General policy speech by Prime Minister at Senate
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Education : la commission des finances du Sénat veut porter la baisse du nombre d’enseignants de 4.000 à 8.000, face à la réduction du nombre d’élèves

Alors que le budget prévoit déjà la suppression de 4.000 postes d’enseignants dans le primaire et le secondaire, le rapporteur spécial de la commission des finances du Sénat propose de porter cette baisse à 8.000, afin de coller à la démographie, avec 109.000 élèves de moins cette année.
François Vignal

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Avec une hausse de 1,1 % des crédits, la mission enseignement scolaire bénéficie d’une légère progression, soit quand même 1 milliard d’euros en crédits de paiement, pour un total de 89,64 milliards d’euros de budget, en incluant les pensions. Si les sommes sont conséquentes, symboliquement, le budget de l’éducation nationale n’est plus le premier poste de dépense de l’Etat. Il est « désormais dépassé par la mission « défense » », note le rapport du sénateur LR Olivier Paccaud, rapporteur spécial pour avis des crédits de la mission pour la commission des finances, en vue de l’examen du budget 2026 au Sénat.

Ce budget prévoit la création, tous emplois confondus, d’un total de 5.440 postes « en raison de la réforme de la formation initiale des enseignants », dont « 7.938 équivalents temps plein (ETP) de stagiaire ». En revanche, le nombre d’enseignants du premier degré baisse de 2.373 postes, et ceux du second degré de 1.645, soit exactement 4.018 ETP.

« Entre 2015 et 2025, le nombre d’élèves scolarisés dans le premier degré a baissé de 9,2 % »

La baisse du nombre d’enseignants est à mettre en parallèle avec la baisse du nombre d’élèves. « Entre 2015 et 2025, le nombre d’élèves scolarisés dans le premier degré a baissé de 9,2 %, représentant près de 621.482 élèves scolarisés en moins. Cette baisse s’accentuera fortement : entre 2025 et 2029, les effectifs d’élèves diminueront de 7,4 %, représentant 455 126 élèves en moins », selon le rapport du sénateur LR de l’Oise.

Dans le secondaire, la baisse est moins marquée. « Entre 2024 et 2025, le second degré perd déjà 13 468 élèves ». Mais la tendance va s’accentuer ensuite. « Il devrait y avoir près de 212.179 élèves en moins entre 2025 et 2029 selon les projections, soit une perte de 3,8 % », selon le rapport.

Côté taux d’encadrement, il s’améliore en réalité. « Même s’ils demeurent plus élevés que ceux des autres pays, les taux d’encadrement des élèves des écoles françaises connaissent une nette amélioration ces dernières années, sous l’effet conjugué de la baisse démographique et du dédoublement des classes de grande section de maternelle, de CP et de CE1, mis en œuvre à partir de 2017 », est-il souligné.

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Elèves en situation de handicap : 1.200 AESH en plus, alors que près de 50.000 élèves sont en attente d’une aide

A noter qu’après la création de 2.000 postes d’AESH (accompagnants d’élève en situation de handicap) cette année, « près de 1.200 emplois d’AESH sont également créés » en 2026. Un chiffre qui reste bien en deçà des besoins. Sur 352.000 élèves qui y ont droit, 50.000 enfants en situation de handicap étaient sans AESH à la rentrée, selon une commission d’enquête de l’Assemblée. Selon le ministre de l’Education nationale, ce chiffre a été ramené autour de 42.000, à la Toussaint.

Avec « des besoins qui ne cessent d’augmenter », « le nombre d’AESH a été multiplié par 3,2 entre 2017 et 2025, représentant 139.993 personnes en 2025 », selon le rapport d’Olivier Paccaud. Le document relève que « le budget consacré à l’école inclusive est de 4,74 milliards d’euros au PLF 2026, soit un montant supérieur de 100 millions d’euros par rapport à 2025 », dont « près de 3,16 milliards d’euros sont consacrés au financement des accompagnements d’élèves en situation de handicap (AESH) ».

