Élection présidentielle au Brésil : la démocratie en danger ?
Les 7 et 28 octobre prochains l’avenir politique du Brésil se décidera dans les urnes. En tête des intentions de vote les extrêmes se font face dans un duel sans précédent. Placées indéniablement sous le signe de la radicalisation et de la violence, ces élections et le choix que s’apprêtent à faire les Brésiliens sont décisifs pour l’avenir de la démocratie de ce pays où le désenchantement s'est installé comme nouveau roi.

Élection présidentielle au Brésil : la démocratie en danger ?

Les 7 et 28 octobre prochains l’avenir politique du Brésil se décidera dans les urnes. En tête des intentions de vote les extrêmes se font face dans un duel sans précédent. Placées indéniablement sous le signe de la radicalisation et de la violence, ces élections et le choix que s’apprêtent à faire les Brésiliens sont décisifs pour l’avenir de la démocratie de ce pays où le désenchantement s'est installé comme nouveau roi.
Public Sénat

Par Juliette Beck

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Près de 30 ans après la fin de la junte militaire, une certaine nostalgie de la dictature se ressent à travers le pays en profonde crise. Ce chaos politique digne d’une « télénovela » entre emprisonnement et coup de poignard ne doit rien au hasard. En cause notamment, la crise économique qui frappe sévèrement ce pays, avec une chute du PIB de 7.2 % entre fin 2014 et début 2017. De plus, l’engrenage des scandales liés à une corruption endémique, les affaires Petrobras et Odebrecht dévoilés par le « Lava jato » (lavage express) montre l’ampleur du problème.

Destitution de Dilma Roussef : « Moi je n'utiliserait pas cette notion de coup d'Etat » affirme Olivier Dabène
01:00

La destitution de Dilma Rousseff en août 2016 dont le motif principal est le maquillage de compte public afin de masquer le déficit budgétaire du pays, n’a pas endigué le problème. Pour beaucoup ce départ contraint et forcé de celle qui avait pris la suite de la présidence de Lula, est un coup d’État institutionnel. « L’Ensemble de ce qu’il se passe au Brésil depuis 2014 et surtout depuis 2016, vise à empêcher le retour du PT (parti des travailleurs) au pouvoir. Tout ce qu’il s’est passé, les enquêtes judiciaires, la destitution de Dilma Rousseff, l’emprisonnement de Lula, a pour unique objectif d’empêcher le retour du PT au pouvoir » dénonce l’historienne Maud Chirio. Coup d’État ou coup d’État institutionnel, Olivier Dabène, professeur en science politique à Science Po et Président de l’Observatoire Politique de l’Amérique Latine et des Caraïbes (OPALC) ne définit pas la procédure engagée contre Dilma Rousseff dans ces termes : « Pour nous un coup d’État, c’est une rupture violente et surtout une rupture qui entraîne un abandon de la démocratie durable ». Pour autant, il convient que c’est une « destitution abusive ».

Les risques de l’extrême droite

L’élection présidentielle se retrouve régit par une logique dénonciatrice, une course à la démagogie et aux scandales politiques plus nombreux les uns que les autres qui censurent tout débat politique sur les défis que devra relever le Brésil demain pour se sortir de son actuelle situation. D’un côté l’extrême gauche représentée par Fernando Haddad ancien maire de Sao Paulo candidat du parti des travailleurs, qui a remplacé au pied levé l’ex-favori et ex-président Lula. De l’autre, Jair Bolsonaro, ancien capitaine parachutiste candidat d’extrême droite qui caracole en tête des sondages. Il a été victime d’une tentative de meurtre le 6 septembre dernier, en pleine rue au Brésil alors qu’il faisait campagne. L’issue du vote risque d’être accueillie dans un environnement sous haute tension, car cette élection est capitale pour le futur démocratique du pays.

