Edmond Simeoni: l’assassinat du préfet Erignac marque l’échec de ceux « qui voulaient la guerre »
Pour Edmond Simeoni, 84 ans, figure emblématique du mouvement nationaliste corse et père de l'actuel président de l'exécutif...

Edmond Simeoni: l’assassinat du préfet Erignac marque l’échec de ceux « qui voulaient la guerre »

Pour Edmond Simeoni, 84 ans, figure emblématique du mouvement nationaliste corse et père de l'actuel président de l'exécutif...
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Pour Edmond Simeoni, 84 ans, figure emblématique du mouvement nationaliste corse et père de l'actuel président de l'exécutif corse Gilles Simeoni, l'assassinat du préfet Erignac est un "acte radical (...) resté isolé", marquant l'échec de ceux qui "voulaient la guerre".

Partisan de l'autonomie n'ayant "jamais milité pour l'indépendance" de la Corse, il appelle, dans un entretien avec l'AFP à un dialogue "sans tabou avec l'Etat", un "exutoire démocratique" nécessaire pour éviter un éventuel retour de la violence dans l'île de Beauté.

Q: Comment avez-vous réagi en apprenant l'assassinat du préfet Erignac, le 6 février 1998?

R: "J'étais à Bastia quand la nouvelle est tombée. Ca a fait l'effet d'une bombe. Moi j'ai pensé que cet acte, qui était répréhensible --et je me suis immédiatement associé à la réprobation générale--, était un acte qui instaurait une nouvelle période de rapport avec l'Etat, défié au plus haut niveau, en la personne de son représentant. J'ai pensé que politiquement ça ne pouvait déboucher sur rien de constructif. C'est un fait qui interpelle dans sa brutalité, 98% des gens sont contre. J'ai été surpris par cet acte, par sa brutalité, par le choix de la cible, un acte qui obscurcissait l'avenir mais qui n'ouvrait aucune piste sauf le raidissement garanti, à 1000%, de l'Etat qui était déjà psychorigide avant mais alors là, c'est devenu un leitmotiv. Cet acte a touché l'icône, l'icône c'est la République".

Q: Qu'est-ce que cet assassinat a représenté dans l'histoire du nationalisme corse?

R: "Ça a représenté un acte radical qui est resté isolé. Il est resté isolé parce que ça n'a pas entraîné une radicalisation, il n'y a pas eu comme en Italie des exécutions de haut fonctionnaires. Ils voulaient la guerre mais ça n'a pas marché. Le mouvement clandestin n'a pas épousé ça, il n'a pas commencé à tuer des hauts fonctionnaires ou d'autres continentaux."

Q: Pensez-vous qu'il y a un risque de retour de la violence si les négociations avec Paris n'aboutissent pas?

R: "Il y a un risque très sérieux mais aucune volonté d'en découdre chez personne, ni chez les jeunes, ni chez les plus radicaux ni chez les anciens prisonniers ou autre. Mais par contre, si Paris ferme la porte à tout, (...), si vous ne trouvez pas un exutoire démocratique qu'est le dialogue sans tabou, sans violence, sans menace, surtout garantissant les intérêts légitimes des parties --pour nous qu'on a le droit à une identité et pour l'Etat qu'il a le droit à la protection de ses intérêts régaliens (...)---, alors la violence va naître. L'idéal serait d'enterrer ensemble la hache de guerre symbolique mais même s'il n'y a pas ça, ce serait de construire un avenir partagé respectueux du droit, de la démocratie, des intérêts légitimes des uns et des autres. On a autre chose à faire, générations après générations, que de passer notre temps à nous battre contre tous les occupants. On a envie de démocratie, on a envie de justice, on a envie de paix. On est entré dans un processus de révolution paisible."

Propos recueillis par Maureen COFFLARD

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