Edouard Philippe, le « pote de droite » de Macron, lance son parti pour « peser »
L’ancien premier ministre lance samedi au Havre une nouvelle formation. « Loyal » à l’égard du chef de l’Etat, il entend surtout peser dans les équilibres de la prochaine majorité, si Emmanuel Macron est réélu. Mais il place aussi déjà ses pions en vue de la succession d’Emmanuel Macron. Certains lui prêtent des ambitions pour… 2027.

Edouard Philippe, le « pote de droite » de Macron, lance son parti pour « peser »

L’ancien premier ministre lance samedi au Havre une nouvelle formation. « Loyal » à l’égard du chef de l’Etat, il entend surtout peser dans les équilibres de la prochaine majorité, si Emmanuel Macron est réélu. Mais il place aussi déjà ses pions en vue de la succession d’Emmanuel Macron. Certains lui prêtent des ambitions pour… 2027.
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Un an et trois mois. Edouard Philippe n’aura pas attendu très longtemps, depuis son départ de Matignon, pour créer son parti. C’est ce que l’ancien premier ministre d’Emmanuel Macron va faire, ce samedi 9 octobre, dans sa ville du Havre. Mais quel est le sens de créer, en 2021, un nouveau mouvement politique de droite et de centre droit ?

Ces derniers mois, ils étaient nombreux, en Macronie, à s’interroger. Mais que cherche « Edouard » en laissant planer une forme d’ambiguïté ? Il semblait ne pas écarter l’idée d’être un éventuel recours. Depuis, le maire du Havre a rassuré tout le monde. « Mon soutien sera complet au président de la République en 2022 », a affirmé Edouard Philippe sur TF1, le 12 septembre dernier. Ce qui ne l’empêche pas d’organiser sa petite boutique. Ce sera chose faite donc, samedi, dans sa ville de Seine-Maritime.

Délégation de marcheurs présente au Havre

Mais au moment où LREM et le Modem veulent créer, d’ici la fin de l’année si tout va bien, une nouvelle maison commune, un parti démocrate à la française, censé rassembler le cœur de la majorité présidentielle, comment interpréter la création d’un nouveau parti pro Macron ? Histoire de montrer que tout ce petit monde s’entend bien, une délégation de marcheurs sera présente au Havre, dont Christophe Castaner, le président du groupe LREM de l’Assemblée, la députée Marie Guévenoux, le sénateur Martin Lévrier ou encore l’ex-sénatrice Bariza Khiari. Le président du groupe Modem de l’Assemblée, Patrick Mignola, fera aussi le déplacement. Tout comme le président du groupe Les Indépendants du Sénat, Claude Malhuret, et la sénatrice de son groupe, Colette Mélot. Tous deux sont membres d’Agir, le parti de centre-droit membre de la majorité présidentielle, qui va se trouver un peu en concurrence avec l’initiative d’Edouard Philippe. Des membres de l’UDI pourraient même faire le déplacement, dont peut-être un sénateur.

Sont aussi attendus dans l’assistance des maires déjà connus comme Macron compatibles, à commencer par celui d’Angers, Christophe Béchu, le maire de Reims, Arnaud Robinet, ou encore les maires de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, et celui de Fontainebleau, Frédéric Valletoux.

« C’est une brique de la majorité »

Pour la déléguée générale adjointe de La République En Marche, la députée Marie Guévenoux, ce nouveau mouvement ne pose pas de problème. Mieux : il fait sens. « Pour la réélection du Président, nous souhaitons rassembler la majorité la plus large possible. Edouard y occupe naturellement une place. Il peut apporter des hommes et des femmes qui n’ont pas fait le choix de rejoindre la majorité présidentielle jusqu’à présent », explique la députée, issue comme l’ex-premier ministre de la droite. Autrement dit, « c’est une brique de la majorité ». Marie Guévenoux n’a aucun doute sur la loyauté de l’ex-premier ministre : « C’est quelqu’un qui est très transparent dans ce qu’il dit. Il a dit qu’il était libre et loyal. Il a exprimé dans une grande clarté son soutien ».

« Edouard Philippe, c’est un pilier de la majorité. C’est une sensibilité de centre-droit, qui a vocation à s’exprimer », ajoute Roland Lescure, porte-parole d’En Marche. Le président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée ajoute cependant :

Tout ce qui peut concourir à élargir la majorité présidentielle, je trouve ça très bien. Tout ce qui diviserait me gênerait, mais je ne crois pas que ce soit dans cette logique.

