les causes de fermeture sont aussi étendues, en cas de risques pour la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs, ou de manquements aux obligations en matière de contrôle de l’obligation scolaire et d’assiduité des élèves.

Les établissements hors contrat sont des établissements qui n’ont pas signé d’accord de convention avec l’Etat. Ils sont près de 1600, sur les quelque 10 000 établissements privés qui existent en France. Ils scolarisent 73 000 élèves dans le primaire et le secondaire, sur un total de 12,5 millions (comprenant le privé sous contrat et l’école publique).

De nouveaux cas de figure justifiant une mesure de fermeture administrative

Mis à part quelques changements rédactionnels, l’article a peu évolué au Sénat, après le passage à l’Assemblée nationale en février. Les sénateurs, en majorité de droite et du centre, ont soutenu cette procédure de fermeture administrative, plus rapide que l’attente d’une décision définitive de justice durant laquelle l’établissement continue à accueillir des élèves. Actuellement, seules des infractions relatives aux normes concernant les établissements recevant du public, ou concernant l’hygiène, pouvaient justifier une fermeture administrative. En commission, les sénateurs ont interdit la possibilité d’instruction en famille pour les enfants découverts dans « des écoles de fait » (des écoles clandestines).

La fermeture administrative d’écoles hors contrats « est très encadrée » selon Stéphane Piednoir
05:34

Moins médiatique que l’article 21 sur l’instruction en famille – sur lequel le Sénat s’est opposé à l’autorisation préalable – l’article 22 n’en a pas moins été considéré comme secondaire, par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. « Cette mesure-là va donner de l’efficacité à l’Etat dans les fermetures d’établissements hors contrat à la lumière de l’expérience qu’on a de la loi Gatel, de ses forces et de ses limites. Il faut ce complément. Il nous permettra d’être efficaces. »

L’article 22 renforce par ailleurs les obligations d’information de ces établissements. La transmission de l’identité du personnel ne sera plus limitée aux enseignants mais à l’ensemble des personnels. Le préfet ou le recteur pourront également exiger la transmission de n’importe quel document comptable en dehors des trois premières années de financement.

Des amendements du sénateur LR Max Brisson ont été adoptés. L’un prévoit que les résultats des contrôles « exposent précisément les explications et les améliorations que le directeur doit apporter » pour une mise en conformité de l’enseignement. Un autre dispose que le directeur devra régulariser la situation dans un délai d’un mois après un contrôle. Ce délai peut être raccourci en cas d’urgence (risques pour l’ordre public, la santé et la sécurité physique ou morale des mineurs, ou manquement en matière de contrôle de l’obligation scolaire et d’assiduité des élèves).

La loi Gatel qualifiée d’équilibre sur les conditions d’ouverture

En séance, la majorité sénatoriale a refusé de soutenir l’amendement déposé par les socialistes qui prévoyait de conditionner l’ouverture des établissements d’enseignement privés hors contrat à un régime d’autorisation, donc un contrôle a priori. Actuellement, ils sont simplement soumis à un régime de déclaration. « Ce dispositif constituerait le corollaire du régime d’autorisation pour dispenser l’instruction en famille, qui pourrait être bientôt requis, si l’article 21 était rétabli au cours de la navette parlementaire, on ne sait jamais », a anticipé le sénateur PS Jacques-Bernard Magner.

Opposé à cette idée, tout comme le ministre, le rapporteur Stéphane Piednoir a indiqué qu’un « équilibre » avait été trouvé dans la loi Gatel, du 13 avril 2018, qui a fait « consensus », selon ses mots. Ce texte, dont la sénatrice centriste Françoise Gatel a été à l’initiative il y a trois ans, a renforcé les modalités de contrôle des écoles privées hors contrat. Le régime de déclaration est suivi de trois mois durant lesquels le préfet ou le recteur peuvent s’opposer à l’ouverture d’un de ces établissements. « Cette loi a déjà fait ses preuves. Elle a permis au ministère d’empêcher davantage d’ouvertures d’écoles », a reconnu Jean-Michel Blanquer.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le