Edouard Philippe assume une « décentralisation qui accepte les désaccords »

Edouard Philippe assume une « décentralisation qui accepte les désaccords »

Face à la grogne des élus, le Premier ministre a justifié la politique du gouvernement, appelant à poursuivre le dialogue.
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L’ambiance était glaciale à Marseille, pour la venue, ce jeudi matin au Congrès des Régions de France, du Premier ministre Edouard Philippe. La veille, les élus des communes, départements et régions ont lancé un appel commun pour fustiger la « volonté recentralisatrice de l’Etat » dans un contexte d’efforts financiers réclamés aux collectivités territoriales. Autant dire que le chef du gouvernement, accompagné de plusieurs ministres, devait faire face à une véritable fronde. « Je suis tellement heureux d'être à Marseille que je serais bien arrivé hier mais j'ai compris que c'était compliqué » a-t-il tenté, devant un auditoire silencieux.

A l’instar d’Hervé Morin, qui l’a interpellé durement dans son discours, Edouard Philippe a souhaité répondre avec « franchise et amitié » à ses interlocuteurs. « L’appel, il ne manque pas de style, il ne manque pas d’allure. Peut-être il m’arrive de trouver qu’il manque de nuances » a souligné le chef du gouvernement. 

Peut-être que je ne suis pas complètement dans la cible. Ou peut-être que je suis la cible.

« Dans cet appel, je suis d’accord avec beaucoup de choses » a-t-il tenté de déminer. « Je ne nie pas nos désaccords. Je ne nie pas non plus l’importance des efforts que l’Etat vous demande. Je ne nie pas non plus l’importance des transformations que nous engageons. Mais nous avons été mandaté pour les engager alors nous les engageons. »

Il a surtout critiqué le « débat infondé sur la volonté de recentralisation ou d’ultracentralisation » du gouvernement.

Édouard Philippe critique le « débat infondé sur la volonté de recentralisation »
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« Dans notre Constitution, la décentralisation est aussi incontestable qu’irréversible. Je ne crois pas que nous gagnerions quoique ce soit à laisser penser que nous allons revenir sur une disposition qui est centrale. Personne ne veut revenir sur le caractère décentralisé de la République » 

Edouard Philippe est ensuite revenu sur la question cruciale des dotations. « Toutes les réductions d’impôts ou de charges, sont à la charge de l’Etat » a-t-il rappelé. « Pour pouvoir mettre en œuvre ces baisses d’impôts, il faut pouvoir  avoir une action forte sur la dépense. Sur cet aspect là, en 2018 comme en 2019, l’effort de l’Etat sur sa dépense sera supérieur à celui demandé aux collectivités territoriales. » Et de poursuivre : « Cet effort sera réalisé dans un contexte où les concours de l’Etat aux collectivités locales seront stables. »

« L’effort de l’Etat sur sa dépense sera supérieur à celui demandé aux collectivités » explique Edouard Philippe
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« La vérité, c’est que pour beaucoup d’entre nous, il était plus facile pendant longtemps de supporter la baisse des dotations du point de vue politique » a-t-il lancé. « C’était très désagréable du point de vue budgétaire et financier mais lorsqu’on était maire, président de conseil départemental, président de conseil régional, c’était assez facile de dire :’nous devons comprimer notre dépense parce que l’Etat baisse violement ces dotations’. C’est techniquement difficile à assumer. C’est politique très facile à assumer. »

« Il était plus facile pendant longtemps de supporter la baisse des dotations du point de vue politique » affirme Édouard Philippe
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Et face à la grogne des élus sur la contractualisation financière, le Premier ministre prend « le pari » de sa pérennité. « Ce n’est pas l’appel de Marseille mais le pari de Marseille. A l’avenir, quelque soit les gouvernements, on ne reviendra pas sur cette logique de contractualisation financière » affirme-t-il.

Concernant la Conférence nationale des territoires, dont la prochaine édition, centrée sur les finances locales aura lieu le 15 octobre, il souhaite la rendre « plus fluide, moins formelle » mais rappelle qu’elle « permet à  toutes les tranches des collectivités territoriales, d’échanger » même si cela « n’implique pas qu’elles se mettent d’accord. »

Matignon assume d’ailleurs parfaitement les divergences. « Oui, nous dialoguons et parfois nous ne sommes pas d’accord (…) Moi aussi, je lance mon appel de Marseille. Une décentralisation qui autorise les désaccords. » Malgré les applaudissements polis sur sa conclusion, pas sûr que le Premier ministre ait convaincu son auditoire.

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