« On ne rassemble pas en éparpillant »

Officiellement donc, tout va bien. Reste que quelques-uns, chez LREM, s’interrogent encore sous couvert d’anonymat. « Edouard Philippe fait ce qu’il veut. Nous, on a déjà un parti. On est en campagne et on a déjà prouvé qu’on rassemblait beaucoup de gens. Ça ne me fait ni chaud, ni froid », lâche un député LREM. Si son « inquiétude » n’est que « modérée », ce député remarque qu’« on ne rassemble pas en éparpillant ». Le même ajoute : « J’imagine que ça lui sert à quelque chose. Mais je ne suis pas sûr que ça nous serve à nous ».

Pour beaucoup, ce « quelque chose » ne fait pas de doute. C’est la présidentielle. Mais pas celle de 2022. Plutôt la suivante. C’est en réalité déjà l’après Macron qui se prépare… « Il n’y a pas d’ambiguïté sur son soutien à Macron en 2022. Après, qu’il ait des ambitions pour 2027… » glisse un responsable de la majorité présidentielle. Pour un ministre, ça ne fait pas un pli :

Il pose des jalons pour 2027. Et dès le soir du premier tour, si Macron est réélu, la course des petits chevaux est lancée. (un ministre)

« 2027, c’est Bayrou, faut le dire à Edouard. Lui c’est 2032 »

Rappelons que selon la Constitution, il n’est pas possible de faire plus de deux mandats de chef de l’Etat à la suite. Ce qui peut aiguiser certains appétits politiques. Mais l’hypothèse d’un Edouard Philippe qui placerait ses pions pour l’avenir n’arrange pas tout le monde. Notamment du côté du Modem, où on préfère encore plaisanter sur la situation. « 2027, c’est Bayrou, faut le dire à Edouard. Lui c’est 2032 », lâche avec le sourire un parlementaire Modem. En réalité, c’est bien un combat de leadership pour la suite qui se joue. Et ces « grands animaux politiques » ne renoncent jamais. Mais du côté du Modem, on assure que tout le monde peut s’entendre, d’ici là. « C’est mon pote de droite », s’amuse-t-on au Mouvement démocrate, en référence au documentaire « Edouard, mon pote de droite ». Et la constitution de la maison commune « n’empêche pas d’être en alliance avec nos potes de droites et de nos potes de gauche ».

D’autres attendent de voir. « 2027, c’est l’éternité », souligne un sénateur. Surtout en politique. « Il a son destin et son ambition, ce que je respecte. Mais il est suffisamment intelligent pour penser qu’avant 2027, il y a 2022, 2023, etc », ajoute Roland Lescure. Selon le porte-parole de LRME, « Edouard Philippe veut surtout peser dans les équilibres et arbitrages d’un prochain quinquennat ». Son interview à Challenges, en réalité très critique pour le pouvoir en place, sur le thème de la dette et du déficit, donne un avant-goût. Ce qui n’est pas forcément gênant, aux yeux d’un député macroniste : « Avoir quelqu’un un peu plus père la rigueur que les autres, ça ne fait pas de mal. Au Président ensuite de trancher ».

« Nous allons travailler avec lui », affirme la sénatrice Colette Mélot, membre d’Agir

Du côté d’Agir, parti présidé par le ministre Franck Riester, on semble plus ouvert qu’au Modem. « Oui, Agir soutient Edouard Philippe. Nous allons travailler avec lui », assure la sénatrice Colette Mélot, qui sera sur place samedi.

Reste que les deux partis se retrouvent sur le même terrain. « Bien sûr, c’est pour cela que nous allons travailler ensemble », ajoute la sénatrice, qui assure qu’il n’y a pas de « concurrence ».

Hervé Marseille (UDI) : « Il a une démarche qui n’est pas sans intérêt pour beaucoup d’entre nous »

A l’UDI, pour l’instant, on observe. « J’ai des relations amicales avec Edouard Philippe, mais sur le plan politique, il est soutien du Président et nous sommes dans l’opposition. Les choses sont claires. Pour autant, il a une démarche qui n’est pas sans intérêt pour beaucoup d’entre nous », glisse le président du groupe Union centriste du Sénat, Hervé Marseille.

D’autant que ses « amis LR, pour ce qui est de l’appareil, ont décidé qu’ils choisiraient un candidat en interdisant à d’autres d’y participer », en l’occurrence les centristes de l’UDI et du Nouveau centre (lire ici). « Ça laisse une liberté plus grande dans l’examen de la situation, comme on n’est pas partie prenante de leur procédure », lâche le sénateur UDI des Hauts-de-Seine. En créant son parti, Edouard Philippe installe déjà une « balise politique », résume un parlementaire, qui pourrait attirer quelques embarcations. C’est utile dans un port comme Le Havre.

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