Le sujet est technique, mais cela n’a pas empêché l’audition d’être très scrutée. La commission d’enquête sur le financement des politiques publiques par des financeurs privés a jusqu’ici auditionné des représentants de l’administration fiscale ou des administrations centrales en charge de l’éducation et de la vie associative. Au programme : mécanismes de financements de ces sociétés de droit privé, fiscalité des dons et transparence des flux financiers.
Mais, alors que la commission démarre les auditions de gestionnaires de sociétés philanthropiques, les parlementaires sont enfin rentrés dans le vif du sujet : interroger l’influence de fondations privées dans le champ démocratique – et notamment l’influence de Pierre-Édouard Stérin (voir notre article). Documenté par l’Humanité, le « projet Périclès » du milliardaire d’extrême droite finance des instituts de formation pour élus comme Politicae ou Think tanks comme l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, avec le but de réussir l’union des droites à la prochaine présidentielle.
« On ne pourra plus dire qu’il n’y a pas de liens avérés entre les Académies Saint-Louis et Pierre-Édouard Stérin »
Auditionné en tant que président des Académies Saint-Louis – un réseau de collèges lycées hors contrat – Edward Whalley est un homme clé du « système Stérin. » Le milliardaire fondateur de Smartbox finance en effet des fondations, des Think tanks, des instituts ou des associations par l’intermédiaire de fonds d’investissement. L’un d’eux « Fonds du Bien Commun », dirigé par Edward Whalley, qui est aussi directeur général de la société Odyssée Impact et administrateur du club de rugby Biarritz Olympique – lui aussi possédé par Pierre-Édouard Stérin.
Edward Whalley était aujourd’hui seulement auditionné en tant que président des Académies Saint-Louis – sur le seul volet éducatif du projet Stérin, donc – mais il sera à nouveau interrogé par la commission d’enquête en tant que directeur du Fonds du Bien Commun, qui finance à plus de 99 % les 17 millions d’euros de budget de l’Académie de Saint-Louis de Chalès, située en Sologne, a détaillé Edward Whalley.
Interrogé à de nombreuses reprises sur le financement précis des Académies Saint-Louis, Edward Whalley n’a pas totalement convaincu les sénatrices et sénateurs présents. « Nous sommes un certain nombre à ne pas avoir compris le modèle économique des Académies Saint-Louis, avec des réponses factuellement justes, mais qui n’arrivaient jamais aux mêmes totaux », a réagi après l’audition la rapporteure socialiste de la commission d’enquête Colombe Brossel. « Déjà, personne ne pourra nous dire qu’il n’y a pas de liens avérés entre les Académies Saint-Louis et le Fonds du Bien Commun [de Pierre-Édouard Stérin], alors que la même personne dirige les deux », s’est félicitée la sénatrice, et d’ajouter : « Nous ne sommes pas des perdreaux de l’année. »
Pour les questions qui subsistent sur le montage financier exact qui régit tout l’écosystème Stérin, des auditions supplémentaires auront lieu – Edward Whalley sera notamment à nouveau auditionné en tant que directeur du Fonds du Bien Commun.
Un président de l’Académie de Saint-Louis de Chalès qui n’y a mis les pieds qu’une seule fois
Sur le volet pédagogique non plus, Edward Whalley n’a pas vraiment été en mesure de répondre aux questions des sénatrices et des sénateurs. Que ce soit sur le contenu des enseignements ou les prix payés par les 63 élèves scolarisés au-delà de la moyenne par élève, le président de l’Académie Saint-Louis de Chalès a promis de faire parvenir les réponses plus précises par écrit.
« Je ne suis pas dans le détail des matières enseignées, mais nous respectons le socle commun pour l’acquisition des connaissances », a-t-il sobrement répondu à la sénatrice socialiste Karine Daniel sur la façon dont étaient abordées les « questions éducatives qui concernent les enjeux de genre » à l’Académie Saint-Louis. En même temps, difficile d’en demander davantage au président de l’Académie Saint-Louis de Chalès, qui n’a mis les pieds qu’une seule fois dans l’établissement pour superviser les travaux du site. Jointe par téléphone après l’audition, la rapporteure Colombe Brossel a confirmé que la commission d’enquête avait demandé à interroger les représentants de l’Académie Saint-Louis de Chalès et qu’il leur avait été répondu que M. Whalley serait le plus à même de répondre à leurs questions.
« Education intégrale » : « Chaque enfant sera accueilli dans le respect de l’ordre naturel de son identité sexuelle »
Par ailleurs interrogé sur le choix de la non-mixité fait par cet établissement hors contrat, Edward Whalley a défendu un « choix logistique » qui aurait obligé l’Académie à « réhabiliter un autre bâtiment », sans se cacher d’un « choix éducatif » semblable aux 20 % de « boarding schools » qui sont non-mixtes au Royaume-Uni. « C’est aussi un choix éducatif pour créer un cadre structurant et répondre à la demande de certaines familles. La mixité est une question qu’on se pose, et peut-être que dans les prochaines années nous ouvrirons aux jeunes filles », a-t-il développé.
Dans son propos liminaire, Edward Whalley a défendu une approche « fondée sur l’intelligence, le corps et l’âme », en lien avec l’Eglise catholique de France et « l’éducation intégrale », qu’il a définie ainsi : « C’est le fait de briller dans d’autres dimensions que la dimension purement scolaire et de prendre conscience de sa valeur par le sport, les arts ou la religion. » La rapporteure (PS) Colombe Brossel n’a pas pu s’empêcher de lire un extrait de la « Charte de l’éducation intégrale » concernant la mixité, disponible sur le site de la Fondation Saint-Joseph – fonds de dotation dont un membre siège au conseil d’administration de l’Académie Saint-Louis : « Chaque enfant sera accueilli dans le respect de l’ordre naturel de son identité sexuelle. Pour les aider à grandir dans l’estime de leur identité, les enfants seront éduqués en cohérence avec leur masculinité ou leur féminité. »
Edward Whalley n’a pas réagi et s’est simplement démarqué des prises de position de Pierre-Édouard Stérin. « En 2026 en France, j’espère que les gens ne pensent pas qu’un entrepreneur vote comme son financeur ou partage forcément son engagement politique », a-t-il affirmé. Deuxième round dans quelques semaines.