En Europe, aux Etats-Unis et en Russie, les élections législatives en Hongrie vont être scrutées de très près dimanche. Car pour la première fois depuis 2010, année du retour au pouvoir de Viktor Orbán, les résultats du scrutin sont incertains. « Selon différents instituts de sondages indépendants, il y a un risque très affirmé pour Orban de perdre ces élections. Même s’il y a encore une grande part d’indécis », indique Arthur Kenigsberg, président et cofondateur d’Euro Créative, think tank spécialisé sur les pays d’Europe centrale et orientale.
Face à Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, qui brigue un cinquième mandat, son rival conservateur et pro-européen, Péter Magyar mène une campagne tambour battant. L’Eurodéputé, siégeant dans le groupe PPE, ancien membre du Fidesz, le parti de Viktor Orbán, enchaîne parfois 6 meetings par jour auprès des candidats locaux de son parti, Tisza.
Péter Magyar bénéficie de l’espace politique laissé vacant par plusieurs partis d’opposition qui se sont effacés en choisissant de ne pas s’impliquer dans la campagne.
Péter Magyar « promet un politique de proximité »
« Dans le cadre d’un reportage, j’ai suivi une journée de sa campagne. Sur le plan sociétal, c’est un homme de droite. Il a un programme très aligné sur celui d’Orban, défense de la famille et des valeurs traditionnelles… Son propos politique essentiel est concentré sur la lutte contre la corruption, le système de prédation du régime en place. Son deuxième axe, c’est la défense de la liberté d’expression. Il propose de redonner la parole aux Hongrois qui ont peur. Il propose de démanteler les médias contrôlés par Orban. Il promet un politique de proximité », résume Richard Werly, journaliste et éditorialiste international au quotidien Suisse, Blick.
Péter Magyar n’a pas vraiment d’autre choix que de mener une campagne de terrain. En Hongrie où de nombreux organes de presse indépendants ont fermé depuis 16 ans, 80 % des médias sont contrôlés par des hommes d’affaires liés au pouvoir, lesquels reçoivent la quasi-totalité des dépenses publicitaires de l’Etat. L’Institut libéral Republikon a regardé pendant onze mois le journal télévisé de la principale chaîne publique et a constaté que Viktor Orban y était présenté sous un jour positif dans 95 % des cas. A l’inverse, l’opposant Péter Magyar est dénigré à 96 % quand il est évoqué à l’antenne.
« Si Orban perd dimanche, on pourra dire que sa campagne aura été mal calibrée »
« Orban est comblement bousculé dans cette campagne. Magyar utilise un narratif qui fonctionne très bien auprès des Hongrois, en mettant en avant l’état de droit, la corruption et l’état des services publics. Il se rend dans des écoles et les hôpitaux et explique aux Hongrois comment les locaux pourraient être rénovés avec le déblocage des 19 milliards de fonds européens. Des fonds retenus par Bruxelles en raison de violations des principes de l’État de droit de la part de Budapest », rappelle Arthur Kenigsberg. « Si Orban perd dimanche, on pourra dire que sa campagne aura été mal calibrée. Il a parlé de tout sauf de politique intérieure et a préféré axer sa campagne sur la place de la Hongrie dans le concert des Nations. Son narratif anti ukrainien et ses critiques de l’hostilité de l’UE à l’égard de la Russie n’ont pas l’air de porter, malgré toutes ces affiches dans les rues de Budapest avec des photos détournées de Zelensky et de Magyard », ajoute Arthur Kenigsberg. Le gouvernement a, en effet, mené une vaste campagne médiatique financée par les contribuables pour promouvoir ses positions anti-ukrainiennes, comme son opposition à l’adhésion de ce pays à l’Union européenne, et présentant Viktor Orban comme le seul rempart face à la guerre dans le pays voisin.
La Russie et les Etats-Unis au secours d’Orban
Des soupçons d’ingérences étrangères entourent le scrutin de dimanche. Le vice-président américain JD Vance s’est rendu cette semaine à Budapest. Jeudi soir, le président américain Donald Trump a de nouveau apporté son soutien à son plus proche allié au sein de l’Union européenne sur son réseau social. « Hongrie : Allez voter pour Viktor Orban. C’est un véritable ami, un combattant et un gagnant et il bénéficie de mon soutien total et complet, a-t-il écrit.
Orban est aussi le plus proche allié de la Russie de Vladimir Poutine au sein de l’UE. Il a opposé son droit de véto au consensus européen sur l’Ukraine, entravant l’adoption de sanctions et bloquant un prêt de 90 milliards d’euros d’aide à Kiev. Jeudi, la Commission européenne a exigé des explications de la Hongrie après une enquête de presse affirmant que Budapest a fourni à Moscou un accès direct à des informations stratégiques de l’Union européenne ces dernières années.
« Le régime en place envoie des messages téléphoniques personnalisés avec la voix d’Orban »
Une autre interrogation porte sur l’accueil des résultats dimanche soir. En cas de scrutin serré, Viktor Orban pourrait ne pas reconnaître sa défaite. Des inquiétudes quant à de possibles manipulations sont amplifiées par le fait qu’en Roumanie et en Serbie, des partis alliés à Viktor Orban collectent les votes. « Avec l’aide l’IA, le régime en place envoie des messages téléphoniques personnalisés avec la voix d’Orban. Pour un public de retraités, ça peut avoir son effet. La jeunesse plutôt pro-européenne est, elle, très anti Orban. Ils n’ont connu que lui donc il y a un sentiment de ras-le-bol assez fort », rapporte par ailleurs, Richard Werly qui prépare un article spécifique sur ce sujet.
Vendredi, Péter Magyar a demandé aux Hongrois « de ne céder à aucun type de provocation et de conserver (leur) sérénité », et a demandé à Viktor Orban « d’accepter le jugement du peuple hongrois avec le calme et la dignité qui s’imposent ».
Un système de « supermajorité » en Hongrie
Un dernier enjeu du scrutin portera sur l’ampleur de la victoire du gagnant. La refonte du système électoral adoptée en 2010 a conduit à un système de « supermajorité ». Viktor Orban pourrait conserver sa majorité, même si sa coalition Fidesz-KNDP perd le vote populaire de trois ou quatre points, selon les analystes.
La carte électorale a, en effet, été remaniée à deux reprises et ne reflète plus les équilibres démographiques. Elle avantage les campagnes acquises à la majorité sortante au détriment de Budapest, un bastion de l’opposition, et d’autres circonscriptions urbaines.
Au Parlement, des députés, élus par un nombre réduit d’électeurs pour représenter des minorités ethniques, comme les Roms ou les Allemands, sont acquis au Premier ministre nationaliste. Les minorités magyares des pays environnants, dont beaucoup sont reconnaissantes à Viktor Orban d’avoir simplifié la procédure d’obtention de la citoyenneté hongroise, sont autorisées à voter par correspondance, contrairement aux nombreux émigrés hongrois, généralement critiques du dirigeant nationaliste. Le centre de réflexion Political Capital a averti que les listes électorales n’étaient pas à jour et qu’un encadrement non fiable pouvait permettre le dépôt de bulletins par correspondance au nom de personnes décédées. En Roumanie et en Serbie, des partis alliés à Viktor Orban collectent les votes de la diaspora ce qui fait craindre un risque de manipulation.
« La série de fraudes électorales en cours, menée depuis des mois par le parti au pouvoir, le Fidesz, ainsi que les actes criminels, les opérations de renseignement, la désinformation et les fausses nouvelles ne peuvent pas changer le fait que Tisza va gagner ces élections », a encouragé Péter Magyar, sur son compte Facebook.
Avec l’Afp