Élections en Italie : les Italiens, grands déçus de l’Europe
Les invités d’« On va plus loin » analysent les raisons de la victoire des partis eurosceptiques aux élections législatives en Italie.

Élections en Italie : les Italiens, grands déçus de l’Europe

Les invités d’« On va plus loin » analysent les raisons de la victoire des partis eurosceptiques aux élections législatives en Italie.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Dimanche, le Mouvement 5 étoiles (populiste) et la Ligue (extrême droite) sont devenus majoritaires en Italie, avec les élections législatives. L’ancien chef du gouvernement, Matteo Renzi, a subi une énorme défaite. Il a annoncé lundi qu’il quittait la direction du Parti démocrate, mais a précisé que son successeur serait nommé par un Congrès après la désignation du gouvernement.

Les Italiens ont eu le sentiment d’avoir été abandonnés par l’Europe, notamment concernant la question des migrants, très prégnante durant ces élections. Marc Lazar, professeur d'histoire et de sociologie politique à Sciences Po et spécialiste de l’Italie, relativise : « Cette question des migrants est devenue la première préoccupation parce qu’un certain nombre de partis politiques l’ont transformée en une ressource fondamentale (…) C’est une des raisons (…) du succès de la Ligue. Plus que du Mouvement 5 étoiles, qui a été relativement discret sur cette question. »

Patrick Martin Genier, spécialiste des questions européennes et internationales, partage cette analyse. La question migratoire est un des phénomènes, qui a fait basculer le vote des Italiens, mais ce n’est pas le seul : « Avant ces élections, parmi les jeunes, le premier parti à 35%, c’était (…) le Mouvement 5 étoiles », explique-t-il. En cause, les « problèmes d’emploi parmi les jeunes » et la « différence entre l’Italie du Nord qui est riche et l’Italie du Sud qui (…) est gangrenée par la pauvreté, la misère et la corruption ».

« Tout ça fait que ce sont des phénomènes qui se sont conjugués pour renvoyer les anciens partis dans leur but » rajoute-t-il.

Nicole Fontaine, ancienne présidente du Parlement Européen, ne croit pas à un « raz de marée des anti-européens » : « L’Italie est européenne. Et le Mouvement 5 étoiles a parfaitement compris qu’il ne se positionnerait pas positivement s’il allait contre l’Europe. Maintenant, [ces élections], c’est un appel, pour l’Europe, à se repenser. »

 

Guillaume Klossa, fondateur du think tank EuropaNova, se montre moins optimiste sur ce point : « Il y a une vraie déception européenne, quand même, parmi tous les Italiens qui étaient un peuple très européen, plutôt fédéraliste. Et je crois que cette déception européenne, est à plusieurs niveaux. Premièrement les leaders italiens n’ont pas su participer à la relance de la dynamique européenne. Les Italiens, quelque part,  rêvent (…) de faire partie d’un couple franco-allemand élargi (…) Deuxièmement, la crise économique et financière a été perçue de manière très dure en Italie (…) Troisièmement, la question migratoire n’est pas un sujet de l’Union européenne. C’est un sujet, si on écoute le langage des nationalistes, de l’Europe des Nations. En fait, [ce sont] les États européens qui ont manqué de solidarité à l’égard de l’Italie. Ce n’est pas l’Union. Parce que sa compétence n’est pas totale. »

Le 23 mars, va se dérouler l’élection des présidents du Sénat et de la Chambre des députés. Ensuite, le président de la République, Sergio Mattarella, devra trouver une solution pour sortir de cette situation complexe où aucun parti n’a la majorité, et pour qu’émerge un nouveau gouvernement.  

 

Vous pouvez re(voir) le débat d’OVPL, en intégralité :

 

Elections en Italie : les Italiens, grands déçus de l’Europe
24:23

Partager cet article

Dans la même thématique

Jerome Durain nouveau President. Session du conseil regional de Bourgogne-Franche-Comte
9min

Politique

Sénatoriales : en Côte-d’Or, entre Rebsamen et Patriat, un seul François devrait être candidat

L’ancien ministre du gouvernement Bayrou et ex-président du groupe PS du Sénat envisage de se présenter aux sénatoriales. A condition que François Patriat, patron des sénateurs macronistes, ne se représente pas. Les deux en parlent ensemble et veulent éviter de se présenter l’un contre l’autre. S’il est élu, reste à voir dans quel groupe ira François Rebsamen, ou s’il cherchera à en créer un nouveau…

Le

Illustration of the headquarters of the French media group Canal +
9min

Politique

Tribune anti-Bolloré et réaction de Canal + : le cinéma français au bord de la fracture

Après la tribune anti-Bolloré signée par près de 600 professionnels du cinéma, la riposte du patron de Canal+, Maxime Saada, a déclenché une onde de choc politique et culturelle. Entre accusations de « maccarthysme », dénonciation d’une « caste gauchiste » et inquiétudes sur l’emprise idéologique du groupe Vivendi, la polémique révèle une fracture profonde, celle d’un cinéma français pris entre dépendance économique et bataille culturelle.

Le

People vote in Bordeaux for the legislatives elections
6min

Politique

Municipales 2026 : un électeur sur six a utilisé l’IA pour l’aider dans son choix de vote, révèle une étude

Les élections municipales ont vu, pour la première fois en France, un nombre significatif d’électeurs, environ un sur six, faire appel à l’IA conversationnelle pour déterminer leur choix de vote, d’après une étude Toluna Harris Interactive. Une pratique encore très minoritaire, mais qui interroge sur l’influence politique réelle de l’IA à un an de l’élection présidentielle.

Le

New Caledonia’s vote on independence from France
4min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : le texte visant à élargir le corps électoral adopté en commission au Sénat

A l’approche des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie qui se tiendront le 28 juin, la commission des lois du Sénat a adopté la proposition de loi organique visant à élargir le corps électoral aux natifs de l’Archipel. L’exécutif, qui compte aller plus loin en y intégrant également les conjoints des natifs, déposera son amendement en séance publique, cet après-midi.

Le