Le candidat de l’extrême droite, Jair Bolsonaro membre du parti social-libéral est connu par les électeurs pour ses prises de position controversées, et notamment ses éloges à la dictature militaire. Celui que l’on nomme le « Trump tropical » a déjà déclaré en 1999, sa volonté s’il accédait au pouvoir, de fermer le Parlement et de mettre en place un régime militaire. Son flirt avec la dictature militaire s’est à nouveau confirmé plus récemment, en 2015 lors de la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Il avait rendu hommage au colonel Brilhante Ustra ancien chef de la dictature militaire. Une prise de position perçue comme une attaque directe à l’encontre de Dilma Rousseff qui avait été torturée par ce colonel lors de son incarcération pour rébellion dans les années soixante-dix. S’il remporte cette élection, le dessein de Jair Bolsonaro est déjà tout tracé vers le retour à un pouvoir militaire.

Présidentielle Brésilienne « Bolsonaro va perdre » espère l'historienne Maud Chirio
00:42

Un second scénario est envisageable, ce serait de voir le parti des travailleurs gagner, mais Maud Chirio n’imagine pas un retour au pouvoir du parti sans trouble : « Ce serait extrêmement étonnant que le PT revienne au pouvoir sans aucune protestation alors qu’on le sait une partie de la police et surtout de l’armée est extrêmement enthousiasmée de la perspective d’une victoire de Bolsonaro. Ce que j’imagine moi, c’est que Bolsonaro va perdre et que l’élection va être immédiatement contestée, mais à la différence de 2014, contestée violemment ».

Nostalgie dictatoriale, plus pour longtemps du passé

Au sein de l’électorat brésilien, le sentiment de désillusion trône en maître, et le souhait d’un coup d’État se propage dans les esprits. Un sondage réalisé en 2017 sur les perceptions politiques en Amérique Latine a révélé que seulement 13 % de la population croit et soutien la démocratie en place. La thèse du coup d’État pour régler tous les problèmes que le Brésil traverse est partagée par une grande partie de la population. Les Brésiliens sont mécontents de la classe politique du pays et souhaitent un changement. À l’issue du 27 octobre, les chances de voir la démocratie triompher sont minces, il y aura un bouleversement du paysage politique comme le souhaitent les électeurs, mais il sera peut-être trop radical et irréversible. Un retour à un régime autoritaire armé reviendrait à faire un bond en arrière de trente ans, une situation qui pourrait s’avérer difficile pour le Brésil.

Retrouvez Un monde en docs, samedi 29 septembre à 21h et dimanche 30 septembre à 10h sur Public Sénat.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Élection présidentielle au Brésil : la démocratie en danger ?
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Élection présidentielle au Brésil : la démocratie en danger ?
3min

Politique

« Ce sont des centaines de milliers de patients qui sont aujourd’hui en train de mourir », alerte ce médecin généraliste installé en Haute-Vienne

En France, neuf millions de personnes vivent dans un désert médical. L’augmentation de ce chiffre ne cesse d’inquiéter les professionnels de santé qui appellent le personnel politique à agir au plus vite, car derrière les statistiques se cache un véritable enjeu sanitaire. Raccourcir les parcours de formation des médecins ? Aller aux devants des patients avec des bus médicalisés ? Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Corinne Imbert et le médecin généraliste Martial Jardel pour en débattre dans l’émission Et la Santé ça va ?.

Le

Documentaire De Gaulle, histoire d’un géant de Jean-Pierre Cottet
4min

Politique

Comment de Gaulle a construit l’image de la France dans le monde

États-Unis, Allemagne mais aussi Sénégal quand le monde apprend la démission du président de Gaulle en avril 1969, c’est une onde de choc politique. Celui qui était au pouvoir depuis 1958 avait en effet tissé des liens avec le monde entier. Construction d’une politique européenne pour se préserver notamment de l’influence de l’Amérique, décolonisation… Charles de Gaulle avait imprimé sa marque, ses opinions en matière de politique étrangère, laissant ainsi son héritage. C’est l’un des chapitres que nous propose de feuilleter le réalisateur Jean-Pierre Cottet dans le documentaire De Gaulle, histoire d’un géant diffusé sur Public Sénat.

Le