Elections départementales 2021 : un premier tour qui ne bouleverse pas les équilibres

Elections départementales 2021 : un premier tour qui ne bouleverse pas les équilibres

Dans de nombreux cantons, les sortants ont été confortés. La carte électorale des départements ne devrait pas être bouleversée à l’issue du second tour, le 27 juin, même si localement quelques bascules pourraient intervenir.
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Il y a six ans, une petite trentaine de départements avait basculé dans l’alternance et avait viré de la gauche vers la droite. Le cru 2021 s’annonce comme un relatif statu quo. D’un bout à l’autre de la France, la plupart des majorités sortantes peuvent aborder sereinement le second tour des élections départementales, dimanche 27 juin. Les départements du Grand Est, ancrés pour la plupart à droite, ou par exemple de l’Occitanie, terre de gauche dans l’ensemble, ne devraient pas changer de couleur. Au soir du premier tour, le président de l’Assemblée des départements de France (ADF), Dominique Bussereau concluait qu’il y aurait une « très grande stabilité à attendre dans la carte politique des départements ». De même, le groupe de gauche de l’ADF nous indiquait qu’il ne fallait pas s’attendre à « de gros mouvements ». Mais la configuration des élections départementales – il s’agit de 2 054 élections dans chaque canton – rend parfois les pronostics compliqués pour le second tour.

La prime aux sortants a été le moteur de ce premier tour des élections départementales, qui ont peiné à mobiliser. Plusieurs présidents sortants ont été réélus dès le premier tour. Recueillir la majorité absolue des suffrages exprimés, mais aussi un quart des électeurs inscrits, relevait de l’exploit avec deux tiers des électeurs qui ont boudé les urnes. Le centriste François Sauvadet a été réélu en Côte-d’Or, dans son canton de Semur-en-Auxois, citons aussi Jean-Luc Gleyze, dans le canton de Sud-Gironde.

La droite en bonne position, après la vague de 2015

Autre conséquence de l’abstention à un niveau historiquement élevé, la barre à franchir pour se qualifier au second tour était particulièrement haute. Pour accéder au second tour, il est en effet impératif de réunir au moins 12,5 % des électeurs inscrits. En moyenne, avec une abstention nationale à 66,7 %, cela signifie qu’un binôme devait réunir au minimum 37,5 % des suffrages exprimés. Le seuil est si élevé qu’il rend impossible la présence de trois binômes, à ce niveau d’abstention. Il n’est donc pas étonnant que cette fois le nombre de triangulaires au second tour se compte à peine sur les doigts d’une main (il y en avait eu 325 en 2015). Celle de l’Aisne, dans le canton de Ribemont (deux binômes divers gauches et un binôme RN), fait quasiment figure d’exception.

Compte tenu de son haut niveau en 2015, où elle avait pris la tête des deux tiers des conseils départementaux, la droite avait potentiellement plus à perdre qu’à gagner en 2021. Dans ses bastions, la droite conforte ses positions au premier tour, avec un phénomène de prime aux sortants.

Quelques espoirs de conquête sont possibles dimanche prochain. Les Républicains pourraient par exemple récupérer le département des Alpes-de-Haute-Provence (en tête dans 10 des 15 cantons), détenu depuis 1998 par la gauche, et réaliser ainsi un grand chelem en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. A condition de conserver le Vaucluse qui, lui, n’est pas assuré, compte tenu du niveau élevé de l’extrême droite.

Dans les Bouches-du-Rhône, la gauche ne réitère pas la surprise des municipales en 2020 et se situe loin derrière la présidente sortante Martine Vassal et surtout du Rassemblement national, qui a légèrement devancé LR en nombre de voix.

La gauche rêve de reprendre les Côtes-d’Armor et retient son souffle pour les départements de la petite couronne en Île-de-France

Dans l’Ouest, le second tour s’annonce très disputé dans plusieurs départements. En 2015, le Finistère (à gauche) avait failli basculer. Le second tour 2021 sera serré, la droite (unie) est arrivée en tête dans 14 des 27 cantons au premier tour. En Loire-Atlantique, seul département des Pays-de-la-Loire à gauche, où la majorité a été acquise de justesse, gauche et droite finissent également le premier tour au coude à coude. Précise importante : le président sortant ne s’est pas représenté.

