« Egalim 2 » : sénateurs et députés aboutissent à un compromis
Les deux assemblées du Parlement sont parvenues à s’entendre lundi sur un texte commun autour de la proposition de loi pour protéger la rémunération des agriculteurs, souvent appelée « Egalim 2 ». Le Sénat, qui avait largement modifié le texte voté à l’Assemblée nationale, conserve toutefois certaines réserves.

« Egalim 2 » : sénateurs et députés aboutissent à un compromis

Les deux assemblées du Parlement sont parvenues à s’entendre lundi sur un texte commun autour de la proposition de loi pour protéger la rémunération des agriculteurs, souvent appelée « Egalim 2 ». Le Sénat, qui avait largement modifié le texte voté à l’Assemblée nationale, conserve toutefois certaines réserves.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La commission paritaire mixte mise en place autour de la proposition de loi « Egalim 2 » a abouti à un compromis lundi 10 octobre. Visant à protéger la rémunération des agriculteurs en corrigeant certains ratés de la loi agriculture et alimentation (Egalim 1) entrée en vigueur fin 2018, ce texte avait fait l’objet en septembre d’une importante réécriture par la commission des Affaires économiques du Sénat. Les élus de la seconde chambre avaient pointé la complexité des dispositifs envisagés, tout en remettant en cause leur efficacité pour rééquilibrer le rapport de force entre la filière agroalimentaire et la grande distribution.

« En mêlant différentes approches, l’Assemblée nationale et le Sénat ont fait œuvre utile et ont permis à un texte, qui manquait initialement d’efficacité, de comporter de réelles avancées, au profit des agriculteurs », indique dans un communiqué la sénatrice LR Sophie Primas, présidente de la commission des Affaires économiques. Sur Twitter, le député LREM Grégory Besson-Moreau, à l’origine de la proposition de loi, a salué un vote à « l’unanimité ». Nombre des modifications proposées par le Sénat ont été conservées, elles concernent notamment la sanctuarisation d’une partie des prix soumis à négociation.

Extension de la non-négociabilité

Les sénateurs ont obtenu un élargissement du dispositif de non-négociabilité, visant à protéger le prix de certaines denrées entrant dans la composition d’un produit alimentaire. La version du texte votée par l’Assemblée nationale fixait un seuil minimal - plus de 25 % de la composition – pour mettre en pratique la non-négociabilité. La commission mixte paritaire a fait sauter ce verrou. « Le principe de non-négociabilité s’appliquera donc à tous les produits alimentaires, indépendamment du volume des différents ingrédients », utilisés, par exemple, pour la composition d’une soupe ou d’une ratatouille. Comme réclamé par la Haute Assemblée, ce dispositif sera appliqué aux produits vendus sous marque de distributeur, et qui représentent selon les sénateurs « un tiers » des rayonnages.

Les parlementaires se sont accordés pour exclure, à titre expérimental, certaines filières de fruits et légumes du relèvement du seuil de revente à perte. Mis en œuvre depuis Egalim 1, ce dispositif fixe une limite de prix – le prix d’achat augmenté de 10 % - en dessous de laquelle un produit ne peut être revendu par le distributeur. Or, un rapport sénatorial en pointait les effets pervers sur la rémunération agricole.

Simplification des dispositifs de protection du coût des matières premières

La CMP a également validé une simplification des dispositifs d’affichage offerts aux industriels pour faire connaître la part représentée par les matières premières dans le tarif pratiqué. Ce point était fermement défendu par le Palais du Luxembourg, qui avait qualifié le mécanisme initialement proposé « d’usine à gaz ».

La non-discrimination tarifaire, qui assure un prix identique à l’ensemble des acheteurs de la grande distribution, est élargie à un plus grand nombre de produits.

Les contrats intégreront également une clause de révision automatique des prix afin de prendre en compte d’éventuelles variations du coût de la matière première agricole.

« Nous restons dubitatifs »

Malgré tout, les travaux de la CMP n’ont pas totalement réussi à lever les doutes déjà formulés par le Sénat sur l’efficacité réelle de ce texte. « Nous restons dubitatifs quant au principe de transparence totale, qui procède souvent d’une confusion avec le secret des affaires », relève notamment Sophie Primas. Sur ce point, la commission sénatoriale des Affaires économiques s’était inquiétée du risque pour les fournisseurs d’avoir à dévoiler à leurs interlocuteurs des informations stratégiques sur leurs marges. Le Sénat s’était pourtant résolu à voter le texte – après de larges modifications –, expliquant ne pas vouloir passer à côté d’une occasion d’améliorer la rémunération des agriculteurs.

La procédure législative implique désormais que le texte élaboré en CMP soit soumis au vote des députés, en l’occurrence mercredi soir en séance publique, avant d’être présenté aux sénateurs le 14 octobre en vue d’une adoption définitive.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris mouvement des avocats contre le projet de loi SURE
6min

Politique

Justice criminelle : devant le Sénat, les avocats, en colère, dénoncent « un problème démocratique » et demandent le « retrait du texte »

Plusieurs centaines d’avocats ont manifesté leur rejet du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes, qui démarre son examen au Sénat lundi. Au premier rang des griefs du texte soulevés par la profession, l’instauration d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits.

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
6min

Politique

Justice criminelle : que contient le projet de loi controversé en examen au Sénat ?

Le Sénat entame l’examen du projet de loi sur la justice criminelle et le respect des victimes. Le texte prévoit notamment la mise en place d’un plaider-coupable, une nouvelle procédure judiciaire plus rapide quand l’accusé reconnaît les faits. Une réforme qui divise les magistrats et est surtout contestée par de nombreux barreaux qui manifestent, ce lundi, devant la haute assemblée. Que prévoit le texte ?

Le

« Egalim 2 » : sénateurs et députés aboutissent à un compromis
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le