Pour Olivier Paccaud l’école inclusive est « une politique à revoir pour la rendre soutenable budgétairement », selon le rapport, qui pointe notamment la « déconnexion entre le prescripteur », c’est-à-dire les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), qui décident si un enfant à droit à un AESH ou non, « et le payeur », soit l’Education nationale, « qui n’est pas soutenable à long terme ».

Entre 2015 et 2024, effectifs d’enseignants stables, mais en baisse depuis 2020

En prenant un peu de hauteur, le rapport relève que les « effectifs d’enseignants demeurent stables ». Entre 2015 et 2024, « le nombre d’enseignants du premier degré, public et privé sous contrat confondus, a augmenté de 0,6 %, représentant 2.366 emplois supplémentaires. Dans le même temps, les effectifs des élèves ont diminué de 7,6 % dans le premier degré ». « Dans le second degré, le nombre d’enseignants a augmenté de 0,7 % », est-il ajouté.

Mais quand on regarde les chiffres, après un pic lors de l’année 2020, les effectifs sont ensuite en baisse : de 376.208 en 2020 à 367.468 en 2024 pour le premier degré (-2,3 %, soit -8740 postes), et de 489.618 en 2020 à 485.304 en 2025 pour le second degré (-0,9 %, soit -4.314 postes).

« Supprimer 4.000 emplois d’enseignants supplémentaires, soit un total de 8.018 ETP supprimés, afin de répercuter pour moitié l’évolution démographique »

Mais au regard de la baisse du nombre d’élèves, 109.000 de moins cette année, Olivier Paccaud en vient dans son rapport à défendre une baisse, plus forte que prévue par le gouvernement, du nombre d’enseignants. Explications : « En considérant le plafond d’équivalents temps plein travaillés », soit 839.679. « Une application stricte de l’évolution démographique du nombre d’élèves, en baisse de 1 %, aurait dû conduire à la suppression de 9.415 ETP pour 2026. La baisse proposée par le présent PLF de 4.018 ETP d’enseignants est donc moitié plus faible que la reprise démographique prévue, d’autant qu’aucune suppression de postes n’a été opérée en loi de finances initiale pour 2025 », relève le rapport, qui ajoute : « Pourtant, si l’évolution démographique avait été appliquée strictement, ce sont 8.243 ETP d’enseignants qui auraient été supprimés en 2025, et donc au total 17.473 ETP entre 2024 et 2026 ».

C’est pourquoi « le rapporteur a proposé de supprimer 4.000 emplois d’enseignants supplémentaires, soit un total de 8.018 ETP supprimés afin de répercuter pour moitié l’évolution démographique ». A noter que l’année dernière, Olivier Paccaud avait au contraire voulu limiter le nombre de suppression de postes, de 4.000 prévus à 2.000, afin de préserver les écoles rurales de fermeture.

L’amendement d’Olivier Paccaud permet une « économie de 75 millions d’euros ». Dans son esprit, le rapporteur utilise une moitié des crédits libérés pour faire des économies, l’autre moitié permettrait de revaloriser les salaires des enseignants.

Salaires « encore insuffisants » en milieu de carrière

En effet, le rapporteur spécial de la commission des finances pointe aussi les salaires des enseignants « encore insuffisants ». « Suivre l’évolution du nombre d’élèves en diminuant le nombre d’enseignants de manière raisonnée permettra, à terme, de dégager des marges budgétaires, lesquelles pourraient notamment permettre de revaloriser les rémunérations des enseignants, actuellement insuffisantes, notamment en milieu de carrière », selon le rapport.

Le rapport relève enfin « le coût important » de la réforme de la formation initiale. Pour redonner de l’attractivité au métier, alors que les effectifs au sein des INSPE (ex-IUFM) a diminué de près de 20 % en 4 ans, la réforme recrute les personnels dès la licence 3. Ils sont ensuite rémunérés pendant leurs études, 1.400 euros la 1ere année et 1.800 euros mensuels la seconde. En contrepartie, les enseignants s’engagent à exercer leur métier pendant 4 ans minimum. Le rapport souligne que « le coût de la réforme s’élève à 88 millions d’euros pour 2026 puis à 265 millions d’euros en année pleine ».

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