Dans les Côtes-d’Armor, conquise par la droite en 2015 après 39 années de règne socialiste, la gauche a retrouvé des forces dans plusieurs cantons. Unie, la gauche est en tête dans 19 cantons sur 27. Mais en 2015, la droite emmenée par Alain Cadec avait finalement eu le dessus au deuxième tour.

La situation du Val-de-Marne, dernier bastion du Parti communiste après la perte de l’Allier en 2015, sera à surveiller le 27 juin. La droite arrive en tête dans 14 cantons, la gauche dans 11 seulement, elle est en mauvaise posture. Mais la situation reste assez indécise dans les deux cantons de Champigny, où le président sortant (PCF) Christian Favier est candidat. La Seine-Saint-Denis fait également partie des bastions que la gauche va tenter de sauver. A gauche depuis sa création en 1968 (PCF jusqu'en 2008, puis PS), la droite y avait progressé lors des derniers scrutins. Les binômes de gauche sont arrivés  en tête dans une majorité de cantons. Mais rien n’est joué.

Le reflux du Rassemblement national

En 2015, le Front national, qui s’était maintenu dans 1 105 cantons au second tour, en avait remporté 31. Hier, le parti de Marine Le Pen s’est qualifié dans presque deux fois moins de cantons. Le Rassemblement national visait une conquête des Pyrénées-Orientales, mais la majorité socialiste a résisté. Le RN s’est qualifié dans 13 des 17 cantons (soit trois de moins qu’en 2015). Mais il pourrait n’en décrocher que quatre, tous dans l’agglomération de Perpignan, seule ville de plus de 100 000 habitants gagnée par le parti aux municipales l’an dernier. Insuffisant pour décrocher une majorité départementale. En revanche, dans le Vaucluse, malgré de moins bons scores qu’en 2015, le RN vire en tête dans 10 des 17 cantons et confirme son ancrage. Mais il dispose de peu de réserves de voix pour le second tour. Dans le Gard, il est présent au deuxième tour dans 17 cantons, un de plus qu’en 2015. Mais en termes de voix, l’avance est plus faible qu’il y a six ans.

Si le RN peut espérer décrocher plusieurs cantons dans les Hauts-de-France, en Paca et dans le Grand Est, il est toutefois en recul dans un nombre significatif de départements, et parfois de façon assez marquée. Exemple en Haute-Marne, où avec 22,48 % des voix, il chute de 12 points en six ans, laissant un boulevard à la majorité sortante de droite et du centre. La chute est aussi spectaculaire dans l’Aisne : il ne se maintient que dans trois cantons sur 21, alors qu’il en avait arraché un dès le premier tour en 2015, et trois au second tour.

Faible implantation de la République en marche

Les rares départements contrôlés par la majorité présidentielle ne sont pas assurés d’être conservés à l’issue du second tour. La majorité de Bertrand Bellanger (divers droite, proche de LREM) en Seine-Maritime était déjà fragile. La gauche, qui souhaite récupérer le département, fait presque jeu égal avec la droite. Dans le Puy-de-Dôme, le présidant sortant Jean-Yves Gouttebel, soutien d’Emmanuel Macron, ne s’est pas représenté, le département devrait rester à gauche. Inversement, Jean-Jacques Lasserre (Modem) est en bonne position dans les Pyrénées-Atlantiques, avec sa coalition de la droite et du centre (LREM, MoDem, LR, UDI), face à une gauche divisée.

Les hauts scores réalisés par les ministres Gérald Darmanin (canton de Tourcoing, dans le Nord), Sébastien Lecornu (Vernon dans l’Eure) et Brigitte Bourguignon (Pas de Calais) peuvent toutefois servir de lot de consolation pour le gouvernement, mal engagé aux régionales.

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